Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 28 août 2016

L’enjeu n’est pas de gagner son salut individuellement en étant quelqu’un de bien. L’enjeu est de réaliser ensemble la communion universelle image de Dieu Trinité.


« Humilité », « abaissement ». Voilà les deux mots qui semblent ressortir de la Parole de Dieu aujourd’hui.
Que n’a-ton fait de mal à l’aide de ces deux mots ! L’Église n’a-t-elle pas fait pression sur des dizaines de générations au nom d’un abaissement et d’une humilité nécessaires, au risque d’encourager des vies malheureuses aujourd’hui, promettant un bonheur dans l’au-delà ? Combien même de religieux et de religieuses ont pu vivre dans la soumission, au nom de l’humilité et de l’abaissement ? L’utilisation de ces deux mots pourtant porteurs de belles valeurs, peut être destructrice.
L’Evangile lui-même semble contradictoire : il faudrait ne pas s’asseoir à la première place au risque de devoir être déplacé et de se retirer dans la honte, mais s’asseoir à la dernière place pour monter ensuite « plein d’honneur au yeux de tous » à la première place... Ne serait-ce pas l’abaissement du premier qui devrait être souligné, plutôt que la recherche d’honneur du second ?
Je crois qu’il n’est pas mauvais de viser la première place ! Après tout, l’Évangile ne cesse de nous inviter à grandir, à progresser, à être meilleur, à « être parfait » même, dans Saint Matthieu (chap 8). L’Evangile ne nous demande pas de marcher en regardant nos pieds ni d’être médiocre ! Saint Paul disait qu’il nous faut courir comme dans les stades de manière à remporter la première place. Et quel effet aurait l’éducation sur un enfant à qui on demanderait d’être toujours le dernier ? La Parole de Dieu ne peut que tirer l’humanité vers le haut. Dieu nous veut beaux et grands !
Mais alors, cette invitation à l’humilité, dans le livre de Ben Sirac le Sage, et à l’abaissement dans l’Évangile ?
Peut-être rejoint-elle l’invitation à la gratuité et à la disponibilité. Jésus réagit lorsqu’il voit comment les invités choisissent les premières places. Il ne critique pas le fait d’avoir ni même de vouloir la première place, mais la façon avec laquelle on cherche à l’obtenir.
On en connaît, des méthodes malhonnêtes et honteuses pour obtenir les premières places : on peut acheter, tricher, mentir, user de subterfuges. On peut écraser les autres et ne même plus les voir. N’est-ce pas cela que dénoncerait Jésus ? Le rapport avec ceux qui nous entourent. Quel est notre rapport avec les autres, avec qui nous pouvons nous trouver en concurrence ?
La logique de Dieu est toujours la logique de l’amour, de la confiance, de la gratuité. Lui-même s’est abaissé, et il est notre modèle. « Lui qui était de condition divine, dira Saint Paul dans sa lettre aux Philippiens, s’est abaissé et s’est même anéanti jusqu’à devenir un homme, et à mourir sur une croix tel un malfrat. » Voilà la puissance de l’amour de Dieu. Sa gratuité. Sa disponibilité pour nous.
Nos relations sont parfois empruntes de calculs en tous genres, de ceux qui sont décrits à propos de celui qui invite, dans l’évangile, ou d’autres similaires. Ces jours-ci la rentrée scolaire a lieu, et avec elle la fin de l’été et pour beaucoup la reprise du travail et des divers engagements. De façon naturelle, nous allons vouloir progresser dans nos professions, nos engagements, nos relations. Il nous faudra être bon à l’école. Nous aurons à mettre en œuvre nos talents et à développer encore nos compétences. Il ne s’agit pas de les cacher ne de se sous-estimer faussement ! Mais de les mettre au service de tous, pour le bien de tous. Non pour être au-dessus de tous, mais pour être au service de tous et de chacun. Comment allons-nous vivre tous ces rapports aux autres ? Selon quelle dynamique, quel mouvement, quelle gratuité, quelle liberté, quelle envie de grandir et de faire grandir ?
Quelle place allons-nous laisser aux autres et à Dieu dans nos vies ? Car c’est bien lui qui nous rejoint là où nous nous sommes installés, comme dans l’évangile. Si nous avons voulu être à la première place sans lui, comment nous fera-t-il encore grandir et avancer ? Si nous nous sommes reconnus humble et conscient de nos faiblesses et de nos imperfections, il aura tout l’espace nécessaire pour nous accompagner joyeusement sur notre chemin.
Mais vous voyez déjà les limites de mon propos. A partir d’une telle parole biblique, il n’est pas facile de faire une homélie qui ne soit pas uniquement une leçon de morale. Il nous faut aller plus loin que la simple bienséance ou la règle de politesse. Il nous faut nous dégager du devoir de gentillesse qui peut ne rester qu’en surface de nos actions. Il nous faut entrer dans les dispositions de Jésus. Le regarder, le contempler, et ouvrir notre vie, comme son cœur est ouvert. Non pour faire les choses bien, mais pour faire advenir le Royaume. Pour rendre visible et réelle l’humanité que Dieu attend et que nous désirons tous. L’enjeu n’est pas de gagner son salut individuellement en étant quelqu’un de bien. L’enjeu est de réaliser ensemble la communion universelle image de Dieu Trinité. Changer le monde ! Révéler la grandeur et la beauté du monde que Dieu crée sans cesse ! Faire advenir du dedans de nous-mêmes et sur toute la planète, la véritable identité de l’humanité, si souvent cachée et blessée par nos orgueils et nos indélicatesses, cette identité qui est d’être une seule et même famille humaine où la dignité de chacun est respectée et reconnue, et où la joie des relations l’emporte sur les vaines divisions et antipathies. Et si elle était là, la raison profonde des invitations d’aujourd’hui ? Non pas chercher soi-même à être quelqu’un de bien – ce qui, après tout, n’est déjà pas mal !, mais chercher ensemble à vivre notre vocation de famille humaine, image du Dieu Trinité. Atteindre ensemble notre pleine stature qu’est d’être le Corps unifié du Christ ressuscité !
En ce temps de rentrée, que l’Esprit nous pousse à commencer nos travaux et à retrouver toutes nos relations avec l’élan de l’Évangile et dans le désir de Jésus-Christ !
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire

Livre de l’Ecclésiastique 3,17-18.20.28-29.
Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur.
Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.
Grande est la puissance du Seigneur, et les humbles lui rendent gloire.
La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui.
Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Psaume 68(67),4-5ac.6-7ab.10-11.
Les justes sont en fête, ils exultent ;
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom.
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves,
tel est Dieu dans sa sainte demeure.
À l’isolé, Dieu accorde une maison ;
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse,
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais.
Sur les lieux où campait ton troupeau,
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

Lettre aux Hébreux 12,18-19.22-24a.
Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, vous n’êtes pas venus vers une réalité palpable, embrasée par le feu, comme la montagne du Sinaï : pas d’obscurité, de ténèbres ni d’ouragan,
pas de son de trompettes ni de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.
Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la ville du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des myriades d’anges en fête
et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous, et vers les esprits des justes amenés à la perfection.
Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14,1.7-14.
Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient.
Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit :
« Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : “Cède-lui ta place” ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place.
Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, etce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.
En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour.
Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ;
heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

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