Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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          Homélie du samedi 2 septembre 2017

Homélie du samedi 2 septembre 2017

Tendresse, amour, folie amoureuse, séduction, désir de la chair, étreinte des corps, fusion de deux être, puissance de l’attirance mutuelle… La Parole nous entraîne loin dans l’expression de notre désir d’Alliance avec Dieu.


On aura dans l’idée, nous-mêmes et bon nombre de nos contemporains, que Dieu est une idée, un esprit, une réalité non palpable, non matérielle. Mais la Parole reçue aujourd’hui vient bouleverser cette façon de penser. Dieu s’y présente comme un amant charnel, cherchant une relation physique avec l’humanité qui l’aime. « Tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi », comment l’extrait du livre de Jérémie. Et la parole « elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir », continue le prophète, tel un amant en proie à une passion amoureuse dont il ne pourrait se défaire. Le psalmiste n’est pas en reste : « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair. » Et Saint Paul renchérit : « Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu. » Tendresse, amour, folie amoureuse, séduction, désir de la chair, étreinte des corps, fusion de deux être, puissance de l’attirance mutuelle… La Parole nous entraîne loin dans l’expression de notre désir d’Alliance avec Dieu. Plus loin, peut-être, que nous l’imaginons nous-mêmes. Aimer Dieu, oui, mais à ce point ? Au point de ce corps à corps intime ? De ce baiser charnel pourtant renouvelé à chaque eucharistie, quand nous embrassons et même mangeons ce Corps donné par amour ?
La page d’Evangile, vient couper court cette passion amoureuse. « Passe derrière moi, Satan ! » Rupture brutale entre Jésus et Pierre. Séparation, divorce, du moins mésentente et incompréhension. La passion amoureuse a ses moments où l’on retombe les pieds sur terre.
Fin de l’idylle entre Dieu et l’homme ? Peut-être pas. Et s’il s’agissait plutôt, pour la Parole, de continuer sa pédagogie pour nous apprendre, encore et encore, à aimer ? Et à aimer vraiment.
Non pas aimer pour soi, mais aimer l’autre pour ce qu’il est, fut-il Dieu ? L’autre dans ce qu’il a à vivre, au-delà de ce qui semble compréhensible ? « Tes pensées ne sont pas mes pensées. Mais aime-moi jusque dans mes pensées, sans les réduire aux tiennes pour moi. » L’amour est décentrement. Oublie de nos satisfactions personnelles. Renoncement à soi, à ses « guili-guili » intérieurs. Suivre l’autre jusqu’au bout. Par amour. Ou ne pas aimer.
Mais, allez-vous me dire, nous avons besoin de nous y retrouver ! Qu’en advient-il de nos satisfactions, de notre nécessaire épanouissement, du respect que nous devons à nous-mêmes ? Peut-on encore aimer si on s’oublie totalement ? Et quel amoureux souhaiterait que l’être aimé s’oublie ainsi ?
Jésus répond à la question. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. » Tu peux garder des choses pour toi. Tu peux avoir peur de donner trop. Tu peux craindre de tout laisser filer et de te perdre toi-même. Tu peux mesurer le don que tu fais de toi-même, de ton temps, de ton argent, de tes talents, de tes compétences. Et il est important de savoir souffler, de prendre du repos, de prendre soin de soi ! Mais en vérité, tout ce que tu n’auras pas donné sera perdu. Parce que la logique du bonheur c’est l’amour – aimer et être aimé. Et la logique de l’amour, c’est le don, l’abandon, le décentrement, le renoncement. Ceux qui vivent en couple le savent que trop ! Tous ceux qui s’engagent dans des aventures humaines collectives en font aussi l’expérience ! L’amour – le véritable amour – est beau parce qu’il va jusqu’au bout, parce qu’il ne calcule pas, qu’il pardonne tout, qu’il donne tout par-dessus toute mesure… et donne ainsi Vie à notre vie.
« Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu », disait encore Saint Paul. Le monde présent invite à capitaliser, à compter, à mesurer, à garder pour soi, à faire des économies, à bâtir des murs… Dieu semble penser autrement : ouverture, amour, don, générosité, engagement pour les autres, solidarité, attention, justice, pardon… à l’image de son Christ Jésus, allant jusqu’au bout de sa passion d’amour pour l’Homme.
En ce mois de septembre, ne commençons pas l’année en étant fatigué ou en mesurant déjà l’amour que nous voulons porter aux autres. Aimons ! Lâchons tout ! Ouvrons largement nos cœurs, nos bras, nos yeux, nos oreilles, nos vies à ceux qui viennent et à Celui qui est présent en eux ! C’est là, dans cet amour sans mesure, qu’est le secret de notre bonheur et de notre joie, et le levain d’une révolution qui peut transformer notre monde !
Seigneur, nous voulons « te bénir par toute notre vie, lever les mains en invoquant ton nom,
la joie sur les lèvres, dire ta louange ! »
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire

Livre de Jérémie 20,7-9.
Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi.
Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et dévastation ! » À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie.
Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir.

Psaume 63(62),2.3-4.5-6.8-9.
Dieu, tu es mon Dieu,
je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 12,1-2.
Je vous exhorte donc, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte.
Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,21-27.
En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.
Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ?
Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »

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