Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
http://angouleme.catholique.fr/Les-migrants-continuent-a-fuir-l-enfer-libyen
        Les migrants continuent à fuir l’enfer libyen

Les migrants continuent à fuir l’enfer libyen

Le journal de bord de l’Aquarius, de SOS MEDITERRANEE, nous donne un aperçu effroyable de ce qui se passe tous les jours dans la MARE NOSTRUM. 


Un silence assourdissant est tombé sur le calvaire des migrants.La seule question qui soit posée depuis que la campagne présidentielle mobilise l’essentiel de l’attention des médias porte sur l’adoption éventuelle de quotas.
Pendant ce temps la foule des candidats à la traversée de la Manche se reconstitue peu à peu à Calais même si cela se passe dans des conditions encore plus indignes qu’avant la démolition de la « Jungle ».
Pendant ce temps aussi des dizaines de milliers de femmes et d’hommes continuent de fuir la faim la misère et la guerre et le syndrome de l’autruche ne nous aidera pas à régler le problème.
Le journal de bord de l’Aquarius, de SOS MEDITERRANEE, nous donne un aperçu effroyable de ce qui se passe tous les jours dans la MARE NOSTRUM. Combien de temps encore allons-nous fermer les yeux ou verser des larmes d’impuissance ?

Le 24/02/2017
Quatre sauvetages d’affilée en une matinée :
Les migrants continuent à fuir l’enfer libyen

Le premier sauvetage des équipes de SOS MEDITERRANEE a commencé, mercredi 22 février 2017, à 8h00 lorsque notre capitaine a repéré un bateau pneumatique gris. De loin, on pouvait voir que le canot semblait encore en bon état et que certains passagers portaient même des gilets de sauvetage. Ce qui est exceptionnel. Ce que nous observons normalement, c’est que les gens ne portent pas de gilets de sauvetage, et la plupart du temps ils ne portent même pas de chaussures.
Une heure plus tard, nos deux canots rapides étaient lancés pour établir le premier contact et peu de temps après, la distribution des gilets de sauvetage pouvait commencer. Le sauvetage s’est déroulé en douceur, dans de bonnes conditions météorologiques sans vent ni vagues. Au cours des dernières semaines et des derniers mois, nous avons été confrontés à des conditions très différentes, avec des vents forts et des vagues compliquant les opérations de sauvetage.
Les 90 personnes secourues étaient à bord de l’Aquarius, deux heures seulement après que nous les ayons repérées. La grande majorité, 75 d’entre eux, venaient du Bangladesh et nous ont dit :
« Nous sommes du Bangladesh, mais nous travaillons à Tripoli depuis quatre ans. Mais maintenant, c’est devenu trop dangereux en Libye. Le problème pour nous en Libye n’est pas le travail, le problème c’est la sécurité, la situation est vraiment, vraiment mauvaise. "
Nos efforts ne se sont pas arrêtés là : il y avait encore trois opérations à venir dans la matinée. Peu après la fin du premier, nous avons reçu un appel du Centre de coordination des sauvetages à Rome (MRCC), nous indiquant les coordonnées d’un autre bateau pneumatique gris. Plus tard, le sauvetage a commencé et les 45 rescapés ont été recueillis en toute sécurité à bord de l’Aquarius.
Peu de temps après, nous avons reçu un autre appel de détresse pour deux nouveaux bateaux pneumatiques. Nous avons abordé le premier bateau, pour commencer l’évaluation médicale initiale et vérifier s’il y avait des situations d’urgence, avant de commencer à distribuer des gilets de sauvetage. Puis le second. Le sauvetage a pris au total près de deux heures, là encore sans encombre. 128 personnes ont été secourues pour le premier de ces deux bateaux pneumatiques et 131 personnes pour le second.
Une nouvelle fois, les rescapés nous ont raconté leurs histoires très traumatisantes en Libye, et tous dépeignent cette même violence systématique :
« J’ai passé 7 mois et 3 semaines en Libye. La situation là est vraiment mauvaise, vous pouvez voir sur mon cou ici, c’est la blessure d’un coup de couteau. Ils l’ont fait parce qu’ils voulaient mon argent. Et ici ma
mâchoire, vous voyez ? Ils m’ont battu avec une Kalachnikov. Tout ce que vous avez, les Libyens vous
l’enlèveront, ils vous voleront, ils menaceront de vous tuer. Et si vous n’avez pas d’argent, ils vous
kidnappent, " témoigne Issouf, de Gambie.
Il poursuit : « J’ai entendu dire qu’ils vont fermer cette route dans un mois. Je suis très inquiet pour mon
peuple, les Noirs qui sont encore là en Libye, car la situation est terrible ».
Collins, 27 ans, de Bénin City au Nigeria, nous confie « En Libye, la police vous dit qu’ils vous expulseront dans votre pays, mais ils ne le font pas. Ils vous vendent juste à quelqu’un d’autre. Vous ne pouvez pas faire
confiance à qui que ce soit en Libye, vous ne savez jamais s’ils sont de la police ou des Asma Boys ».
Fatima, de Sierra Leone, a été secourue hier avec ses deux enfants, un jeune garçon de 4 ans et une petite fille de 3 ans. "Le mois dernier, ils ont tué de nombreux Noirs à Tripoli. La femme de mon frère a été tuée et mon frère a été laissé en vie avec leurs deux enfants. Maintenant, ils sont tous en prison. J'ai vécu cinq ans en Libye, mais maintenant ce n’est plus possible, j’ai dû fuir avec mes enfants ".
Selon les garde-côtes italiens, 730 personnes ont été sauvées mercredi 22 février sur la zone de Méditerranée centrale située entre la Libye et l’Italie. 394 d’entre elles sont désormais en sécurité à bord de l’Aquarius, en route vers Trapani.
Chaque signalement de détresse transmis par le MRCC est répertorié. Notre dernière opération de mercredi après-midi est « SAR case 181 », c’est-à-dire le cent quatre-vingt-et-unième signalement en Méditerranée centrale sur les 53 premiers jours de cette année. Sur cette période, les équipes de SOS MEDITERRANEE ont secouru 2021 personnes lors de 18 opérations de sauvetage. Cependant toutes les embarcations signalées en détresse ne sont pas toujours retrouvées.
Selon les bilans de l’Organisation Internationale des Migrations, 10 701 personnes sont arrivées en Italie depuis la Libye depuis le 1er janvier 2017, et 326 décès ont été comptabilisés. Notre interrogation est la suivante : alors que les moyens de sauvetage sont très insuffisants sur la zone, combien de bateaux en détresse sont désormais perdus, combien de victimes ne seront jamais prises en compte dans les décomptes officiels ?
Par Pascale Pessey-MartineauCrédits photo : Marco Panzetti

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Dans l'Eglise

Nouvelles du Vatican

Ecouter Radio RCF Charente

KTO

Eglise catholique en France

Agenda

Rendez-vous