Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie pour les défunts

Notre vie est plus grande que ce que nous en voyons : elle dépasse infiniment toutes les limites que nous voudrions lui donner. Jusqu’à dépasser même la mort, nous faisant entrer en communion, nous ici-bas et ceux entrés dans la Lumière de Dieu.


La parole du prophète Isaïe, dans la première lecture que nous venons d’entendre, est pleine d’espérance et de promesse : «  Le Seigneur fera disparaître la mort pour toujours ; il essuiera les larmes sur tous les visages de la terre... et ce jour-là on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ! » »
Oui mais voilà : la mort continue de frapper, inexorablement. Et elle continue de faire disparaître de nos regards et de nos sens ceux que nous aimons, ceux qui nous ont transmis la vie, ceux avec qui nous avions encore tant de choses à vivre. Et avec la mort, les larmes, la tristesse de la séparation, l’incompréhension parfois. Et le vide. Comme un silence parfois trop lourd auquel il nous faut nous habituer. Quand la mort passe si près de nous, quand elle frappe dans nos familles, la parole du prophète paraît bien lointaine. Et sa promesse encore davantage : qui est ce Dieu qui imagine que nous espérions en lui ? Comment nous réjouir d’un salut qui n’est en rien visible dans le cours du temps ? Seigneur, la mort n’a pas disparu ! Et les larmes sont sur nos visages ! Notre cris rejoint alors plutôt celui du psalmiste : «  L’angoisse grandit dans mon cœur : tire-moi de la détresse. Vois ma misère et ma peine. »
La lecture de la lettre de Saint Paul vient pourtant nous interpeler. Il semble mettre les mots à l’envers : « Si le Christ, dit-il, a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants. » La logique, notre logique, voudrait que l’on parle d’abord de la vie, puis de la mort. Paul inverse les termes. A dessein sûrement : il veut nous dire quelque chose. Incroyable paradoxe : Christ a connu la mort, puis la vie. Jésus a vécu jusqu’au bout sa mort d’homme et il a connu la vie. Etrange affirmation qui vient choquer nos oreilles, mais aussi, peut-être, réveiller un brin d’espérance.
C’est peut-être le message qui court à travers tout l’évangile. Non pas seulement le message qu’il y aurait une vie après la mort. Mais que Dieu est amour et qu’il nous aime infiniment. Infiniment, cela veut dire sans fin, et en tout. En tout de nos vies, jusque dans notre péché et notre manque d’amour qu’il vient pardonner miséricordieusement et mystérieusement. Dieu embrasse toute notre existence de son amour, depuis toujours et à toujours. Et là est le message de l’évangile : rien ne peut arrêter l’amour de Dieu pour nous. Et qu’est-il plus nécessaire à la vie que l’amour ? Là où il y a de l’amour, il y a de la vie... et si l’amour traverse tout, absolument tout, parce qu’il est divin et infini, capable de traverser le péché et la mort, alors la vie est là. Je ne dis pas qu’elle est « après la mort », je dis qu’elle est là. Ici et maintenant, dans un éternel présent qui se joue du temps et des limites de la nature. La vie est là, vie d’éternité toujours présente dès maintenant et jusqu’au siècles sans fin, vie divine qui court en nos veines depuis toujours, fait battre notre cœur et le fait battre en Dieu, source de tout amour. Mystère et folie de la révélation de Dieu en Jésus-Christ. Révélation dont Jésus parle comme de sa mission : « Que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » Et chaque jour est dernier jour, jour de résurrection, jour du relèvement de nos vies, déjà aujourd’hui et chaque jour du temps.
La mort est séparation, disparition et tristesse. Mais la Vie est communion au-delà de ce que nos yeux peuvent voir. Car notre vie est plus grande que ce que nous en voyons : elle dépasse infiniment toutes les limites que nous voudrions lui donner. Jusqu’à dépasser même la mort, nous faisant entrer en communion, nous ici-bas et ceux entrés dans la Lumière de Dieu. Mystère de communion d’un bout à l’autre de l’histoire humaine et de toute la Création. Telle est la véritable échelle de Vie dans laquelle nous nous situons.
Il ne faudrait pas alors dire trop vite que la mort n’est rien. Mais elle est passage. Transformation. Sans doute – mais bien malin qui peut en parler ! - révélation dans l’amour de Dieu de la vérité de notre vie infiniment aimée de Dieu. Nos frères et sœurs, nos parents et amis qui ont vécu le passage, sont entrés dans la Lumière avec le Christ. Ressuscités, comment pourraient-ils encore donner prise au « non-amour » qui nous assaille parfois ? Notre espérance parle, et elle nous porte : ils sont là, présents, en communion avec nous. Et nous ressentons parfois leur présence à nos côtés, présence discrète dans nos pensées et dans nos cœurs, vivants de cette Vie et apaisant nos angoisses et nos peurs.
Notre espérance parle, et elle nous porte. Pas comme une idée de plus à laquelle s’accrocher pour ne pas s’effondrer, mais comme une réalité ultime dépassant toute réalité, réalité nous liant les uns aux autres comme aucun lien humain ne peut l’imaginer. Lien de communion au-delà du visible, nous entrainant ensemble, nous ici et ceux d’ailleurs, dans l’apprentissage quotidien de l’amour de Dieu. Unique Peuple en marche, mystérieusement, dans la Lumière du Père.

Amen.
P. Benoît Lecomte

1 réaction


3 novembre 2016 18:05, par chambon

Merci pour ce rappel très fort de la résurrection et de la communion avec ceux qui nous ont quittés. Messe très priante !

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