Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 26 juin 2016

« Vous êtes appelés à la liberté ! » Libres de la liberté qui, où que l’on soit et quelques soient nos conditions, est souffle et respiration de notre vie. Celle qui nous fait dire que nous sommes à notre place dans ce monde. Celle qui nous fait être en relation juste avec les autres. Celle qui nous ouvre à la joie. Celle qui nous rappelle la valeur de notre dignité. Celle qui nous fait être nous-même, sans avoir à jouer de rôle ou à porter de masque.


« Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libéré. » L’affirmation de Saint Paul vient rejoindre l’un de nos désirs les plus profonds : être libre. Ce n’est pas rien, la liberté ! « Vous avez été appelés à la liberté », continue Paul. Sûrement ressentons-nous tous cet appel intérieurement. La liberté nous travaille. Pas la liberté de faire ce qu’on veut quand on veut, pas la liberté qui serait absence de contrainte ou de pression – cette liberté est peut-être impossible à construire -, mais la liberté intérieure. Celle qui, où que l’on soit et quelques soient nos conditions, est souffle et respiration de notre vie. Celle qui nous fait dire que nous sommes à notre place dans ce monde. Celle qui nous fait être en relation juste avec les autres. Celle qui nous ouvre à la joie. Celle qui nous rappelle la valeur de notre dignité. Celle qui nous fait être nous-même, sans avoir à jouer de rôle ou à porter de masque.
« Vous êtes appelés à la liberté ! »
Lorsque je rencontre des couples pour cheminer vers le sacrement du mariage, nous abordons les « piliers » du sacrement. L’un de ces piliers, le premier, est la liberté. Il est toujours intéressant et riche de se pencher sur ce qui se joue-là. Combien connaissons-nous de personnes qui étaient en couple et qui, se séparant, disent « retrouver leur liberté » ? « Enfin libre ! », disent-elles, comme si le lien qu’elles avaient vécu jusque là les avait privé d’être elles-mêmes... Or, ce que nous découvrons avec les fiancés dans leur projet est tout l’inverse : le sacrement du mariage témoigne que c’est à la mesure de mon lien à l’autre que je suis vraiment libre. Plus je suis lié à toi, plus je me sens être moi-même et libre. Cette découverte est souvent surprenante. Elle est nécessaire, parce que si la relation amoureuse est vécue comme privation de liberté, nul doute que cette dernière se rappellera tôt ou tard et sèmera de grands troubles chez les personnes. Ma liberté ne dépend pas de mon absence de lien avec les autres, mais au contraire d’un lien d’amour le plus fort possible. L’adolescent trouve sa liberté en disant « non » aux adultes et en s’opposant à toutes ses références passées. Mais c’est rester à tourner sur un rond-point sans jamais accepter de prendre une direction et ne jamais vivre l’aventure. Passage obligé de la maturation pour découvrir que la vraie liberté, adulte, se joue dans le « oui ». Comment se fait-il que je ne me sois jamais senti aussi libre que le jour où, au milieu de la liturgie de l’ordination, j’ai mis mes mains dans celles de l’évêque pour lui promettre obéissance ainsi qu’à ses successeurs, me liant à jamais au peuple de Charente ? Mystère. Mystère de l’amour qui ne se vit que dans une relation, et qui fait advenir chacun à lui-même. Mystère de la liberté qui ne se déploie qu’en proportion du lien d’amour que nous vivons. « Par cette liberté, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. » Liberté qui n’est pas rejet de l’autre, mais relation d’amour et de service, d’attention et de pardon...
Et grandit ainsi, nous en portons tous l’intuition – et l’expérience -, la paix intérieure et la sérénité.
« Suis-moi », dit Jésus. Mais cette suite n’est pas esclavage. Elle est au contraire détachement de ses esclavages pour trouver la vraie liberté. Jacques et Jean, dans l’évangile, sont encore dépendants du regard des autres au point de faire naître en eux la colère. Jésus est libre. Il est l’homme libre par excellence. Non parce qu’il serait l’homme le plus indépendant qui soit, mais parce qu’il est dans une relation d’une telle intimité avec le Père que sa liberté est totale. Il n’a d’endroit où reposer sa tête, il a l’avenir du Royaume de Dieu comme seul horizon, il est la Parole qui va jusqu’au bout de ce qu’elle a à dire. « Le visage déterminé, il prit la route de Jérusalem. »
Suivre le Christ n’est pas singer bêtement Jésus en projetant nos codes moraux sur son expérience terrestre. Suivre Jésus, c’est peut-être simplement – mais est-ce si simple ? - entrer dans cette liberté intérieure. Là où nous sommes, dans nos réseaux de relations quotidiennes... En nous attachant à vivre toutes ces relations dans un amour profond et libérateur, en nous laissant conduire par l’Esprit... en nous mettant au service les uns des autres, et en nous liant toujours davantage à notre Père commun... Liberté à chercher, à travailler et à recevoir ensemble, dans l’Alliance voulue par Dieu. Oui, je le crois, la liberté, la vraie liberté est là. Lorsqu’on sort des comparaisons et des jugements, et que l’on s’en remet, avec toute sa conscience et tout son cœur, au seul jugement qui donne vie : celui de Dieu. Et la véritable suite de Jésus est là, dans cette liberté intérieure à faire grandir en offrant la paix du cœur. Suivre Jésus, c’est alors devenir fils et filles de Dieu avec Lui, entrer toujours davantage dans cette relation filiale faite de confiance et d’amour. C’est là, au creux de cette relation, que nous faisons l’expérience de la plus grande des libertés... mystérieusement.
Ethan, le baptême que tu vas recevoir te fait entrer dans ce projet d’Alliance avec Dieu en te faisant devenir enfant du Père, frère de Jésus. Il ne t’y fait pas entrer d’un coup de baguette magique, mais par la révélation progressive, tout au long de ta vie, dans la suite du Christ, de ta vocation d’homme libre, libre parce qu’enfant de Dieu, enfant de la Vie, vivant pour toujours de la Vie de résurrection. Peut-être, parfois, ne sauras-tu pas où reposer la tête. Peut-être, parfois, auras-tu la tentation de retourner en arrière. Peut-être, parfois, perdras-tu l’horizon du Royaume de Dieu. Mais, te laissant conduire par l’Esprit et rejoindre par la tendresse infinie de Dieu, tu sauras au plus profond de toi que la liberté du Christ est toujours présente, et que son Amour est sans limite et porteur de Vie. Et tu pourras en témoigner, donnant de la joie autour de toi. Alors pourront monter de ton cœur le chant du psalmiste, qui a mis en Dieu toute sa confiance, dans l’expérience de sa propre liberté, et trouvant là son bonheur :

Je béni le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m’avertit. Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ; il est à ma droite : je suis inébranlable... je n’ai pas d’autre bonheur que toi. Tu m’apprends le chemin de la vie : devant ta face, débordement de joie !

Amen.
P. Benoît Lecomte

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Treizième dimanche du temps ordinaire

Premier livre des Rois 19,16b.19-21.
En ces jours-là, le Seigneur avait dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils de Shafath, comme prophète pour te succéder. »
Élie s’en alla. Il trouva Élisée, fils de Shafath, en train de labourer. Il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Élie passa près de lui et jeta vers lui son manteau.
Alors Élisée quitta ses bœufs, courut derrière Élie, et lui dit : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai. » Élie répondit : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. »
Alors Élisée s’en retourna ; mais il prit la paire de bœufs pour les immoler, les fit cuire avec le bois de l’attelage, et les donna à manger aux gens. Puis il se leva, partit à la suite d’Élie et se mit à son service.

Psaume 16(15),1.2a.5.7-8.9-10.2b.11.
Garde-moi, mon Dieu :
j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

Lettre de saint Paul Apôtre aux Galates 5,1.13-18.
Frères, c’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Alors tenez bon, ne vous mettez pas de nouveau sous le joug de l’esclavage.
Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté. Mais que cette liberté ne soit pas un prétexte pour votre égoïsme ; au contraire, mettez-vous, par amour, au service les uns des autres.
Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’
Mais si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres.
Je vous le dis : marchez sous la conduite de l’Esprit Saint, et vous ne risquerez pas de satisfaire les convoitises de la chair.
Car les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit, et les tendances de l’Esprit s’opposent à la chair. En effet, il y a là un affrontement qui vous empêche de faire tout ce que vous voudriez.
Mais si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 9,51-62.
Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

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