Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 15 septembre 2018

Sommes-nous prêts à devenir disciple, c’est-à-dire à mettre nos pas dans les siens en nous nourrissant de sa parole pour mieux le découvrir, à nous convertir.


Pour commencer, se rappeler la construction de l’évangile de Marc
Le début du texte que nous venons d’entendre, les 4 premiers versets, se situent au centre de l’évangile.
C’est la conclusion de la première partie qui a commencé par... « Commencement de l’évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu. »
C’est l’introduction de la partie qui va se terminer au chapitre 15, 39 par… les paroles du centurion romain : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu. » C’est aussi le chemin vers Jérusalem qui s’ouvre chez Marc.
Nous sommes dans l’entre-deux, un sommet.

Où en sont les disciples à ce moment du récit ? En Galilée, ils ont entendu parler Jésus, ils l’ont vu agir : 8 guérisons – d’un possédé à l’aveugle de Bethsaïde. Ce qui frappe, c’est l’autorité de la parole de Jésus sur la maladie, les démons et même les éléments déchaînés. Mais en même temps, ils s’interrogent sur son identité : Qui est-il pour que même le vent et la mer lui obéissent ?
Puis, plus rien. Si bien qu’après le 2ème partage du pain Jésus s’étonne de leur incompréhension : Vous ne comprenez pas encore.

Maintenant, il sort avec eux, il part en terre païenne, au nord (au nord du plateau du Golan aujourd’hui). Césarée de Philippe, ville nouvelle.
Et les voici en chemin. Mot important, il peut rappeler celui de notre équipe locale mais là rappelons-nous que c’est le chemin qui le conduira à Jérusalem et ce sera le chemin, le temps d’une lente maturation dans l’itinéraire du « devenir disciples ».

Et là, pour la première fois, à l’écart, Jésus leur pose une question de confiance. Comme si le moment était venu de prendre position clairement par rapport à ce qu’ils ont entendu dire de lui.
Ils répondent en reprenant la rumeur qu’ils connaissent.
Mais Jésus pose une deuxième question qui va beaucoup plus loin. Vous, qui dites-vous que je suis ?
Cette question est très importante pour Jésus : il est essentiel que quelques-uns s’engagent à son égard dans une parole vraie, il y va du Règne de Dieu qu’il annonce sinon il restera un guérisseur, un faiseur de miracle dont on ne parlera plus.
Mais cette question est aussi vitale pour les disciples. Elle les implique personnellement et radicalement. Pierre va se faire le porte-parole du groupe et va répondre : Tu es le Christ.
Mesurons-nous la portée de ce qu’il dit ? En terme d’aujourd’hui, on pourrait dire c’est immense ! Ça déchire ! Toute la durée du compagnonnage est résumée dans ces mots. Ce que Pierre a vécu « avec lui », avec Jésus, devient parole. On pourrait dire que Simon devient Pierre et qu’il passe des pieds aux lèvres.
Et pourtant… Dès qu’il entend cette parole, il les rabroua afin qu’ils ne parlent de lui à personne. Mot uniquement utilisé pour les esprits impurs, dans la synagogue, au bord de la mer et face à la tempête. Quelque chose ne va pas dans la déclaration de Pierre, quelque chose d’impur et de menaçant qui biaise la vérité de sa parole.
Celle-ci est juste mais il y a un ver dans le fruit. Il ne faut pas que l’opinion des hommes s’engagent sur de fausses pistes qui risque de réduire l’identité de Jésus et sa véritable mission à la mesure de leurs conceptions trop étriquées du bonheur.

Pour corriger l’ambiguïté des propos de cette confession de foi Pierre, Marc nous décrit Jésus qui commence un enseignement dont la tonalité et le contenu sont nouveaux.
Pour la première fois, et il y en aura 3, Jésus parle de sa Pâque. Et Pierre se rebelle – signe que Jésus un peu plus tôt dans le texte n’avait pas tort sur les intentions de Pierre.
Et là, il faut bien observer le texte les jeux de regards et les mouvements.
Pierre prend Jésus à part. Jésus se retourne et voit les disciples et rabroue Pierre. Pierre entendait régler son problème « à part », Jésus le fait revenir sur la communauté !

Il faut noter le parallélisme entre ce que Jésus commence : un enseignement et l’annonce de sa Passion et ce que Pierre commence : la résistance au mystère pascal, immédiate et précise.
A chaque fois qu’un disciple fait de Jésus sa propre affaire, il se trompe et ça rate…
Et c’est pour cela que Jésus le « rabroue ». L’esprit du mal est présent. C’est une réaction non ajustée. Pierre a voulu prendre la place de Jésus, devant. Jésus lui rappelle que la place du disciple est derrière, il doit suivre, comme au moment de l’appel au début de l’évangile.
Marc insiste sur le fait que si nous ne dépassons pas nos « pensées », notre horizon trop court, nous risquons de nous faire complices de Satan.

Croire et suivre Jésus est une conversion qui passe nécessairement par un certain scandale, qu’il nous faut assumer, comme le montre bien l’itinéraire des apôtres.
Une fois de plus, Marc montre que la foi n’est pas d’abord l’adhésion à une théorie intellectuelle satisfaisante mais une marche à la suite de Jésus.

C’est ce que dit Jésus dans son dernier enseignement qui cette fois-ci s’adresse à tous puisque Jésus convoque la foule avec ses disciples. C’est unique dans l’évangile de Marc.
Chacun est renvoyé à sa liberté, à sa propre initiative.

Et ici, se renier et porter sa croix consistent à marcher simplement derrière le Christ, sans prendre les devants sur lui comme l’a fait Pierre. Non pas renoncer à être un vivant mais crucifier en soi ce goût du pouvoir, ce désir de se faire centre. En fin de compte, adopter les vues de Dieu en renonçant à lui imposer sa propre volonté. Tel est le suprême renoncement de soi.
Et pour Jésus, consentir à perdre ce désir à cause de lui et de l’Évangile, revient à sauver sa vie.

A la fin de cette visite du texte, ne trouvez-vous pas que nous ressemblons beaucoup aux disciples ou pouvons-nous dire ces disciples, c’est nous ?

Alors, deux questions :

1/ Que dites-vous de Jésus ? Derrière l’humain qui est-il pour nous ? Nous fabriquons-nous un Dieu à notre mesure ou accueillons-nous le don de son amour qu’il nous fait ? Croyons-nous au Jésus de l’histoire ou à Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous, notre sauveur par pur amour et qui veut faire alliance avec nous ?

2/ Sommes-nous prêts à devenir disciple, c’est-à-dire à mettre nos pas dans les siens en nous nourrissant de sa parole pour mieux le découvrir, à nous convertir.
Et se convertir, s’est vivre une transformation profonde de nos comportements quotidiens, un changement radical de mentalité et en même temps un retournement vers le Christ source de toute joie profonde et vers les besoins de nos frères les hommes.

Jacques Bonnet, diacre

En savoir plus

Livre d’Isaïe 50,5-9a.

Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu. Il est proche, Celui qui me justifie. Quelqu’un veut-il plaider contre moi ? Comparaissons ensemble ! Quelqu’un veut-il m’attaquer en justice ? Qu’il s’avance vers moi ! Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Psaume 116(114),1-2.3-4.5-6.8-9.

J’aime le Seigneur :
il entend le cri de ma prière ;
il incline vers moi son oreille :
toute ma vie, je l’invoquerai.

J’étais pris dans les filets de la mort,
retenu dans les liens de l’abîme,
j’éprouvais la tristesse et l’angoisse ;
j’ai invoqué le nom du Seigneur :
« Seigneur, je t’en prie, délivre-moi ! »

Le Seigneur est justice et pitié,
notre Dieu est tendresse.
Le Seigneur défend les petits :
j’étais faible, il m’a sauvé.

Il a sauvé mon âme de la mort,
gardé mes yeux des larmes
et mes pieds du faux pas.
Je marcherai en présence du Seigneur
sur la terre des vivants.

Lettre de saint Jacques 2,14-18.

Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : « Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim ! » sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. En revanche, on va dire : « Toi, tu as la foi ; moi, j’ai les œuvres. Montre-moi donc ta foi sans les œuvres ; moi, c’est par mes œuvres que je te montrerai la foi.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,27-35.

En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne.
Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera.

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