Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Essai de théologie du baptême

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En novembre 2013, le conseil presbytéral du diocèse a entamé une réflexion sur le baptême. Les propos étaient introduits par un essai de théologie du baptême


Conseil presbytéral 19 novembre 2013
Angoulême
P. Benoît Lecomte

Le baptême

« Le baptême, porte des sacrements, nécessaire au salut qu’il soit reçu en fait ou du moins désiré, par lequel les êtres humains sont délivrés de leurs péchés, régénérés en enfants de Dieu, et, configurés au Christ par un caractère indélébile, sont incorporés à l’Eglise, n’est conféré validement que par le bain d’eau véritable accompagné de la formule requise »
CIC 849

Introduction

« Qui parmi vous se souvient de la date de son baptême ? » La question que le pape a posé à la foule place saint Pierre ce mercredi 13 novembre 2013 (en ajoutant malicieusement : « je ne demande pas aux évêques pour ne pas qu’ils aient honte ») nous rappelle l’importance que le baptême a dans une existence humaine, dans notre propre histoire personnelle.
Nous recevons des demandes de baptême, pour des bébés, des enfants, des adolescents, des jeunes adultes, des personnes plus âgées, des pauvres, des riches, des ruraux, des citadins, des hommes, des femmes, des Français, des étrangers... et chacun, s’il va jusqu’à la célébration du sacrement, sera marqué à vie par cet événement transformateur.
A nous, avec les équipes de laïcs, de les accompagner...

On m’a demandé, avant d’échanger sur nos pratiques, de retracer les lignes fondamentales de la théologie du baptême. Sûrement cet exercice est-il d’emblée impossible. De la même façon que nous allons trouver des différences dans nos pratiques pastorales pour accompagner les demandes de baptême, il existe plusieurs théologies du baptême, ou en tout cas des accents différents à propos d’un même sacrement. Que l’on ne s’en affole pas, déjà dans l’Écriture des différences se font jour, nous nous en rappellerons regardant le corpus paulinien et les Actes des Apôtres. D’autant plus à travers l’histoire, au cours de laquelle la compréhension du baptême a beaucoup évolué. Que ces différences nous permettent de trouver les lignes forces, fondamentales de ce mystère dans lequel nous avons tous, ici, été plongés.

1. Des accents différents d’un même sacrement

1.1. Le baptême chez saint Paul
Un très rapide petit tour du côté du corpus paulinien nous rappelle que même saint Paul, au cours de ses expériences et de ces écrits, explore différentes facettes du mystère du baptême.

Dans la première lettre aux Corinthiens, le baptême est recherche de l’unité de la communauté de Corinthe, en désignant non pas l’appartenance du baptisé au ministre qui baptise (Céphas, Appolos ou Paul (1Co 1, 10-17), mais l’appartenance aux Christ par sa croix (1Co 3, 23). Pour Paul, c’est le baptême qui va devenir le signe de l’appartenance au Christ qui fait l’unité de tous, et non plus la circoncision, comme appartenance au peuple élu, le baptême devenant accessible à tous : juifs, grecs, païens, esclaves, hommes libres (1 Co 12, 13). Par le baptême, nous entrons dans une dimension universelle que vient réconcilier le Christ.
Cette unité réalisée par le Christ dans le baptême reçu est confirmée dans la lettre aux Ephésiens : (Ep 4, 4-6) lorsque Paul parle d’« un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ».

On trouve alors par le baptême le lien de l’unité du Corps ecclésial : les baptisés forment l’Église comme un Corps dont les membres sont nécessairement liés et unis les uns aux autres, et à la Tête (1Co 12, 12-13).

Dans sa lettre aux Romains, le mystère du baptême est développé sous d’autres aspects. Paul l’assimile à un nouvel exode qui trouve son accomplissement ou son modèle dans le passage mort - résurrection du Christ : « Enseveli avec le Christ pour que, comme le Christ a été éveillé d’entre les morts par la gloire du Père, ainsi nous menions une vie nouvelle » (Rm 6, 3-4). Un passage qui traverse donc la mort pour ouvrir à une nouvelle vie, ou qui traverse le péché, fait mourir au péché (lié à la loi), pour accéder à la vie dans la grâce. Le baptême est donc participation à la mort du Christ et anticipation de la vie en ressuscité, le rite de quelques-uns signifiant le passage de tous. Cette dynamique est reprise dans la première lettre aux Corinthiens, lorsqu’il avance que le baptême est une assimilation à la mort du Christ et, au nom de l’itinéraire de mort – résurrection que Jésus a vécu, un gage de résurrection future. « Nous avons été vivifiés avec le Christ », dira-t-il encore en Colossiens 2, 11-15. Dans la lettre à Tite, on parle aussi du baptême comme d’un « bain de la nouvelle naissance » (Tite 3, 3-7), un bain dont on ressort en « revêtant l’homme nouveau » (1 Co 1, 17).

1.2. Baptiser « au nom de Jésus-Christ »
Le livre des Actes des Apôtres voit l’occasion de parler à plusieurs reprises du baptême « au nom de Jésus-Christ ». Mais là encore, la même expression en Français cache des différences d’expressions du texte Grec qui ouvrent à des compréhensions différentes du sens même du baptême :
En Ac 2, 38 : epi to onomati
En Ac 10, 48 : en to onomati
Ces formules sont d’origine judaïque et expriment un sens causal. Dans cette formulation, le Christ Jésus est à situer en deça du rite. Le baptême s’appuie sur son autorité et trouve en lui son fondement.
En Ac 8, 16 ou Ac 19, 5 : eis to onoma
Là, la formule est d’origine hellenistique et dit un but, une direction. Le christ est situé au delà du rite. Le rite mène à lui, le Christ en est l’objectif.

Ainsi, rappelons-nous que le mystère du baptême garde en lui-même la profondeur insondable de tout événement sacramentel, et reste toujours au-delà de ce que notre intelligence peut en saisir. Lors de nos rencontres avec ceux qui demandent le baptême, gardons-nous toujours de la prétention de vouloir expliquer exhaustivement le sens de la demande formulée : il faudra sans doute toute une vie pour entrer progressivement dans l’épaisseur de l’événement que nous vivons par lui.

2. Des lignes fondamentales

Pour autant, nous pouvons reconnaître des lignes fondamentales communes pour une théologie du baptême. Je vous en propose quatre, non exhaustives et incomplètes..

2.1. Un sacrement
La première ligne s’inscrit dans la sacramentalité de l’Église : le baptême est un sacrement, le premier célébré dans une vie de chrétien. Or tous les sacrements sont faits pour l’homme. Ils sont l’actualisation, la réalisation parfaite de l’Alliance que Dieu fait avec chaque homme dans son histoire. Ils sont la réalisation de la vocation de tout homme, ils font participer l’homme à la vie de Dieu. Rappelons nous de ce que dit Vatican II (SC6) : « par le baptême les hommes sont greffés sur le mystère pascal du Christ : morts avec lui, ensevelis avec lui, ressuscités avec lui, ils reçoivent l’esprit d’adoption des fils (de Dieu) ». Et cette anthropologie liée aux sacrements comporte deux composantes, ou deux axes essentiels : la dimension corporelle et la dimension historique. Il n’y a pas de sacrement sans corps (présence corporelle, Corps de l’Eglise) ni sans dimension historique (la Mémoire de l’Evénement fondateur, l’inscription dans le temps et la temporalité, et l’ouverture à une espérance, une eschatologie). C’est toute la vie de l’homme qui est prise dans le sacrement, dans lequel la vocation de l’homme prend toute sa dimension : celle de l’Alliance. Les sacrements sont donc une rencontre et une expérience de Dieu s’inscrivant dans notre histoire humaine, dans le temps de l’homme pour le mener à sa fin : la vie divine, et ce, par le ministère du Christ. C’est le Christ qui est central dans cette Alliance réalisée et renouvelée. C’est le Christ qui réalise cette action salvifique pour l’homme. Les sacrements sont l’actualisation de cette rencontre inouïe de Dieu avec l’homme, réalisée de la façon la plus parfaite en Jésus Christ. Ils sont l’événement du salut offert en Jésus Christ, la participation au mystère pascal. Et c’est bien, comme le souligne SC 7, le Christ lui-même qui agit dans les sacrements : comment une action humaine pourrait-elle donner le salut de Dieu ? « Lorsque quelqu’un baptise, c’est le Christ qui baptise ».

2.2. Une expérience pascale existentielle
Nous en arrivons donc à notre deuxième ligne fondamentale qu’est l’expérience pascale existentielle vécue dans l’expérience du baptême. On l’a vu avec saint Paul : le baptême consiste à plonger dans la mort du Christ pour ressusciter avec lui. Il est l’événement de Pâques inscrit dans l’histoire de notre existence. « Surpassant de beaucoup les purifications de l’ancienne Loi, le baptême opère tous les effets qu’on vient de rappeler, en vertu du mystère de la passion et de la résurrection du Seigneur. Car les baptisés, devenus un seul être avec le Christ par une mort semblable à la sienne, ensevelis avec lui dans la mort, sont aussi revivifiés en lui et ressuscités avec lui. Par le baptême, en effet, c’est vraiment le mystère pascal qui est rappelé et qui est à l’œuvre en tant qu’il fait passer les hommes de la mort du péché à la vie » (RICA, N°6). Contrairement au baptême de Jean qui effaçait les péchés, le baptême en Christ concerne l’être du baptisé et pas seulement les souillures qui l’affecteraient. C’est cette signification profonde qui va pousser l’Église à célébrer les baptêmes la nuit pascale, ou à chaque écho dominical de la nuit pascale (le dimanche étant la fête pascale hebdomadaire).
Or, la mort de Jésus est un événement de salut pour toute l’humanité. Aussi, le baptême, événement pascal dans notre histoire personnelle, devient événement de salut pour celui qui le reçoit. Ce n’est pas rien d’en prendre la mesure. Il ne s’agit pas là d’une rencontre comme les autres, elle vient transformer radicalement (à la racine) la vie du baptisé. En recevant le baptême, nous croyons que la mort n’exerce plus son empire. Non pas qu’elle n’ait plus d’importance, mais elle n’est plus la fin de notre histoire individuelle. Par le baptême, le baptisé est emporté dans une histoire plus vaste et plus longue, celle de l’amour de Dieu pour l’humanité, consommée dans la mort et la résurrection de Jésus. Et voilà que la vie de résurrection est déjà commencée ! Elle n’est pas uniquement ce qui nous attend sur l’autre rive de la mort, mais déjà l’élan présent à chaque instant d’amour inscrit dans l’amour éternel du Père et du Fils dans leur Esprit. Le baptisé, passé par la plongée dans l’eau, renaît à une vie nouvelle, vêtu du vêtement blanc, va vivre comme ceux qui sont morts et ressuscités avec le Christ.
On mesure la distance à parcourir avec celles et ceux qui demandent un baptême « pour faire plaisir », ou « pour que l’enfant soit protégé »... C’est pourtant à ce point radical et existentiel que nous sommes convoqués pour entrer dans le mystère.

2.3 Un acte ecclésial : par, dans et pour l’Église
Si le baptême est un événement reçu dans une histoire individuelle, que l’on pressant aussi témoin, annonciateur et révélateur d’un événement plus grand qui concerne toute l’humanité, il est intimement lié à la dimension et à la vie ecclésiale.
Selon Ac 2, 41, « environ trois mille âmes furent adjointes ce jour-là » ; et comme le verbe ne reçoit pas de complément, on peut comprendre que les nouveaux baptisés sont adjoints au Christ, au nom duquel ils sont baptisés, aussi bien qu’à la communauté. Tout baptême est accompli par l’Église et un de ses ministres, dans l’Église, car « nul ne peut avoir Dieu pour Père s’il n’a l’Église pour mère » (Cyprien), et en vue de constituer l’Église.
Non pas seulement en vue de constituer et d’élargir une communauté locale, mais avec toute l’Église universelle (même si le baptisé devient membre d’une Église confessionnelle particulière).
« Célébré en obéissance à notre Seigneur, le baptême est un signe et un sceau de notre engagement commun de disciples. A travers leur propre baptême, les chrétiens sont conduits à l’union avec le Christ, avec chacun des autres chrétiens et avec l’Église de tous les temps et de tous les lieux. Notre baptême commun, qui nous unit au Christ dans la foi, est un lien fondamental d’unité. Nous sommes un seul peuple et nous sommes appelés à confesser et à servir un seul Seigneur, en chaque lieu et dans le monde entier […] C’est pourquoi notre unique baptême en Christ constitue un appel aux Églises, pour qu’elles surmontent leurs divisions et manifestent visiblement leur communion » (Baptême, Eucharistie, Ministère (BEM), n°6). Le baptême constitue le fondement de l’unité des chrétiens, tant à l’intérieur d’une Église dont on devient membre par un acte du Christ, et non par cooptation des autres membres, qu’entre les Églises qui y trouvent la raison de leurs efforts œcuméniques.
On comprend bien qu’il ne s’agit pas d’une fête familiale... à moins d’étendre la « famille » aux dimensions ecclésiales. La litanie des saints au jour du baptême nous rappelle l’inscription du nouveau baptisé dans le cortège de tous ceux qui ont voulu suivre le Christ. Le baptisé est incorporé à l’Église, dans et pour laquelle il aura à mettre en œuvre ses propres charismes sous l’action de l’Esprit Saint, participant ainsi au ministère de toute l’Église dans ses fonctions prophétique, royale et sacerdotale. La confirmation vient accomplir cette incorporation ecclésiale, tendis que l’eucharistie viendra nourrir jour après jour le baptisé pour le faire grandir dans la vie de communion avec ses frères et avec le Christ, et dans sa vie apostolique.

2.4 Être baptisé pour devenir chrétien : une vie dans l’Esprit
Car il ne suffit pas d’être baptisé un jour... il faut devenir chrétien jour après jour. Le baptême ne se limite pas à une fête, aussi belle soit-elle, un jour du temps. Il est le premier jour d’une nouvelle vie qui nous fait vivre vraiment autrement : en chrétien, en disciple du Christ. Il n’est pas un élément statique, mais une dynamique de vie à accomplir chaque jour en accueillant l’Esprit, en se nourrissant de la prière, de la Parole et du Pain partagé, en vivant la fraternité selon le modèle et l’exemple de Jésus. On connaît les difficultés qu’éprouvent les nouveaux baptisés adultes à passer du terme d’un parcours (le catéchuménat) à une vie de chrétien baptisé confirmé.
Cette vie en chrétien ne se limite pas à participer à la vie paroissiale. C’est souvent ce que nous en voyons et que nous regrettons : ces parents engagés par le baptême de leur enfant ou ces adultes nouvellement baptisés qui ne viennent pas à la messe nous déconcertent. Pour autant, ils pourraient faire partie de toutes les équipes liturgiques possibles, la vie dans le Christ va bien au-delà de l’investissement paroissial. C’est toute la vie de l’homme, sociale, relationnelle, affective, politique, familiale, physique, intellectuelle... qui entre doit entrer dans la dynamique de l’Esprit. Comment faire découvrir cette dimension de vie chrétienne à ceux que nous rencontrons ? Comment nous-mêmes recevons-nous le témoignage de celles et ceux qui essaient de vivre cette vie chrétienne jusqu’au-delà de nos murs d’églises ? Et comment nous encourageons-nous et nous entraînons-nous sur ce chemin quotidien ?

Ouverture

Il ne s’agit pas de conclure ces quelques notes. Chacun de nous aurait pu dire à sa façon ce qu’il perçoit du mystère qu’est le baptême et la vie baptismale. Il y aurait des éléments à ajouter (et nous allons avoir le temps d’en discuter entre nous), et bien d’autres questions à nous poser pour accueillir, écouter, accompagner, célébrer de la façon la plus juste les demandes de baptême. Je pense à la question du rapport entre le baptême et la foi (est-ce la foi qui fait accéder au baptême, ou le baptême qui fait plonger dans la foi et la recevoir ? l’expression « au nom de Jésus-Christ telle que nous l’avons trouvé dans le livre des Actes peut nous interroger à ce sujet), à la question de la liberté (notamment pour les petits enfants et les enfants en âge de scolarité), etc. Que nos échanges, et l’Esprit Saint qui connaît mieux que nous-mêmes ce dont nous parlons, nous aident à progresser toujours davantage dans l’exercice de notre ministère.

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