Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 5 février 2017

"Passe-moi le sel !"


Le plaisir de manger. Le plaisir de goûter un bon plat, aux multiples saveurs, aux goûts harmonieusement conjugués et équilibrés. De ces plats dont on ne se goinfre pas, mais que l’on savoure en fins gourmets. J’espère que nous avons tous connu cette sensation ! Peut-être quelques souvenirs gastronomiques reviennent à nos palais en ce moment même ! 1000 recettes offrent ce plaisir. Mais oubliez le sel pour un seul de ces plats, et tout est affadi. Il manque quelque chose. Un seul ingrédient, aussi petit soit-il, et tous perdent leur pouvoir gustatifs, leur puissance en bouche. Et comme un traitement de secours, en urgence, la demande se fait entendre d’un bout à l’autre de la table : « S’il te plaît, passe-moi le sel ! »

« Passe-moi le sel »
Mais le sel, dit Jésus, c’est vous ! c’est nous !
Non le sel de cuisine, mais le sel du monde : « Vous êtes le sel de la terre. »
Disciples de Jésus, accueillants de l’Evangile, nous voilà propulsés au rang de ce condiment. « Vous êtes », pas « tu es ». Il y a du collectif, entendez : « l’Eglise ». En Eglise, vous êtes le sel de la terre ! Le sel ne se comprend pas comme un grain de sel tout seul et isolé : il ne pourrait rien faire et n’aurait aucun pouvoir sur les aliments. On prend une pincée de sel dans la salière : la mission est communautaire.

Et « si le sel devient fade ? » J’avoue que cette phrase de Jésus m’a toujours intrigué : comment le sel peut-il s’affadir ? Lui, l’élément conservateur, garde ses propriétés si longtemps qu’il ne peut d’un seul coup devenir fade. Le sel de cuisine, j’entends. Mais le sel communautaire, peut-être.
Toute communauté chrétienne, et toute l’Église en général, court toujours le risque de s’affadir. De rentrer dans l’habitude. De ne plus se ressourcer avec autant de vigueur. De se replier sur elle-même et ses petites histoires. De perdre en dynamisme missionnaire. Oui, le sel peut s’affadir ! Et alors les gens le rejettent et le piétine. N’est-ce pas ce qui se passe quand l’Église devient inaudible, inintéressante, lorsqu’elle se met à se parler d’elle-même, à ne plus partager le trésor de l’Evangile dont elle est dépositaire ?

Entends-tu notre monde crier : « Passe-moi le sel ! » Un sel savoureux, un sel d’amour, un sel de joie et de simplicité de vie… « Passe-moi le sel de l’Evangile », crie-t-il, lui, attaqué de toutes part par les peurs, les inégalités, les mensonges, les calculs, la recherche du profit et du pouvoir… « Passe-moi le sel ! » lance-t-il dans un profond désir, parfois sans mot mais dans un souffle venant de très loin, du désir du cœur de l’homme… Passe-moi le sel qui donnera saveur aux choses, vie aux réalités, lumière dans toutes ces ombres… Comment, alors, l’Église, les disciples de Jésus, pourraient-il déserter le plat ? Comment ne pas se jeter corps et âme, de toutes nos forces et de toute notre existence, dans la vie de ce monde, avec humilité, chaleur et espérance, non pour ajouter quoi que ce soit, mais pour en révéler toutes les richesses que Dieu y glisse en permanence ?

Chose étonnante que suggère la Parole de Dieu : en plongeant ainsi dans la vie de notre monde, en partageant le pain avec celui qui a faim, en accueillant les pauvres sans abris, en marchant selon la justice, en faisant disparaître la parole malfaisante, en comblant les désirs du malheureux (Isaïe), ce n’est pas seulement le goût de la vie que l’Evangile relève… c’est une lumière qui jaillit comme l’aurore. C’est une nouvelle création qui se laisse offrir à notre humanité. C’est un monde nouveau qui naît. Vous n’êtes pas que le sel de la terre, vous êtes aussi la lumière du monde. Christ est la vraie lumière, qui éclaire tout homme. Mais vous, nous, Eglise, communauté chrétienne, sommes ces petites flammes que l’Esprit anime et envoie pour que le monde connaisse la Lumière et qu’il puisse rendre grâce à Dieu. « Agis ! Vis ! Et face à ta vie, à ton témoignage, quelqu’un te demandera : pourquoi vis-tu comme ça ? », tweetait aujourd’hui même le pape. Et cette interrogation n’est pas interrogatoire de police, mais elle est étonnement joyeux de nos contemporains.

La page d’Evangile de ce jour n’invite pas seulement à une réflexion et une action de l’Église pour le monde. Elle n’est pas uniquement parole missionnaire, envoi confiant de son Eglise par Dieu au milieu du monde pour y vivre et y rendre témoignage. Elle est aussi, et à cause de cette mission, invitation à vivre en Eglise et en communauté chrétienne cette fraternité et cette attention, pour que le sel ne s’affadisse pas, pour que la lumière ne soit pas cachée ou pire éteinte.

Et Saint Paul de nous rassurer, si nous trouvons parfois cela bien compliqué à vivre et à réaliser : « Mon langage, ma proclamation de l’Evangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre. Je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage. Mais c’est dans la faiblesse et tout tremblant » que nous aussi nous nous présentons au monde, comptant davantage sur la grâce et la miséricorde de Dieu que sur nos forces et nos talents, aussi grands soient-ils. C’est Lui, par le Christ et l’Esprit, qui vient donner goût et lumière à nos vies, et nous conduire sur les chemins du monde. Pour sa plus grande gloire.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Cinquième dimanche du temps ordinaire

Livre d’Isaïe 58,7-10.
Ainsi parle le Seigneur :
Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable.
Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche.
Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante,
si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

Psaume 112(111),4-5.6-7.8a.9.
Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ;
il mène ses affaires avec droiture.

Cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.
Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.

Son cœur est confiant, il ne craint pas.
À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire !

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 2,1-5.
Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse.
Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié.
Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous.
Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient,
pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,13-16.
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

1 réaction


7 février 20:59, par chambon

Merci pour le sel de cette homélie qui relève le goût pour la mission !

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