Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du lundi 19 mars 2018

Obsèques de Dani Lecomte
Maman de Benoit
à Rouffiac d’Aude


« C’est une guerrière, votre maman ! Elle en a déjoué, des plans médicaux ! » C’est avec ces mots que nous accueillait son infirmière à l’hôpital, il y a quelques semaines. Une guerrière, une combattante jamais résignée à se laisser abattre par la maladie, ne laissant jamais la douleur ou les traitements prendre le dessus sur ses relations et ses activités. Mais le combat de Dani, de maman, n’était pas d’abord pour déjouer des plans. Il était bien plutôt pour en élaborer. Pour construire des projets : en associations, en Eglise, pour la commune, pour sa famille. Des projets de rencontres, de culture, de services, d’accueil, d’attention aux autres ou de fêtes. Son combat n’était pas un combat contre, mais un combat pour. Pour la vie.
Pour cette vie que tu as tant aimée peut-être, d’abord, à travers les enfants. Les tiens. Ceux que tu as portés et accompagnés de ton coeur et ta présence de mère, et tes petits enfants adorés que tu aurais voulu accompagner encore longtemps en grand-mère aimée. Ces enfants autour de toi dès le début de ta vie professionnelle, institutrice à Blois. Ces enfants que tu ne quittes pas à travers les multiples groupes et équipes que tu vas créer ou et accompagner : ACE, éveil à la foi, caté, MRJC, aumônerie, en paroisse ou en mouvements. Ces enfants dont tu fais un sujet d’attention particulière dans la vie municipale, leur consacrant du temps, leur donnant la parole et des responsabilités, faisant avec eux et pour eux. Ces enfants, enfin, que
tu accueilles à la maison, pour des longs ou courts séjours. Enfants abîmés, blessés, perdus, échoués là, dans tes bras, et que tu tentes de relever simplement par ton regard confiant et l’amour que tu leur portes.
Les enfants comme fil conducteur de ta vie. Vie jaillissante des enfants – et ceux qui sont à côté de nous à l’école en ce moment te pleurent aussi. La parole de Jésus nous rattrape : « Laissez venir à moi les petits enfants. Le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. » Peut-être leur accordais-tu cette importance car tu avais compris que le Royaume de Dieu n’est pas une affaire de riches et de puissants, mais de petits, d’humbles, et aussi de joie, de jeux, de rire, de simplicité et de confiance. « Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu ». Aventure d’une vie vécue avec papa, main dans la main jusqu’à ton dernier souffle, de Beaugency à Rouffiac, portés tous deux par cet idéal partagé de simplicité et d’humilité, à l’école de Saint Benoît.
Ton combat aura été, toujours, pour la vie. Pour qu’elle soit belle, lumineuse et colorée comme les fleurs de ton jardin, toi, la maman à la main verte capable de faire reprendre vie à un bout de bois apparemment mort. Car la vie est aussi affaire d’engagement, de volonté, d’opiniâtreté, de ténacité, tout autant que de douceur.
Tu n’avais pour plans de batailles et au service de ton dynamisme et de tes élans, que tes innombrables tableaux griffonnés sur tes cahiers ou à l’ordinateur. Ils te servaient à savoir qui viendrait manger, combien de temps untel resterait, quels seraient les menus, qui contacter, comment on organiserait cela et avec qui. « Ne ralentissez pas votre élan, écrivait Saint Paul, restez dans la ferveur de l’Esprit, servez le Seigneur, ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve, soyez assidus à la prière. » Cette Parole, choisie avec papa pour votre engagement comme oblats de Saint Benoît, nous éclaire. Tu auras passé ton temps à lui donner vie, à la mettre en pratique. A lui donner la vérité de ton engagement, la profondeur de ton humanité, la force de ton intériorité. Élan de l’Esprit, élan de vie tel l’élan que t’offrait la simple évocation de Mère Térésa. « Tout ce qui vient de mère Térésa est bon », nous laisses-tu en testament dans ta lettre pour aujourd’hui. « Elle a été ma confidente, mon soutien si souvent aux grands moments de fatigue, elle a été un modèle pour moi dans ma vie d’humilité, de service, de simplicité, de pauvreté », nous dis-tu. Elle est là, à tes côtés, avec nous… et avec toi. « Heureux les pauvres de coeurs et les assoiffés de justice », lançait comme en écho Jésus sur la montagne. Joie de donner, de rendre service, d’être là, sans se plaindre, malgré les douleurs de la maladie. Parce que ce n’est pas dans la plainte que les projets avancent, que les petits sont relevés, que les hommes se rapprochent et construisent ensemble.
Nous regardons le passé, tous ces moments et toutes ces années… « Trop courtes ! », crient nos larmes riches de tout ce que nous avons vécu ensemble. Mais nous rendons grâce. Nous rendons grâce pour tout ce que nous avons reçu de toi et pour tout ce que nous évoquons les uns les autres ces derniers jours, le mystère de la mort éclairant d’une beauté nouvelle le mystère de nos vies. Nous rendons grâce parce que, dans la force de ton humanité, tu as tourné nos regards vers plus loin que toi et vers plus profond, vers Celui qui t’animait intérieurement et silencieusement, vers le Christ. Le Christ des petits et des faibles, le Christ des doux, le Christ des persécutés par les épreuves… le Christ des malades aussi. Le Christ qui se fait proche de chacun et qui aime, qui aime en croyant en l’autre, en cherchant ce qu’il y a de plus beau, de meilleur, qui fait grandir et qui rend digne. En Lui, tu avais mis ta foi.
C’est Lui qui t’accueille aujourd’hui dans son Royaume de lumière. Car non seulement tout cela ne peut s’éteindre, mais plus encore, tout cela, toutes nos vies, tout de nos vies, toute ta vie ressuscite avec Lui.
Non seulement rien n’est perdu, mais nous le croyons, tout se déploie. Totalement, dans l’Amour infini qui redonne vie. La résurrection de Jésus, que nous fêterons dans 15 jours, a ouvert en nos vies et nos coeurs cette espérance folle d’un Amour si grand que rien ne peut l’arrêter, pas même la mort. Cette espérance, c’est toi qui nous l’a transmise et qui n’a cessé d’en témoigner, refusant que le mal, la séparation, la détresse, la haine, la souffrance, la mort aient le dernier mot. La Vie est plus forte. Et elle est là. Mystérieusement cachée à nos yeux qui ne voient plus, mais délicatement présente à nos coeurs. Elle est là dans l’accomplissement total de ta vie vécue, de l’amour partagé, de la joie donnée, et de la tendresse du Père.
Aujourd’hui, le combat est terminé. Tu es entrée dans la Vie, la vie en plénitude, la vie de ressuscitée, la vie d’éternité, la vie d’éternelle Présence. Dans la Lumière du Christ, accueillie par Mère Térésa, Saint Benoît et tant et tant d’autres, tu connais ta mission : celle de veiller sur nous, sur chacun de nous, à chaque instant de nos propres combats et de toutes nos joies. Et de nous aider, encore et encore, de là où tu es, à nous aider à grandir, à construire, à servir, à accueillir… à aimer.
Amen
Benoît Lecomte

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