Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
http://angouleme.catholique.fr/Homelie-du-25-decembre-2016

Homélie du 25 décembre 2016

Voilà ce qui est incroyable : cette terre devenue si fatiguée, Dieu vient l’habiter ! Dieu au milieu de ce monde et de nos vies, totalement uni à nos vies et à nos existences ! Dieu uni à ton existence !


« Et le Verbe, et la Parole s’est faite chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient du Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » Voilà ce que nous célébrons cette nuit et aujourd’hui. L’inimaginable. L’inouïe. L’incroyable.
Parce qu’il faut bien le dire, notre terre est devenue difficilement habitable, et notre humanité peu recommandable. Berlin, Ankara, Alep, Mogadiscio, Le Caire, Nigéria, Philippines, Etat de l’Ohio, Sinaï, Bruxelles, Minnesota, New York, Homs, Damas, Aden, Pattani (Thaïlande), Turquie, Kaboul, Syrie, Saint Etienne du Rouvray, Nice, Médine, Djakan, Ouagadougou… et je m’arrête là, la liste pourrait continuer malheureusement presque à l’infini. Notre année aura été marquée par la violence folle et aveugle. Dans tous les coins de la planète, sans en épargner aucun. Nuit du monde. Il y a deux jours, quelqu’un m’avouait qu’avec toute cette actualité, étourdissante, assommante, Noël ne pouvait pas être comme les autres années. Comme une magie cassée, une innocence évanouie, une naïveté effacée. D’autant qu’il faudrait ajouter à ces violences médiatiques toutes celles que nous connaissons et que nous subissons dans nos familles, dans nos relations, au travail... Je ne parle pas non plus des multiples autres crises qui mettent en péril l’humanité même. A entendre cette litanie, il y a de quoi tout arrêter, tout déserter, tout abandonner ! Planète tant abîmée, tant amochée, tant meurtrie…
Et voilà la nouvelle de cette nuit : « Le Verbe, la Parole s’est faite chair, il a habité parmi nous. » Voilà ce qui est incroyable : cette terre devenue si fatiguée, Dieu vient l’habiter ! Ce que nous trouvons devenu inhabitable, Dieu vient y faire sa demeure ! Alors que nous avons de quoi perdre tout espoir, Dieu lui-même, le Créateur de l’univers, l’éternel, l’infini, entre dans notre histoire et vient nicher là, dans notre humanité si inconfortable et malhabile !
Voilà qui vient redonner confiance et espérance. Pas l’espérance de la bouteille à la mer, jetée par désespoir – encore qu’il y reste un peu d’espoir. Mais l’espérance que quelque chose se passe. Que des ténèbres, s’est levée une incroyable lumière. Espérance d’une force en laquelle nous pouvons vivre debout. Et cette lumière est là, peut-être imperceptiblement, dans un enfant tout frêle, comme tout enfant aussi fragile que porteur de promesses, ouvert à l’avenir et abandonné aux hommes : Jésus, Dieu. Dieu fait homme. Celui que les prophètes attendaient et qu’ils appelaient « le Prince de la Paix ». Il est la Lumière qui déchire nos obscurités, « la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde… et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Il est la communion qui retisse nos liens brisés, la douceur qui apaise nos brutalités. Il est la Paix. Emmanuel. « Dieu-avec-nous ». Te rends-tu compte vraiment de cette nouvelle ? « Dieu-avec-nous » ! Dieu au milieu de nous ! Dieu au milieu de ce monde et de nos vies, totalement uni à nos vies et à nos existences ! Dieu uni à ton existence ! Pour nous offrir sa présence, son amour, sa confiance et sa Paix. Tendresse de Dieu qui vient nous bouleverser et tout bouleverser. Il n’est pas là-haut dans les nuages, perché dans une puissance trop inhumaine, non, il est là, aux pieds de l’Homme, désarmé. Et désarmant, comme l’enfant qu’on accueille. Comme l’enfant qu’on prend dans ses bras et qui redonne goût en l’humanité, foi en l’avenir, chaleur à nos cœurs devenus froids. Dieu est là, offert à nous pour que nous soyons saisis par sa paix, et que nous en vivions.
Heureux, les artisans de Paix. Heureux ceux qui savent accueillir dans leurs bras et sur leur cœur cet enfant inattendu. Heureux ceux qui savent vivre de sa Paix en allant plus loin que les peurs. Heureux ceux qui au nom de cet Enfant, s’engagent pour la Paix dans leurs familles, à leur travail, dans leurs choix de vie, dans une solidarité qui reconnaît chaque être pour ce qu’il a de beau et de capable, déployant l’amour jusqu’à l’universel, s’affranchissant des barrières de toutes sortes inventées par les hommes pour organiser le monde. Heureux ceux qui luttent – car la paix est à ce prix, comme on lutte parfois pour que la flamme ne s’éteigne pas – pour que la justice et le pardon l’emportent sur la violence et la haine. Heureux ceux qui, par leur travail et leur vie, construisent jour après jour ce « Shalom » attendu, cette communion de toute l’humanité et de tout l’univers enfin réconcilié dans le cœur et la paix de Dieu !
L’enfant qui vient de naître, ou dont nous célébrons la naissance, est cet Artisan de Paix. L’artisan de Paix par excellence, celui en qui nous pouvons mettre toute notre confiance, alors même qu’il nous est donné comme un enfant qui ne peut vivre sans mettre toute sa confiance en nous. Mystère d’Alliance, d’échange incroyable entre Dieu et l’Homme. Révélation de ce que Dieu « à bien des reprises et de bien des manières a voulu dire à nos pères par les prophètes, et qu’il nous dit aujourd’hui en son Fils », Jésus. Nouvelle incroyable qui vient changer le monde, si nous la prenons vraiment au sérieux et pour ce qu’elle est : Dieu avec nous.
« Éclatez en cris de joie », criait Isaïe, « Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem » comme on pourrait parler aujourd’hui des ruines du monde et de l’humanité. « Car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem ! » Devenons, comme nous y invite le prophète, des « messagers qui annonce la paix, qui portent la bonne nouvelle, qui annoncent le salut. » Le monde, et nous-mêmes, a besoin de cette formidable nouvelle qui redonne confiance et espérance. Ne taisons pas ce mystère ! Ne cachons pas notre joie ! N’abîmons pas la paix qui nous est offerte ! Que cette fête de Noël nous emplisse de joie ! Joie de la paix reçue et accueillie. Joie de la paix vécue et célébrée. Joie de la paix donnée et partagée. Joie d’une paix offerte à tous et à chacun par un enfant, Jésus, Dieu fait homme, en qui tout – tout ! - est réconcilié.
Amen.
P. Benoît Lecomte

En savoir plus

Solennité de la Nativité du Seigneur (messe du jour)

Livre d’Isaïe 52,7-10.
Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : « Il règne, ton Dieu ! »
Écoutez la voix des guetteurs : ils élèvent la voix, tous ensemble ils crient de joie car, de leurs propres yeux, ils voient le Seigneur qui revient à Sion.
Éclatez en cris de joie, vous, ruines de Jérusalem, car le Seigneur console son peuple, il rachète Jérusalem !
Le Seigneur a montré la sainteté de son bras aux yeux de toutes les nations. Tous les lointains de la terre ont vu le salut de notre Dieu.

Psaume 98(97),1.2-3ab.3cd-4.5-6.
Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

Jouez pour le Seigneur sur la cithare,
sur la cithare et tous les instruments ;
au son de la trompette et du cor,
acclamez votre roi, le Seigneur !

Lettre aux Hébreux 1,1-6.
À bien des reprises et de bien des manières, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ;
mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes.
Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être, le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante, après avoir accompli la purification des péchés, s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux ;
et il est devenu bien supérieur aux anges, dans la mesure même où il a reçu en héritage un nom si différent du leur.
En effet, Dieu déclara-t-il jamais à un ange : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ? Ou bien encore : Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils ?
À l’inverse, au moment d’introduire le Premier-né dans le monde à venir, il dit : Que se prosternent devant lui tous les anges de Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 1,1-18.
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
Il était au commencement auprès de Dieu.
C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui.
En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ;
la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean.
Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui.
Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.
Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu.
Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.
Jean le Baptiste lui rend témoignage en proclamant : « C’est de lui que j’ai dit : Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. »
Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce ;
car la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ.
Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

2 réactions


25 décembre 2016 19:38, par chambon

Quelle belle célébration avec nos frères musulmans !La fraternité est réelle, simple et partagée.

OUI, DIEU est GRAND !

- repondre message


 


26 décembre 2016 14:19, par Christel Martel

Une homélie à la fois dans la réalité et ouvrant sur la joie de croire en cet Enfant démuni mais porteur de force pour justement ne pas se laisser entrainer vers des peurs incohérentes ou des émotions passagères et souvent irréfléchies . Merci .

- repondre message


 

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Contact

adresse Paroisse Ma Campagne - Puymoyen
2, bld Jean Moulin
16000 Angoulême
+335 45 61 15 04
paroissemacampagne chez orange.fr
Accueil à la paroisse les mardis, jeudis et vendredi de 16h30 à 18h30
NOTE : Pendant l’été, permanence uniquement le vendredi