Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Histoire de l’Eglise de Corée écrite par les missionnaires des MEP (Missions Etrangères de Paris)

Sermon de Mgr Tadeo, Archevêque de Daegu, prononcé lors du pèlerinage des évêques, prêtres et laïcs français venus sur les pas des saints et martyrs de Corée


Nous sommes réunis aujourd’hui pour commémorer nos prédécesseurs et leur victoire. C’est la première fois que ce petit village, Sinnamougol accueille une visite aussi précieuse.
Il y a 180 ans, ces jeunes missionnaires ont relié la France et la Corée malgré cette distance de 10,000 km qui sépare les deux pays. C’est grâce à eux que nous nous rencontrons aujourd’hui. Je me réjouis de faire revivre l’amitié, le respect et la reconnaissance entre nos deux pays.

178 missionnaires des MEP sont venus en Corée de 1836 jusqu’à nos jours. Parmi eux, 24 prêtres ont été martyrisés : trois missionnaires dans la persécution de 1839, neuf missionnaires en 1866 et enfin douze missionnaires en 1950 pendant la guerre de Corée.
Quant aux missionnaires qui n’ont pas confessé leur Foi en offrant leur vie dans l’exécution, ils ont mené leur vie pastorale comme des martyres dévoués de chaque instant.

Neuf missionnaires ont été martyrisés en 1866, l’année Byeongin, il y a 150 ans. Il y avait 12 missionnaires pendant la persécution de Byeongin.

Voici les noms des bienheureux : Mgr Berneux (Diocèse de Le Mans), Mgr Daveluy (Diocèse d’Amiens), le Père Pourtié (Archdiocèse d’Albi), le Père Petit Nicolas (Diocèse de Saint-Dié), le Père Aumaître (Diocèse d’Angoulême), le Père de Bretenière (Archdiocèse de Dijon), le Père Dorie (Diocèse de Luçon), le Père Huin (Diocèse de Langres), le Père Beaulieu (Archdiocèse de Bordeaux). De plus, les martyrs français-coréens de 1839, Mgr Imbert (Archdiocèse d’Aix-en-Provence), le Père Maubant (Diocèse de Bayeux) et le Père Chastant (Diocèse de Digne) restent aussi avec nous et prient pour nous.

Applaudissons l’Eglise de France qui a envoyé les missionnaires si dévoués et présentons-leur nos profonds remerciements !

Qui était ces missionnaires ? On dit que la vie de prêtre devient une vie d’offrande lorsqu’on prononce les voeux de chasteté et d’obéissance. En outre ces missionnaires ont dit adieu à leurs parents, leurs amis et leur pays natal malgré leur jeune âge en entreprenant ce voyage sans retour. Ce départ leur a fourni l’occasion et le moyen de se donner plus entièrement au Bon Dieu. Ils ont totalement abandonné leur façon d’être ; leur façon de manger, de s’habiller et leur langue, leurs horaires et leur calendrier, tout a été bouleversé.
Les missionnaires qui ont tout abandonné en Dieu ont rencontré les croyants coréens qui étaient obligés de s’éloigner du monde, le royaume de Joseon étant totalement confucianiste. Cela signifie que devenir chrétien, c’était tout abandonner et être oublié du monde.
Car la vie des chrétiens était misérable. "La Corée est le plus pauvre des royaumes, et les chrétiens y sont les plus pauvres de tous." a écrit un missionnaire. Et les missionnaires vivaient également comme les Coréens, menant une vie clandestine dans la société de cette époque-là.
Le Père Féron rapporte qu’au moment de sa visite à Mgr. Daveluy, Il a vu que la chemise de Mgr Daveluy avait un grand trou dans le dos par lequel il aurait pu passer le cou. Mgr Daveluy, qui avait passé plus de 20 ans dans sa mission semblait vieux malgré son âge de 48 ans et il était chauve. Il pesait 45 kg.

Quelle était la motivation de ces missionnaires attirés par la Corée bien qu’il connaissaient la situation tragique de ce pays ? Qu’ont-ils obtenu en Corée ?

Nous avons la réponse : Le Père Aumaître a dit que les Coréens étaient plus réceptifs, des fois, que les Français. “ Notre pauvre Corée est un fond nouveau et est capable de rapporter beaucoup ; ici il y a des âmes enfouies au fond de la terre ; si des ouvriers creusaient profondément, des perles qui n’ont point encore vu la lumière brilleraient d’un éclat tout divin”

Quel rôle les missionnaires ont-ils eu dans cette histoire ? Les missionnaires étaient l’image concrète de Notre Seigneur. Grâce aux rencontres avec les prêtres, les Coréens ressentaient l’amour de Dieu. En voyant ces missionnaires qui venaient de loin, les Coréens ont constaté que l’amour du Seigneur était finalement arrivé dans leur pays, au bout du monde. L’existence des missionnaires avait une signification si forte. Un catéchiste, le Béat Jeong Yak-jong, a converti les païens en leur demandant pourquoi les missionnaires seraient venus faire des récits mensongers en parcourant la moitié de la terre, à plusieurs reprises.

Les Coréens avaient offert tout leur respect et leur amour aux missionnaires et tous s’aimaient profondément. Au moment où l’évêque Daveluy a été arrêté, il a ordonné à son serviteur Hwang Seok-du avec lequel il publiait des livres de s’évader pour sauver sa vie, M. Hwang lui a répondu “Pour quelle raison ? Nous avons toujours vécu ensemble...” Il a accompagné Mgr Daveluy jusqu’à la mort.

Les fidèles et les missionnaires se comprenaient et ont établi un nouveau monde, ils se réunissaient dans des endroits isolés et ils vivaient en communautés en partageant tous. Ils étaient comme une famille et aussi parrains et marraines. Cela ressemblait à la communauté des apôtres. Nous appelons les villages chrétiens, Gyou-chon, qui se sont éparpillés dans tout le pays. Sinnamugol est l’un des ces villages.
Sinnamugol est un village chrétien où les chrétiens se sont clandestinement réunis en échappant à la persécution de l’année 1815, à celle de 1827 et de 1839. Après l’instauration de la liberté du culte, le Père Robert s’y est installé et a fondé l’église paroissiale. Nous avons donc qualifié ce petit village de berceau catholique de l’archidiocèse de Daegu. Il est certain que les missionnaires ont apporté le saint sacrement pendant la période des persécutions. Comme des fidèles vivaient à Sinnamugol du temps du sacerdoce du Père Jacob Chastan, il est fort possible que ce dernier y soit venu.
Les visites sacerdotales étaient éprouvantes. Mais les missionnaires étaient encouragés par leur rencontre avec les croyants qui gardaient perpétuellement la Foi malgré leur isolement. Et les fidèles leur donnaient du courage de supporter divers supplices et d’être martyrisés. Les missionnaires affectionné et les croyant dévoués s’aimaient avec respect et humilité. Et ils se réjouissaient de cette belle histoire en reconnaissant leur si belle foi.

Il est clair que les missionnaires ne venaient pas seuls. Les prières de leurs parents et de leurs amis, ainsi que les aides matérielles les ont suivis jusqu’à ce petit coin de Corée. C’est ainsi que les missionnaires ont pu construire de belles églises en obtenant l’ aide de la France. En particulier l’église de Gasil et celle de Waekwan, tout près d’ici en sont deux beaux exemples. Quatre prêtres de l’Eglise de Waekwan ont été martyrisés pendant la guerre civile en 1950.

Les martyrs français-coréens ont laissé seulement leurs traces à Sinnamugol et aussi à l’archidiocèse de Daegu. Ces traces sont les racines de l’archidiocèse de Daegu d’aujourd’hui, leur sang et leur sueur sont le moteur de notre archidiocèse.
Alors nous tâchons de chercher les vestiges de la vie quotidienne des missionnaires et des fidèles qui les ont rencontrés. Par exemple notre archidiocèse a inauguré "le chemin de Hanti, le village chrétien" le 10 septembre, 2016. Ce chemin de 45.6km part de l’église de Gasil, passe par Sinnamugol et va jusqu’au village de Hanti. Les fidèles de Hanti et Sinnamugol marchaient sur ce chemin-là afin de recevoir le Saint Sacrement et d’affermir leur Foi. Ainsi les missionnaires qui administraient cette région, comme Mgr Daveluy et le Père Chastan, ont marché sur ce même chemin. Nous ressentons le zèle de nos prédécesseurs sur ce chemin.

Devant l’entrée de la cathédrale de Geysan, nous avons une grande croix qui a été construite par Mgr Demange pour célébrer le centenaire de l’arrivée des missionnaires en Corée. Mgr Demange a souhaité que le jour où les Français quitteraient la Corée, les gens se souviennent du rôle des missionnaires au début du diocèse. Nous nous en souvenons avec l’amour de Mgr Demange.
Nous avons actuellement deux prêtres qui travaillent en France ; l’un est à l’archidiocèse de Strasbourg où est né Mgr Demange et l’autre à Belfort qui est la ville natale du Père Achille Robert qui était le premier prêtre de la cathédrale de Gyesan. Et six religieuses de la Congrégation de Saint Paul de Chartres sont en France. D’ailleurs la Congrégation des Servantes du Sacré-Coeur a envoyé deux soeurs dans une communauté à Paris et trois soeurs à Lourdes. Je souhaite fort que les relations entre la France et la Corée s’amplifient pour servir Notre Seigneur.

Les cultures française et coréenne sont très différentes. C’est pourquoi nous pouvons nous compléter pour vivre la parole du Seigneur dans le monde actuel. Les Coréens sont doués pour développer les relations avec les autres. Si nous comparons les deux cultures nous pouvons dire que la culture française permet de comprendre le concept de Grâce de façon plus profonde et de mieux appréhender le moment présent. Ainsi pouvons-nous nous encourager à vivre en Dieu en lisant la Grâce plus finement et en approfondissant notre relation.
Le Père Dallet a écrit dans son oeuvre L’histoire de l’Eglise de Corée : “La grande vertu du Coréen est le respect inné et la pratique journalière des lois de la fraternité humaine. Si nous pouvons nous aider réciproquement, nous, les deux pays y arriveront comme les Pères français le disaient.

Quelqu’un m’a demandé ; “Comment les gens du royaume de Joseon ont pu croire en Dieu ? En effet, à l’époque de Jésus, les gens qui suivaient Jésus avaient des difficultés à croire en Dieu malgré les innombrables miracles devant leurs yeux : les morts ressuscitaient, les malades guérissaient et on pouvait nourrir cinq mille personnes avec cinq pains.”

Nous avons la réponse à cette question : c’est par la communication dans leur Foi, par leur esprit profond, en dépassant les limites du langage, et par l’amour fraternel entre eux. C’est cela leur miracle entre les missionnaires et les fidèles.

Les Français et les Coréens ont écrit une très belle histoire pieuse, à travers leur propre vie. Leur histoire fait vibrer les Coréens et les Français. Et le monde catholique garde cette histoire dans son coeur. Cette histoire est le témoin de la Providence. Nous ressentons l’amour des missionnaires envers les Coréens et nous reconnaissons leurs témoignages envers Dieu.

Nous bénissons l’amour infini de notre Seigneur.

+ Mgr Tadeo, Archevêque de Daegu

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