Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 3 septembre 2016

"Ne serait-il pas là, le « devoir de s’asseoir » des paraboles ? Non pas dans le calcul des moyens nécessaires pour aboutir à tel ou tel objectif, mais dans la vérification que nous sommes bien branchés d’abord sur le Christ et son amour, avant toute autre entreprise ?"


La rentrée scolaire est là, et avec elle le redémarrage des activités. On se lance dans des projets à plus ou moins long terme, certains partent à la conquête de l’Élysée, d’autres visent des objectifs moins ambitieux mais sûrement tout autant utiles.
Les paraboles de l’Évangile nous parlent de projets également : construire une tour, partir en guerre... on aurait pu imaginer d’autres exemples dans la bouche de Jésus, mais soit, accueillons ceux-là. Et Jésus de nous inviter à la Sagesse, de celle dont il était déjà question dans l’Ancien Testament, avant de passer à l’action. « Commence par t’asseoir », dit-il à ceux qui pourraient partir tout-feu-tout-flamme. Commence par prendre du temps, et fait preuve de sagesse.
Le dictionnaire nous propose quelques synonymes de « sagesse » : prudence, modération, tempérance, discernement, savoir raisonné, jugement droit dans les décisions...
Nous prenons ce conseil de Jésus comme un conseil de sagesse, justement. Combien d’erreurs évitées lorsqu’on applique cette petite discipline à nos actions et à nos décisions ! Le « devoir de s’asseoir » qui préside à la règle des couples participant aux « Équipes Notre-Dame » n’existe pas pour rien : combien est-il nécessaire de prendre le temps de relire, de se parler, de vérifier ensemble, de corriger, de pardonner, avant de reprendre la route ! Cela est vrai en couple, en famille, au travail et dans tous nos engagements. Nos initiatives de rentrée peuvent sûrement bénéficier de ce conseil de sagesse.
Mais voilà que la parole de Jésus semble en contradiction avec les paraboles qu’il raconte ! Pour être son disciple, point de mesure ni de prudence, point de tempérance ni de modération ! Il faut le « préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie » ! Étrange sagesse qui se déploie ici ! C’est plutôt la radicalité qui est de mise. Le jusqu’au boutisme. Certains crieront à l’aveuglement, même. On entend la crainte du fanatisme, avec pareil langage !
Comment concilier ces deux affirmations, liées entre elles par l’évangéliste lui-même ?
Peut-être en acceptant qu’il ne soit pas là d’abord conseil de méthodologie, mais histoire de cœur, d’amour. D’amour de Dieu.
L’amour de Dieu n’attend pas. Il ne se découpe pas, il ne se divise pas. Il est là, tout entier, ici et maintenant, sans réserve. La Sagesse de Dieu est folie pour les hommes, dira ailleurs saint Paul, parce qu’elle ne répond pas aux critères de logique des hommes : elle est abaissement total par amour, sans condition, infiniment. « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? », prévenait le livre... de la Sagesse ! Et devenir disciple de Jésus, c’est entrer dans cette intuition incroyable et accepter d’être relié d’abord à la source de l’Amour avant d’aimer quiconque et même sa propre vie. Faire passer l’amour inconditionnel en priorité, entrer dans les dispositions d’amour de Jésus, avant de croire pouvoir aimer à notre tour.
Ne serait-il pas là, le « devoir de s’asseoir » des paraboles ? Non pas dans le calcul des moyens nécessaires pour aboutir à tel ou tel objectif, mais dans la vérification que nous sommes bien branchés d’abord sur le Christ et son amour, avant toute autre entreprise ?
L’Église est ce dimanche marquée par la canonisation de Mère Térésa, cette femme montrée en exemple à des générations d’enfants et d’adultes. Non pas à cause du dogmatisme de sa foi, ni même de sa prudence et sa tempérance dans son action, mais à cause de son amour pour les plus petits et les rejetés, les mourrants et les abandonnés de Calcutta. Un amour fou qu’elle venait puiser dans son amour pour le Christ, source de tout amour. Sainte Mère Térésa, pourrons-nous dire désormais, devient modèle pour tous les disciples du Christ parce qu’elle est venue à Jésus, le mettant en premier dans sa vie, et à partir de lui et de son amour, est partie aimer ceux à qui elle était envoyée. Non pas que l’amour pour Jésus et l’amour pour les autres seraient en opposition, ou en concurrence. Mais l’un, infini, est source de tout amour. On se rappelle le dialogue entre Jésus ressuscité et Simon-Pierre au bord du Lac : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » « Tu le sais, Seigneur, je t’aime » « Sois le pasteur de mes brebis ». C’est dans l’amour pour Jésus que Pierre devient pasteur – et donc se met à aimer les siens.
Cette disposition de l’amour va loin, et est capable de renverser toutes les évidences et les ordres établis ! Paul ne renvoie-t-il pas Onésime à Philémon, annonçant que l’esclave qu’il était est devenu, dans l’amour du Christ, un frère à aimer ? Un frère « aussi bien humainement que dans le Seigneur. » L’amour va jusque là... dans nos vies et dans nos relations aussi ! Ou bien il n’est rien, car il est passé à côté de la radicalité de ce qu’il est vraiment.
N’ayons pas peur de vivre de cet amour fou de Dieu avec tous ceux qui nous entourent et avec toute la Création, que nous célébrons tout ce mois de septembre à l’invitation du pape François. Vivons vraiment en communion les uns avec les autres et avec toutes les créatures de l’univers, dans une fraternité vraiment universelle ! Les plus beaux projets de notre année pastorale et scolaire se vivront dans cette dynamique d’amour et de paix, de joie et de communion, dans la folie de cet amour infini qui ne cesse de se donner à jamais. Vérifions bien, avant de nous lancer à corps perdus dans cette nouvelle année, que nous sommes bien branchés sur l’amour de Dieu et du Christ, respirants au Souffle de son Esprit. Et revenons à la source, pour renouveler notre vie de disciple de Jésus.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Vingt-troisième dimanche du temps ordinaire

Livre de la Sagesse 9,13-18.
Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ?
Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ;
car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées.
Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ?
Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ?
C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Psaume 90(89),3-4.5-6.12-13.14.17ab.
Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

Lettre de saint Paul Apôtre à Philémon 1,9b-10.12-17.
Bien-aimé, moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus,
j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ.
Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur.
Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile.
Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers.
S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement,
non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur.
Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c’était moi.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14,25-33.
En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit :
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple.
Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui
“Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !”
Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ?
S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.
Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

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