Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 2 octobre 2016

"« Le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis qu’on t’a imposé les mains », n’est pas un don extérieur à Dieu ! C’est Dieu lui-même qui se donne à toi"
Messe avec les jeunes des JMJ


Participer à un groupe de prière du Rosaire, comme l’équipe qui a préparé la célébration de ce matin, ou aller aux JMJ prier et faire la fête avec 2 millions de jeunes de tous les pays du monde, n’est-ce pas autant d’occasions de faire grandir la foi qui nous habite ? De la raviver, de la renforcer, de lui redonner des couleurs, de la mettre en musique par la fraternité et la joie, la simplicité et la rencontre des autres et de Dieu ? Oui, qu’il est bon, dans ces rassemblements petits ou grands, de faire grandir cette foi si fragile et si souvent peu comprise par notre entourage ! Qu’il est bon de retrouver cette proximité qui nous rassure et nous conforte ! Comme nous voudrions avoir la foi jusqu’à transporter les montagnes, sans peur ni doute !
Mais l’évangile nous arrête net : aucun d’entre nous n’a la foi comme on possède un bien ou un capital immuable. Plus encore : nous aurions la foi gros comme une graine de moutarde, des choses inouïes seraient possibles, jusqu’à commander aux arbres de se jeter eux-mêmes dans la mer, et ils le feraient ! La foi n’est pas de l’ordre de l’assurance, comme le suggérait Dylan, un lycéens rencontré vendredi dans le cadre d’un de ses projet en vue du bac. Avec une camarade, ils ont à réaliser un documentaire filmé de 10 minutes sur le thème de la passion, et ont choisi de filmer un prêtre. Tous deux étant loin d’une culture chrétienne, cette première discussion est partie dans de nombreuses directions, et leur questionnement personnel a bien souvent pris le pas sur les questions préparées pour le projet. Assez vite, Dylan cherche à vérifier une intuition qu’il semble porter : croire, avoir la foi, servirait à se rassurer devant la mort. Et ceux qui croient seraient plus calmes et plus sereins face à cette échéance inéluctable. Etrange raisonnement facilement démontable : nous connaissons tous des personnes non croyantes tout à fait sereines, et des croyants très anxieux. Nous en convenons rapidement, croire, donc, ne sert pas à nous rassurer. A y réfléchir un peu plus, ça ne sert d’ailleurs à rien. Elle n’est pas là pour servir à quelque chose ou à quelqu’un, elle n’est pas de l’ordre du l’utilitaire. Elle n’est même pas une garantie contre l’angoisse de la mort. Mais elle est de l’ordre de l’essentiel. De la confiance. De l’amour. De la Vie. C’est un don gratuit qui peut s’éteindre et que Paul nous invite à raviver. Non « un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération » qui nous invite à « rendre témoignage au Seigneur » sans honte.
Or le don dit toujours quelque chose du donateur. Accepter le cadeau offert par quelqu’un, c’est tendre les mains et se tourner vers la personne qui offre. En l’occurrence, Dieu. Celui qu’on nomme le Tout-Puissant et qui n’est que le Tout-Amour. Et lui laisser la place. Car il ne peut, en fait, rien donner d’extérieur à lui-même. Dieu n’offre pas des cadeaux aux hommes. Il s’offre lui-même. Tout Amour. Mais alors, « le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis qu’on t’a imposé les mains », n’est pas un don extérieur à Dieu ! C’est Dieu lui-même qui se donne à toi et que tu nommes « foi ».
La question n’est donc plus d’avoir une grande ou une petite quantité de foi. Dieu est Dieu, et il ne se découpe pas. Il ne donne pas une partie de lui-même, Il se donne totalement ! Ce n’est pas un bout de Dieu que tu as rencontré aux JMJ, c’est Dieu lui-même ! Ce n’est pas un bout du Corps du Christ que tu vas recevoir tout à l’heure dans l’eucharistie, c’est le Corps tout entier ! Il est là. Tout Lui, en toi. Encore faut-il le laisser Etre. Le laisser envahir ta vie. Te laisser envahir par l’amour. C’est plutôt grisant, dit comme ça : se laisser envahir par l’amour. C’est plutôt ce dont on rêve ! Etonament, ça nous fait peur et on fait vite marche arrière, on trouve des subterfuges pour reprendre le dessus, on cherche à esquiver... Etrange ! Ne veux-tu pas te laisser envahir par l’Amour, le don de Dieu, le don qu’est Dieu, par la foi ?
Revenons à l’évangile. L’exemple de l’arbre qui court se jeter dans la mer est connu et amusant. Mais l’exemple du serviteur qui doit encore faire le service après une journée bien chargée et exécuter les ordres de son maître sans broncher nous est moins sympathique. Notre soif de justice, de respect des petits et notre sensibilité au droit du travail sont heurtés. Et il va à l’encontre de bien des paroles de l’Ecriture ! Comment le comprendre ?
D’un côté, cet exemple nous invite à ne pas faire de Dieu notre « boy ». Combien de fois cherchons-nous à être coocoonés par Dieu, à ce qu’il nous remercie pour tous les services et les bonnes choses que nous faisons ? Nous avons été aux JMJ, nous préparons des messes, nous faisons nos prières... On espère un peu que Dieu nous remercie, n’est-ce pas ? Mais non. Servir, gratuitement, par amour.
D’un autre côté, on peut se rappeler qu’il est, Lui, le serviteur des serviteurs. Lui qui s’agenouille pour laver les pieds de ses disciples. Lui qui agit en toi à la mesure où tu le laisses agir, te laissant découvrir la vérité de ta vie humaine. Et inscrivant ta vie dans son projet à lui, qui n’ira jamais à l’encontre de ton chemin de bonheur et de joie. Il est le serviteur infatigable de notre humanité bien souvent disloquée dans sa course au temps et à l’argent. Il est le serviteur infatigable de l’unité et de la paix intérieure. Il est le serviteur tout donné, ne mendiant qu’une seule chose : que tu vives !
Vivre ! Voilà la force et le fruit de la foi ! Comment entendre autrement ce récit de l’arbre qui va se planter dans la mer ? L’arbre, avec ses racines et ses branches, symbole de vie et de fécondité. Et la mer, symbole hébraïque de la mort et de la perdition. Planter un arbre dans la mer. Planter la vie au milieu de la mort, pour que de la mort, la vie jaillisse. Le mystère de la foi est là. Et Dieu te choisi comme collaborateur de cette tâche incroyable. Il se donne à toi et compte sur tes capacités à donner de la vie et de la joie, de l’amour et du bonheur là-même où cela semble parfois difficile. Serviteurs d’humanité, Dieu et l’homme, toi avec Dieu, Dieu avec toi, dans une étonnante mais réelle confiance mutuelle. Mystère de la foi non pas comme une sécurité ou une assurance, mais comme une façon d’habiter le monde, et de le voir comme en une « vision qui tend vers son accomplissement et ne décevra pas » (Habacuc). Voir le monde tel qu’il est, dans toute ses dimensions d’espace et de temps, dans le chemin qu’il parcourt, dans l’histoire qu’il construit en étant attiré par Dieu – sûrement l’expérience des JMJ permet-elle de toucher des yeux cette vision... jusque dans ces millions de jeunes se donnant la main à l’invitation du pape, le dernier soir... Regarder le monde à partir de sa fin, et avoir confiance et foi en la force de Dieu au milieu de ce monde.
Que cette eucharistie renforce notre foi et la fasse grandir, pour devenir avec Dieu serviteurs de la vie au cœur de notre humanité.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Vingt-septième dimanche du temps ordinaire

Livre d’Habacuc 1,2-3.2,2-4.
Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ?
Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent.
Alors le Seigneur me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment.
Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard.
Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité.

Psaume 95(94),1-2.6-7ab.7d-8a.9.
Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1,6-8.13-14
Bien-aimé, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains.
Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération.
N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile.
Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus.
Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 17,5-10.
En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! »
Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi.
« Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : “Viens vite prendre place à table” ?
Ne lui dira-t-il pas plutôt : “Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour” ?
Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ?
De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : “Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir.” »

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