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        A Tusson, rebâtir des vies avec des vieilles pierres

A Tusson, rebâtir des vies avec des vieilles pierres

La Croix, Élodie Maurot, le 24/07/2017

Les Français aiment leur patrimoine. En le restaurant, ils prennent soin de la mémoire collective, mais tissent aussi du lien social.
En Charente, le Club Marpen organise depuis près de cinquante ans des chantiers de restauration. Portée par l’amour du patrimoine, cette association de passionnés a aussi remis en route nombre de jeunes et d’adultes en rupture sociale.



Alex et Mathieu en plein travail de maçonnerie. / Yohan Bonnet/ Hans Lucas
Tusson (Charente)
De notre envoyée spéciale
C’est un village pas comme les autres, où l’amour des vieilles pierres construit des ponts entre les hommes. En Charente, le petit bourg de Tusson vit depuis quarante ans au rythme des chantiers de restauration animés par le Club Marpen, né en 1969. Cet été encore, près de 300 bénévoles, jeunes et moins jeunes, viendront planter leur tente à l’ombre des vestiges de l’ancienne abbaye, fondée par Robert d’Arbrissel au début du XIIe siècle, avant de se mettre à la tâche.
Une bonne étoile a favorisé l’histoire de l’association, « L’opération 100 villages », lancée par l’État en 1975. Un site par département fut alors choisi, afin de promouvoir le patrimoine rural, sa préservation et sa valorisation économique. Pour la Charente, ce fut Tusson, dont le Club Marpen a fait sa ruche, associant à la restauration du patrimoine une forte sensibilité sociale.
Aujourd’hui, chaque année, des jeunes y renouent avec l’apprentissage en se formant à la taille de pierre, la menuiserie, la maçonnerie ou l’aménagement paysager. Le village est aussi devenu une halte pour ceux que la vie a malmenés : une vingtaine de personnes sont en parcours d’insertion et dix jeunes placés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) sont accueillis au sein d’un foyer de vie.
Au fil des décennies, le village – qui a quand même vu passer près de 18 000 bénévoles – n’a cessé de s’embellir. Un grand corps de logis est devenu un écomusée racontant une aventure locale haute en couleur, dont les pionniers avaient les cheveux longs mais pas les idées courtes. Autour, un jardin médiéval a été reconstitué. Deux gîtes cossus ont été ouverts à l’emplacement de l’ancien couvent des hommes et d’une halte jacquaire. Plus haut dans le village, c’est une maison traditionnelle – non classée ! – qui a servi de support aux apprentissages et à la créativité des apprentis restaurateurs… En tout, une trentaine de sites – à Tusson et dans les villages environnants – ont été patiemment restaurés.
« Les visiteurs regardent Marpen à travers la beauté des sites, mais il y a aussi ce qui se voit moins : ici, on rénove et on restaure des bâtiments, mais aussi et surtout des personnes », souligne Albert Saint-Louis, responsable de l’atelier de maçonnerie traditionnelle, arrivé dans les années 1980 comme objecteur de conscience. « On ne travaille pas la pierre pour elle-même. Elle n’est pas un prétexte, mais un support matériel pour les rencontres humaines. »
Dans la cour de l’atelier dédié à la taille de pierre, les marteaux frappent sur les burins… Crinière rousse et haute stature, Thibault Jonard est fier de montrer les travaux de ses élèves âgés de… 14 à 46 ans ! Pour beaucoup, la taille de pierre est l’occasion d’un nouveau départ. « Il faut parfois réapprendre à apprendre. Pour cela, rien de mieux que de commencer par un peu de sculpture, confie le formateur. La pierre est une matière naturelle et noble où on arrive vite à s’exprimer, mais il faut accepter de rester en poste des heures d’affilée… » Patience, persévérance, force physique : des qualités précieuses s’acquièrent à coups de burin.
À l’étage de l’atelier ont lieu les cours théoriques. Plusieurs élèves planchent sur leurs manuels sans se soucier de la fine couche de poussière de pierre blanche. Au programme : histoire de l’art, dessin d’art, géologie et stéréotomie, cet art des tracés et de la vision des pierres dans l’espace. Thibault Jonard ne se prive pas d’enraciner son enseignement dans l’histoire de cette « science du trait », parfois romanesque. « La pierre a l’avantage de faire rêver, sourit l’enseignant. Je raconte souvent qu’au Moyen Âge les meilleurs tailleurs de pierre, ceux qui détenaient les tracés, étaient parfois anoblis par leur métier… »
Le formateur joue aussi sur le sentiment d’appartenance que produit la maîtrise d’une technique ancienne. « Tout tailleur de pierre développe un durillon au doigt, s’il tient l’outil de taille correctement, fait-il remarquer. On l’appelle la bague de Salomon, en référence au chantier de construction du temple de Jérusalem. Nous avons ainsi un signe distinctif ! Les élèves y sont sensibles… »
Dans ce pimpant village de la Charente, il est ainsi des vies qui bifurquent au contact des vieilles pierres, comme celle de Gaëtan Delaitre, 25 ans. Présent à Marpen depuis trois ans, le jeune homme s’y est formé à la taille de pierre. « Taper sur le caillou, ça m’a plu. Quelque chose s’est passé, reconnaît le jeune homme, qui ajoute pudiquement : Avant, c’était pas la joie. J’allais pas trop bien. »
« Avant », c’était l’héroïne, l’alcool et l’errance, les « conneries » qui « finissent en garde à vue puis devant le juge », confie-t-il, un peu plus tard. Deux ans et demi dans la rue, à faire le 115 ou à vivre dans des squats. « Maintenant, mon addiction, c’est la taille de pierre… », glisse-t-il, serein, conscient du chemin accompli : « Je m’en suis bien sorti comparé à ce que j’étais. »
Toutes les histoires ne finissent malheureusement pas aussi bien. « Parfois, ça se passe trop bien, c’est trop tranquille, explique Thibault Jonard. Pour certains la réussite est inquiétante. Ils ont toujours vécu dans la violence, dans des choses non construites. Alors, il faut que ça pète et ils envoient tout péter. »
Pour optimiser les chances de succès, le Club Marpen cherche au maximum à éviter l’entre-soi. Grâce aux chantiers internationaux, des cadres amoureux des vieilles pierres, des étudiants en architecture ou de joyeux globe-trotteurs viennent croiser la route des personnes en insertion. L’ouverture se fait aussi dans le cadre des rencontres avec les élèves des établissements scolaires voisins. C’est l’occasion de mettre les apprentis en situation de transmettre un savoir tout récemment acquis. « Quelqu’un qui a fait trois mois de pierre de taille n’est déjà plus un novice, juge Thibault Jonard. Il ne sait pas tout, mais il sait des choses et il peut s’exprimer devant une classe de 35 gamins avec tout ce que cela implique : se tenir bien, ne pas parler n’importe comment, apprendre à avoir une posture professionnelle… »
S’inscrire dans un projet durable et collectif comme celui du Club Marpen se révèle stimulant pour ceux qui n’ont connu que des parcours de vie discontinus. « Dans beaucoup d’entreprises, les personnes en insertion sont malheureusement utilisées comme de la main-d’œuvre pas chère, déplore Catherine, chargée des accompagnements individuels. On les dépose le matin avec un pot de peinture et on passe les reprendre à midi… » Au Club Marpen, l’élaboration d’un
parcours personnel est au contraire « incontournable ». Quant à la beauté des lieux, elle est apaisante. Toute la matinée, Mathieu Vuillemenot, 33 ans, a travaillé à la construction d’un mur en ciment qui délimitera les vestiges de l’ancienne église de la partie qui va être reconstruite, comme il est d’usage en archéologie préventive. Autour du chantier, le cadre est verdoyant, presque romantique.
« En entreprise, j’étais manœuvre. Je préparais la colle, ce n’était même plus de la maçonnerie ! Ici, on découvre comment les anciens travaillaient », affirme-t-il. « Maçon n’est pas un métier qui fait rêver, reconnaît Albert Saint-Louis, qui encadre le groupe. Mais en restauration, c’est plus intéressant. Et puis le projet global de l’association donne du sens. Ce n’est pas comme dans d’autres endroits, où ils sont à la tâche sans savoir pourquoi. »
Pour tous ceux qui renoueront avec un parcours professionnel classique, Tusson sera une terre difficile à quitter. « Nos tutelles nous font parfois un peu le reproche de créer ici un cocon, reconnaît Thibault Jonard. Mais, franchement, après ce que certains ont vécu, on est étonné qu’ils aient encore envie de se former et de repartir dans la vie… »
Élodie Maurot

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