Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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          Homélie du dimanche 18 juin, fête du Saint Sacrement

Homélie du dimanche 18 juin, fête du Saint Sacrement

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Peut-on imaginer un seul instant que Notre Seigneur nous ait donné l’Eucharistie pour que nous refabriquions avec ce sacrement un culte idolâtrique, pour que nous puissions le posséder en l’enfermant dans une boite pour qu’il soit bien à nous ?


Nous fêtons aujourd’hui, avec toute l’Église universelle, la fête du Corps et du Sang du Seigneur. Ce Corps et ce Sang qui nous sont proposés en communion tous les dimanches, que nous portons à nos frères et sœurs absents, que nous vénérons dans l’adoration eucharistique… Cette « chair à manger », comme dit Jésus dans l’Evangile, étrangement à nos oreilles, pour que nous ayons la vie.
Peut-être est-ce l’occasion de ne pas répéter sans y penser des gestes et des paroles auxquelles nous serions devenus habitués. Les mots de Jésus dérangent d’ailleurs nos esprits cartésiens, et nous nous retrouvons bien dans les questions des juifs : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Et sûrement sommes-nous nombreux à être embêtés, moi le premier, si nous devons expliquer cette phrase portée par toute la Tradition de l’Église à des personnes désireuses de comprendre. On a débattu pendant des siècles sur la « Présence réelle », sa qualité, sa densité, et que sais-je encore, sans jamais avoir réussi à clore le débat. Peut-être est-ce que la question n’est finalement pas là. Je veux reprendre quelques mots d’un grand théologien Suisse du XXème siècle à ce sujet, Maurice Zundel : « Ne peut-on penser, parfois, que dans nos liturgies elles-mêmes, il s’agit de rendre hommage à un souverain, de processionner autour de son autel, de lui ériger un sanctuaire et, ceci une fois accompli, on en est quitte avec Dieu ?… Peut-on dès lors imaginer un seul instant que Notre Seigneur nous ait donné l’Eucharistie pour que nous refabriquions avec ce sacrement un culte idolâtrique, pour que nous puissions le posséder là, à porter de notre main, en l’enfermant dans une boite pour qu’il soit bien à nous ? C’est absolument impossible, c’est exactement le contraire qui se passe quand Jésus nous donne l’Eucharistie. » « Le Seigneur est là, mais il n’est pas là en un lieu, pas dans un « là » locatif : il est là en ce point central où nous-mêmes nous échappons au temps et au lieu en coïncidant les uns avec les autres dans la Présence unique. » Autrement dit, dans l’eucharistie, le Seigneur nous oriente d’abord vers l’homme. Car c’est de relations que l’homme a besoin pour vivre. Et c’est de relations que Dieu est fait. C’est une relation qu’il offre à chacun et à tous, relation d’Alliance, d’amour et de fidélité. Et si le Corps et le Sang du Seigneur, l’Eucharistie, la Présence Réelle, n’était pas d’abord la Présence chosifiée de Dieu en un lieu (ce qui, avouons-le, n’aurait pas beaucoup de sens, sinon un sens idolâtrique), mais bien l’envoi de notre présence à chaque homme et chaque femme, la qualité de notre présence à toute humanité ? Avant de nous donner du pain, Dieu nous donne sa présence et des frères et des sœurs à aimer. Ne faisons pas de l’eucharistie le lieu d’une nouvelle idolâtrie, mais bien le lieu où l’espace est ouvert pour toute l’humanité. Le lieu de communion par excellence. L’espace ouvert où chacun prend sa part dans une relation fraternelle avec tous les autres. Le lieu de vie, parce que de bonheur du rassemblement, du combat pour la justice, de la paix et de l’amour. Lieu de la solidarité et de la rencontre, avons-nous vécu hier au cœur de notre quartier à l’occasion de la fête. Citons encore Maurice Zundel, au risque d’être un peu choqués : « Quand nous portons l’eucharistie, le Christ n’est aucunement transporté. Quand nous mangeons l’hostie, le Christ n’est pas mangé. Dans la communion est signifié quelque chose qui dépasse tous les mots : il s’agit d’une transformation de nous-mêmes en Jésus-Christ où tous les signes ne veulent dire qu’une seule chose : la charité du Christ nous transformant en lui-même pour que nous vie soit charité. »
Léon, ce que nous disons de l’Eucharistie l’est aussi du baptême que tu vas recevoir. Car ce baptême te fait devenir « un autre Christ », c’est le début de cette transformation de ta vie sous la mouvance de l’Esprit. De même que pour l’eucharistie, il ne faudrait pas faire du baptême un acte magique, ou technique, un lieu isolé de transformation de nos vies. « J’ai été baptisé un jour », disons-nous. Or le baptême n’est-il pas d’abord le lieu et le temps de transformation de nos vies, l’espace de notre existence, l’espace prenant toute notre existence, pour que notre vie devienne charité fraternelle, et communion ? Pour qu’elle devienne lieu de relations ? Pour que nous devenions acteurs de communion de la communion du Christ, qui récapitule toute l’humanité en son humanité, dans un OUI infini à Dieu ?
N’est-elle pas là, la vraie vie dont parle Jésus ? Celle qui est totalement donnée parce que totalement ouverte, responsable et libre ?
Que ton baptême, Léon, en ce jour de la fête du sacrement de l’eucharistie, nous rappelle notre propre baptême, vienne le réveiller en nous, et vienne interroger ce que nous faisons de Dieu et des sacrements que nous recevons. Qu’il nous fasse quitter nos sécurités trop faciles pour nous faire entrer dans la grande liberté de Dieu, dans l’espace ouvert de la rencontre et de la communion, jusqu’à ce que nous atteignons un jour « la pleine stature du Christ ».
Amen.
P. Benoît Lecomte

En savoir plus

Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité

Livre du Deutéronome 8,2-3.14b-16a.
Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ?
Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.
N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage.
C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure.
C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

Psaume 147,12-13.14-15.19-20.
Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 10,16-17.
Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ?
Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6,51-58.
En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. »
Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui.
De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi.
Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

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