Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 24 septembre 2016

"L’éternité est maintenant, et elle n’est pas dans un divan."


Les textes de la parole de Dieu de ce jour, des cris du prophète Amos et de son allusions aux « lits d’ivoire et aux gens vautrés dans des divans » jusqu’au récit du riche et du pauvre Lazare, me font penser à quelques paroles du pape François entendues cet été en Pologne, à l’occasion des JMJ. Je ne résiste pas à vous en citer quelques (trop long ?) passages... au cours desquels je vous – et nous – invite à répondre « présent » lorsque le pape s’adresse aux jeunes. Car nous ne sommes pas si différents d’eux, et en tout cas nous vivons dans le même monde.

« Dans la vie, il y a une autre paralysie. J’aime l’appeler la paralysie qui naît lorsqu’on confond le BONHEUR avec un DIVAN ! Oui, croire que pour être heureux, nous avons besoin d’un bon divan. Un divan qui nous aide à nous sentir à l’aise, tranquilles, bien en sécurité. Un divan – comme il y en a maintenant, modernes, avec des massages y compris pour dormir – qui nous garantissent des heures de tranquillité pour nous transférer dans le monde des jeux vidéo et passer des heures devant l’ordinateur. Un divan contre toute espèce de douleur et de crainte. Un divan qui nous maintiendra enfermés à la maison sans nous fatiguer ni sans nous préoccuper. Le divan-bonheur est probablement la paralysie silencieuse qui peut nous nuire davantage ; parce que peu à peu, sans nous en rendre compte, nous nous endormons, nous nous retrouvons étourdis et abrutis tandis que d’autres – peut-être plus éveillés, mais pas les meilleurs – décident de l’avenir pour nous. » « Mais la vérité est autre : chers jeunes, nous ne sommes pas venus au monde pour ‘‘végéter’’, pour vivre dans la facilité, pour faire de la vie un divan qui nous endorme ; au contraire, nous sommes venus pour autre chose, pour laisser une empreinte. »
« Pour suivre Jésus, il faut avoir une dose de courage, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans ton cœur chaque geste, chaque attitude de miséricorde. Aller par les routes en suivant la ‘‘folie’’ de notre Dieu qui nous enseigne à le rencontrer en celui qui a faim, en celui qui a soif, en celui qui est nu, dans le malade, dans l’ami qui a mal tourné, dans le détenu, dans le réfugié et dans le migrant, dans le voisin qui est seul. Aller par les routes de notre Dieu qui nous invite à être des acteurs politiques, des personnes qui pensent, des animateurs sociaux. Il nous incite à penser à une économie plus solidaire. Dans les milieux où vous vous trouvez, l’amour de Dieu nous invite à porter la Bonne Nouvelle, en faisant de notre propre vie un don fait à lui et aux autres. »
« Dieu vient rompre nos fermetures, il vient ouvrir les portes de nos vies, de nos visions, de nos regards. Dieu vient ouvrir tout ce qui t’enferme. Il t’invite à rêver, il veut te faire voir qu’avec toi le monde peut être différent. C’est ainsi : si tu n’y mets pas le meilleur de toi-même, le monde ne sera pas différent. » « Faire en sorte que tes mains, mes mains, nos mains se transforment en signes de réconciliation, de communion, de création. Il veut tes mains pour continuer à construire le monde d’aujourd’hui. Il veut construire avec toi. »

L’appel du pape, et plus encore de l’Évangile, est on ne peut plus clair : la question posée est celle de la distance que nous mettons les uns avec les autres, et des aveuglements qui nous enferment et nous empêchent de passer à l’action. Que l’on ne fasse pas de contre-sens en lisant cette page : l’évangile ne peut faire l’éloge de la misère aujourd’hui en promettant le bonheur dans le ciel. Il faut aujourd’hui combattre la misère et la pauvreté, toutes les misères et toutes les pauvretés. Et elles sont nombreuses : pauvretés financière, culturelle, affective, sociale, familiale, etc. La cécité est elle-même une pauvreté qu’il nous faut combattre, avec l’aide de nos frères et la lumière de Dieu.
« Empare-toi de la vie éternelle », lance Paul à Timothée. Étonnante phrase, n’est-ce pas ? « Empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé ! » Vous êtes-vous déjà soucié de vous emparer de la vie éternelle, et non de l’attendre comme dans un canapé ? « Mène le bon combat, recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur », continue Paul. Autrement dit, vis pleinement le jour présent, dans une totale ouverture à ce qui vient. Sans calcul, sans stratégie, sans réserve. L’amour ne se met pas en réserve, ou bien il n’est plus amour. Et notre vie n’a-t-elle pas soif d’absolu ? Ne sommes-nous pas fatigués de tous les calculs politiques (qui ne sont pas réservés aux hommes politiques) qui minent les relations entre les gens ? Imaginez que tous ces calculs n’existent plus... que d’énergie gagnée ! Il en va de la qualité de l’aujourd’hui et de l’avenir du monde. Et cela est possible, j’en suis sûr, à condition de le vouloir et de nous laisser inspirer par Dieu, de prendre modèle sur Jésus, de respirer profondément le souffle de l’Esprit.

Le récit du riche, sans nom, et du pauvre Lazare de l’évangile est un cris. Un appel de Dieu lui-même à ne pas passer à côté de notre vie – car c’est la même qui continue de toujours à toujours, et il n’y a finalement aucun changement entre aujourd’hui et l’au-delà : le riche reste enfermé dans sa misère, et la pauvre garde les yeux ouverts sur le monde. L’éternité est maintenant, et elle n’est pas dans un divan. A chacun, et à nous tous, de nous en emparer comme on saisit une mission à bras le corps. Après tout, c’est une mission divine, il serait dommage de n’y aller qu’à moitié ! Emparons-nous de l’éternité maintenant. Non simplement par obéissance à l’appel de Dieu, mais parce que là réside notre bonheur et notre joie. Chacun trouvera les lieux à investir, les relations à convertir, les pratiques à corriger... Et mettons-nous à l’écoute de celui qui est ressusscité d’entre les morts ! Enracinons-nous en sa Parole et en sa Vie. Il est, lui, celui qui nous ouvre à la Lumière et nous délivre de tout enfermement et nous conduit sur les chemins d’éternité.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Vingt-sixième dimanche du temps ordinaire

Livre d’Amos 6,1a.4-7.
Ainsi parle le Seigneur de l’univers :
Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Sion, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ;
ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ;
ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

Psaume 146(145),6c.7.8.9a.9bc-10.
Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

Première lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 6,11-16.
Toi, homme de Dieu, recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur.
Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins.
Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation, voici ce que je t’ordonne :
garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.
Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu, Souverain unique et bienheureux, Roi des rois et Seigneur des seigneurs ;
lui seul possède l’immortalité, habite une lumière inaccessible ; aucun homme ne l’a jamais vu, et nul ne peut le voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16,19-31.
En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

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