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        « En montagne, on ne laisse personne en détresse » La Croix

« En montagne, on ne laisse personne en détresse » La Croix

Par Julien Duriez, le 20/12/2017

À Briançon et dans la vallée de la Clarée, des professionnels de la montagne viennent au secours des migrants, qui continuent à tenter le passage depuis l’Italie par le col de l’Échelle malgré la neige et le froid.


De notre envoyé spécial
Ce matin-là, le Briançonnais se réveille dans un nuage de poudre blanche, soufflée par un vent froid. Depuis les fenêtres du Coordination refuge solidaire, un local aménagé sommairement dans un ancien local des CRS de secours en montagne, juste en face de la gare de Briançon, la vingtaine de migrants présents observe avec un regard d’enfant la neige tomber sans discontinuer.
À leur côté, les regards des bénévoles qui ont mis en place cet accueil à l’été 2017, pour héberger les étrangers qui arrivent depuis l’Italie voisine, sont plus anxieux. « Malgré le risque, certains vont tout de même essayer de passer », s’inquiète Anne Moutte, accompagnatrice de montagne, mobilisée au sein du collectif depuis un an.
Avec d’autres professionnels de la montagne, cette quadragénaire aux cheveux courts a participé à l’organisation, dimanche 17 décembre, d’une cordée symbolique et solidaire au niveau du col de l’Échelle, l’un des passages de la frontière entre l’Italie et la France, à 1 760 mètres d’altitude. Deux mille migrants y sont passés ces derniers mois, pour la plupart originaires d’Afrique de l’Ouest et centrale.
Les professionnels de la montagne ont voulu ainsi sensibiliser les élus, les journalistes et d’autres responsables politiques réunis pour les états généraux des migrations organisés à Briançon samedi 16 et dimanche 17 décembre. « Nous avons interpellé l’État sur les risques que courent les migrants qui continuent à passer l’hiver, pour que personne ne meure », indique Anne Moutte.
Au local du collectif, comme pour conforter ses inquiétudes, la nouvelle d’une intervention des secours fait d’un seul coup sonner les téléphones et monter le niveau d’inquiétude. Malgré la neige et le froid, cinq migrants mineurs, dont une femme enceinte, ont tenté de passer dans la nuit 10 et lundi 11 décembre. Ils ont été secourus côté italien par les secouristes transalpins assistés des CRS du peloton de montagne basé à Briançon. Transportés jusqu’à l’hôpital de Suse, en Italie, deux
d’entre eux, l’un retrouvé sans gants et un autre ayant perdu ses chaussures dans la neige, présentaient d’importantes engelures aux membres. « Espérons qu’ils n’ont oublié personne », s’inquiète Michel Rousseau, retraité briançonnais et pilier du collectif « Tous migrants ».
Ce n’est pas la première fois que des migrants en danger sont secourus. L’hiver dernier, Mamadou Ba, un Malien de 28 ans, a dû être amputé des deux pieds après avoir traversé le col enneigé. Il n’avait dû son salut qu’au passage d’une randonneuse à skis, qui l’a descendu dans la vallée de la Clarée sur son traîneau. Sorti de l’hôpital en novembre, le jeune homme est depuis hébergé dans un logement mis à disposition par le réseau Welcome, dans la vieille ville de Briançon. « On est tous des hommes, on ne peut pas continuer à laisser des gens partir dans la neige », déplore-t-il depuis
l’hôpital de jour, où il passe la plupart de ses journées en rééducation.
En réaction à ce drame, Alain Mouchet, accompagnateur de montagne à la retraite et membre du collectif « Tous migrants », a monté l’hiver dernier avec d’autres un réseau informel d’une cinquantaine de volontaires. Bon nombre sont des professionnels de la montagne qui veillent au col le soir pour porter secours aux migrants arrivant depuis la petite ville italienne de Bardonecchia.
Chaque soir à partir de la tombée de la nuit et jusqu’à 23 heures ou minuit, des binômes montent au col par lequel passent les migrants, qui contournent ainsi les contrôles plus stricts assurés par les forces de sécurité françaises en d’autres points de la frontière. « Certains traversent en chaussures légères, souvent sans baskets, ils ne savent même pas qu’il y a une montagne, raconte Stéphanie Besson, accompagnatrice en montagne et membre de Tous migrants. La plupart n’ont jamais vu la neige, certains m’ont même dit avoir eu peur de se noyer en tombant dans la neige… »
Les montagnards solidaires emportent avec eux des vêtements chauds, des chaussures de montagne, du thé et de la nourriture. Lorsqu’ils tombent sur des migrants, souvent déshydratés, désorientés et faibles après les quatre ou cinq heures de marche depuis Bardonecchia, ils les prennent en charge et les guident ensuite vers le centre d’accueil du collectif, à Briançon.
« Tout professionnel de la montagne est un sauveteur, c’est la base du métier », estime Jean
Gaboriau, guide, habitué des sommets himalayens, qui a participé à la journée de mobilisation du 17 décembre. « En montagne comme en mer, on ne laisse personne en détresse », estime Denis Feuillassié, un autre guide chevronné engagé dans le mouvement. Beaucoup de migrants arrivent par eux-mêmes jusqu’au village de Névache, le premier de la vallée, où, là aussi, un large mouvement de solidarité s’est organisé (voir La Croix du 28 août). « On reste discrets, indique Jean-Gabriel Ravary, guide de haute montagne depuis quarante-trois ans. Dans la vallée de la Roya, une association anti-migrants a été lancée, on ne voudrait pas que ça arrive ici. »
Après les fortes chutes de neige du début de la semaine dernière, la route vers Névache a été coupée, isolant pendant deux jours ses 360 habitants. Les bénévoles ont décidé de suspendre leurs permanences au col. « Même en connaissant la montagne et en étant bien équipés, ce serait nous mettre nous-mêmes en danger », regrette Alain Mouchet, qui espère que les dures conditions côté italien décourageront les passages.
Le collectif « Tous migrants » a demandé le week-end dernier une trêve hivernale des contrôles de police sur la route et les chemins de randonnée qui passent de l’Italie vers la France. Ces contrôles, qui se sont fortement renforcés depuis cet été, mettent encore davantage les migrants en danger, juge-t-il. En cherchant à fuir la police, deux d’entre eux ont fait une chute de 40 mètres dans un ravin en août, l’un des deux est encore hospitalisé.
Au ministère de l’intérieur, on indique que les policiers et gendarmes ont pour mission « d’apprécier la situation des personnes et de les transporter à l’hôpital s’ils sont en situation de vulnérabilité » et ne font qu’« appliquer la loi ». Les migrants arrêtés côté français sont systématiquement reconduits en Italie par les agents de la police aux frontières.
Depuis janvier 2017, 1 756 de ces « non-admissions » ont été enregistrées, contre 237 à la même période en 2016. Dans bien des cas, des migrants mineurs sont également ramenés en Italie dénoncent les associations d’aide, alors que la loi prévoit qu’ils soient pris en charge par le département des Hautes-Alpes. Le ministère indique que 200 mineurs étrangers ont été mis à l’abri depuis le début de l’année.
La plupart des étrangers refoulés retentent le passage peu après. « Ces jeunes ont déjà traversé le désert, subi des exactions en Libye et traversé la Méditerranée sur des embarcations de fortune », explique Michel Rousseau. « Ils sont décidés, il n’y a pour eux pas de retour en arrière possible, ce n’est pas un col enneigé qui les fera renoncer… »
Même si le temps hivernal doit ralentir les passages, la vallée de la Clarée va donc continuer à être le théâtre d’un jeu du chat et de la souris dangereux entre migrants et gendarmes, craint le maire socialiste de Briançon, Gérard Fromm. « Il y a aujourd’hui 200 000 migrants en Italie, qui n’ont pas vocation à y rester. D’une manière ou d’une autre, ils chercheront forcément à passer. »
Julien Duriez

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