Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 3 juin 2018

L’eucharistie que nous vivons n’est pas un acte ordinaire ou anodin. Il ne s’agit pas d’abord d’un exercice de piété parmi d’autres, il ne faut pas nous habituer à ce rendez-vous comme si l’on pouvait s’en lasser un jour, il n’y a rien de « normal » dans ce que nous célébrons.


Peut-être connaissez-vous cette histoire : un dimanche matin, une mère essaie de tirer son fils du lit en lui disant qu’il est temps d’aller à la messe. Après plusieurs tentatives infructueuses, son enfant répond : « pourquoi encore cette corvée ? » Et la mère de répondre : « Pour deux raisons, mon fils. La première, c’est que tu sais qu’il faut aller à la messe le dimanche. La seconde, c’est que tu es l’évêque du diocèse. »
Il n’y a pas besoin d’être évêque ou prêtre pour ne pas avoir envie d’aller à la messe. Trop ringard, toujours pareil, barbant, pas assez vivant, que des vieux… Chacun trouve ses raisons. Cette semaine encore, un homme que j’accompagne vers le mariage me disait ne pas arriver à rester concentrer pendant les homélies. Comment lui en vouloir !
Et pourtant ! La fête de ce dimanche, fête du Corps et du Sang du Christ, vient nous réveiller. Réveiller nos oreilles, notre cœur et notre intelligence au mystère qui se joue à chaque eucharistie, dans l’actualisation répétée de l’acte d’offrande de Jésus au soir du jeudi saint, au moment de la dernière Cène.
De sang, il en est question dans les récits que nous venons de recevoir. Du sang en abondance, jusqu’au peuple qui en est aspergé. On peut déjà rendre grâce pour l’évolution des rites : imaginez que le prêtre ce matin asperge le peuple de sang ! Ces textes nous obligent à revenir à la signification de ce sang qui cours à travers la Bible. Sang synonyme de vie. Sang qu’on ne fait pas couler quand il s’agit de celui de son frère. Sang qui, à cause de cette symbolique forte, prend un usage cultuel en étant répandu sur l’autel lors des sacrifices. Il a alors une valeur de remplacement : il rend présente la vie de l’offrant, qui la met à la disposition de Dieu dans l’action de grâce ou en réparation d’une faute grave. Le livre de l’Exode nous raconte cet acte étonnant où du sang est versé tant sur l’autel que sur le peuple : c’est le symbole du partage de vie, le peuple s’engage vis-à-vis de Dieu au prix possible de sa propre vie, engagement « à la vie, à la mort » comme dit l’expression. Ce sang qui, étalé sur les linteaux des maisons des Hébreux, les sauvera de la furie de Pharaon. Ce sang encore, de Jésus, versé à nouveau en signe d’Alliance, Jésus abandonnant sa vie et, par ce geste, mettant fin pour les chrétiens à tous les autres sacrifices jusqu’alors exercés.
Sang de l’Alliance, Alliance scellée dans le sang, c’est-à-dire pour toujours.
Avouons-le, nous ne sommes pas très à l’aise avec tout ce champ lexical sanguinolent. On préfère quand la Parole de Dieu nous parle de joie, d’amour et de tendresse. Alors tendons l’oreille et écoutons ce qu’elle nous dit ce soir, de si fort et de si particulier.
Elle nous dit que l’eucharistie que nous vivons n’est pas un acte ordinaire ou anodin. Elle nous dit qu’il ne s’agit pas d’abord d’un exercice de piété parmi d’autres, qu’il ne faut pas nous habituer à ce rendez-vous comme si l’on pouvait s’en lasser un jour, qu’il n’y a rien de « normal » dans ce que nous célébrons, qu’avant de nous inquiéter de savoir où et à quelle heure aura lieu la messe la semaine prochaine ou l’année prochaine, ou de la routine que nous allons retrouver, nous devons nous réjouir de ce qui nous est donné de vivre là.
Et ce qui nous est donné de vivre, ici et maintenant, dans ce rassemblement hebdomadaire, n’est autre que le renouvellement de l’Alliance que Dieu fait avec nous tous et avec chacun de nous. Un renouvellement vécu dans le don du Corps et du Sang de Jésus, mais aussi dans le don de sa Parole, et encore dans le don des frères et des sœurs à aimer. Au cardinal Ratzinger, connu sous le nom de Benoît XVI, on posait la question de quand on devait considérer que la messe était terminée : après avoir communié ? Après la bénédiction ? Après la formule d’envoi ? Et lui de répondre : la messe n’est pas terminée tant que ceux qui ont communié à la Parole de Dieu et au Corps du Christ n’ont pas servi leurs frères, et d’abord les plus pauvres, après être sortis de l’église.
Et si l’Église nous propose cette solennité dite de la « Fête Dieu » aujourd’hui, rappelons-nous que nous ne pouvons séparer la communion eucharistique de la Parole – pensons aussi à toutes celles et tous ceux qui ne communient pas pour mille raisons, et qui reçoivent pourtant la nourriture spirituelle revivifiant l’Alliance du baptême par la Parole de Dieu, autre Présence réelle du Christ – et du service des pauvres.
Le don du sang va jusque là. Car le sang c’est la vie, de même que la Parole est vie et que le l’attention aux autres est vie. Et toi, Loïc, tu vas recevoir cette vie de Dieu dans toute ton existence, par le plongeon dans l’eau du baptême. Tu vas « tremper à la grâce », tu vas mystérieusement vivre une seconde naissance, celle de ressuscité avec le Christ, celle de chrétien, de ceux qui, à la suite de Jésus, deviennent Corps du Christ livré au monde pour que le monde découvre l’amour de Dieu.
Au cœur de cette eucharistie, reprenons conscience du don qui nous est fait. Don de la présence, don de la vie, don de la parole. Renouvellement de l’amour de Dieu pour chacun, relançant notre marche et redonnant courage au cœur de nos découragements. Pour nous-mêmes, et pour le monde – et même tout l’univers, car recevant cette mystérieuse Présence nous en devenons porteurs pour tout le cosmos, cette Présence divine en nous nous ouvrant à l’infini de la Création.
Et que nos inquiétudes pastorales ne soient pas tant de pouvoir avoir notre messe ni trop tard, ni trop tôt, ni trop loin, mais d’accueillir avec une joie toujours renouvelée le Mystère de ce don qui nous dépasse, nous élève et nous divinise.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité

Livre de l’Exode 24,3-8.
En ces jours-là, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »
Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël.
Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix.
Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang.
Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »

Psaume 116(115),12-13.15-16ac.17-18.
Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.


Lettre aux Hébreux 9,11-15.

Frères, le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. Par la tente plus grande et plus parfaite, celle qui n’est pas œuvre de mains humaines et n’appartient pas à cette création,
il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive.
S’il est vrai qu’une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair,
le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant.
Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau : puisque sa mort a permis le rachat des transgressions commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 14,12-16.22-26.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.

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