Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Méditations pour le Carême à partir de « Nouveaux modes de vie ? L’appel de Laudato Si’ »

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Après l’encyclique Laudato Si’, le Conseil Famille et Société nous appelle à revisiter nos modes de vie pour amorcer la conversion écologique à laquelle nous presse le Pape François.


Pour nous aider à entrer dans cette démarche, cinq médiations proposées par l’Eglise de France s’égrèneront tout au long du carême.

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« Faire vivre la communauté humaine », thème de la cinquième méditation pour le Carême 2017, à partir de « Nouveaux modes de vie ? L’appel de Laudato Si’ »

« La prévision de l’impact sur l’environnement des initiatives et des projets requiert des processus politiques transparents et soumis au dialogue… Il est toujours nécessaire d’arriver à un consensus entre les différents acteurs sociaux qui peuvent offrir des points de vue, des solutions et des alternatives différents. Mais à la table de discussion, les habitants locaux doivent avoir une place privilégiée… » (Laudato Si’, §182 et 183)

Au terme de cette démarche de Carême, cette ultime étape, au souffle de Laudato Si’, nous invite à faire vivre la communauté humaine et donc à vérifier les modalités de notre participation sans réserve à l’habitation de la « maison commune ».

L’actualité politique et sociale de notre pays rend cette étape décisive à notre réflexion, notre prière et notre engagement… Comment développer le désir du vivre ensemble ? Comment favoriser un véritable dialogue dans la société ? La place accordée par le Pape François au dialogue avec le monde constitue un appel à convertir tout espace public en lieu de communauté et de communion.

Le chantier est immense et il demande de nombreux témoins de l’Evangile, aux missions les plus diversifiées, qui dans une conversion permanente se laissent animer par « l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus-Christ qui habite en vous » (Rom 8, 8-11).

Ce cinquième dimanche de Carême invite donc à nous mettre en état d’aimer ce monde pour mieux le transformer… Au-delà des structures, c’est d’abord les relations entre les personnes, les communautés qu’il faut transformer au jour le jour. Se parler, s’écouter, être attentif à l’autre et particulièrement aux petits et aux pauvres pour tisser de nouvelles possibilités de rencontres et d’action communes. Ezéchiel invite à la confiance et à l’écoute de Dieu « Je mettrai en vous mon Esprit et vous vivrez. J’ai parlé et je le ferai ! » Ez 37, 12-14.

L’attente des hommes et des femmes de notre pays, en ces jours, est grande, mais le désarroi n’est pas moins grand quand ce n’est pas l’inquiétude, voire le désespoir. Et si nous rejoignons Marthe et Marie, dans l’Evangile de ce dimanche, nous voyons qu’elles vivaient à la fois la grande tristesse, la souffrance de la séparation d’avec Lazare, leur frère et l’attente de la présence active du Seigneur. Sa parole précédera son action « Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi ne mourra jamais » Jn 11.

L’acte de foi donne vie au souffle de l’Esprit. Cette vie que nous célébrerons dans la nuit pascale mais aussi par notre incarnation au quotidien, là où nous vivons, avec nos voisins et tous ceux qui portent l’avenir, localement et pour notre pays. Nous avons besoin plus que jamais de partage et de concertation. Quand la concertation ou le débat arrive trop tard, ils ne font qu’exacerber les oppositions et empêcher la construction des consensus.

Mettons tout en œuvre pour améliorer ou rétablir des relations de confiance, pour susciter une qualité nouvelle pour des décisions sociales et politiques, mais aussi pour construire des espaces et des occasions propices au développement d’une fraternité vécue.

Osons et encourageons cette fraternité humaine qui ne gomme pas les différences et les oppositions, mais rend leur expression possible sans déclencher un cycle de violence. Notre regard et notre écoute bienveillante impliquent une prise de risque, celle de la conversion qui ouvre déjà le chemin de Pâques !

Père Pierre-Yves Pecqueux
Secrétaire général adjoint, CEF

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« Mieux habiter l’espace », thème de la quatrième méditation pour le Carême 2017, à partir de « Nouveaux modes de vie ? L’appel de Laudato Si’ ».

Pour parler d’un authentique développement il faut s’assurer qu’une amélioration intégrale dans la qualité de vie humaine se réalise ; et cela implique d’analyser l’espace où vivent les personnes. Le cadre qui nous entoure influe sur notre manière de voir la vie, de sentir et d’agir.

(Laudato Si’, §147)

Devenue une population majoritairement urbaine, nous gardons tous en nous un secret désir de campagne, comme une certaine nostalgie d’un paradis perdu où les représentations du catéchisme de notre enfance ne sont jamais très loin.

Il faut dire que la ville, dans l’Ancien Testament, n’a pas très bonne presse. Peut-être parce que le premier à en construire une nous est présenté sous les traits de Caïn, pas très recommandable ! Ville traitée de prostituée, ville lieu de l’abomination : Babylone, Sodome, Gomorrhe… Même Jérusalem faillit à sa vocation de cité de Dieu. A l’inverse, c’est au travers de nombreuses paraboles agraires que Jésus essaie de nous faire entrevoir ce qu’est le Royaume.

Et pourtant, si la Bible commence dans un jardin, elle se termine dans une ville, la Jérusalem Céleste. Si le jardin de la Genèse est symbole de Création, il est aussi lieu de rupture de l’Alliance avec Dieu. Comme Gethsémani sera le jardin de l’arrestation de Jésus. A l’inverse, la ville, lieu de révolte, de violence, devient dans l’Apocalypse le symbole de la réconciliation, du partage de la vie de Dieu en plénitude.

Au fond, à travers cela, c’est l’opposition entre l’espace urbain et l’espace rural qui est remise en cause. La Jérusalem Céleste de l’Apocalypse a en son cœur un arbre produisant 12 récoltes de fruits par an et dont les feuilles guérissent les nations (AP 22). Réconciliation des hommes, réconciliation des lieux, réconciliation de l’homme avec son environnement… Parce que tout est lié, les problèmes des villes et des campagnes le sont aussi. Nous avons à prendre soin de ces deux réalités tout autant que de leurs relations, pour les rendre habitables, accueillantes, désirables et durables.

L’un et l’autre espace sont pour certains des lieux de souffrance, d’exclusion où prospère le sentiment d’abandon : agriculteurs en difficulté, personnes sans logement ou mal logés, populations sans accès de proximité aux services publics…. Nous sommes appelés à l’imagination pour habiter notre maison commune de façon bienveillante, dans l’ouverture et la reconnaissance de l’autre afin que nos espaces partagés soient des espaces de vie. Nous sommes appelés à l’imagination pour inventer ensemble l’agriculture diversifiée de demain, prendre soin de la vie sociale de nos villes et nos villages, retrouver le lien avec la terre, innover en matière de logement, travailler au bien commun…

Alors nos villes et nos villages prendront peut-être un avant-goût de la ville de Dieu de l’Apocalypse, espace de liberté où les nombreuses portes sont toujours ouvertes, espace d’humanité qui accueille tous les peuples et où Dieu se dit…

Soeur Marie-Laure Denès, op
Directrice du Service national Famille et Société (SNFS)

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« Mieux utiliser l’argent », thème de la troisième méditation pour le Carême 2017, à partir de « Nouveaux modes de vie ? L’appel de Laudato Si’ ».

La crise financière de 2007-2008 était une occasion pour le développement d’une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques et pour une nouvelle régulation de l’activité financière spéculative et de la richesse fictive. Mais il n’y a pas eu de réaction qui aurait conduit à repenser les critères obsolètes qui continuent à régir le monde. (Laudato Si’, § 189)

Le rapport à l’argent n’est jamais une chose simple. Ce n’est pas un hasard si la pauvreté est l’un des trois vœux prononcés par les religieux et si le partage figure en bonne place dans nos démarches de Carême, comme il est présent sous diverses formes dans les autres religions.

Il ne s’agit pas de diaboliser l’argent. C’est la place que chacun de nous lui accorde qui est questionnée. Certains peuvent se laisser aller à croire que l’argent peut tout acheter, l’amitié, les rêves les plus fous, jusques et y compris le corps de l’autre, un enfant… On déshumanise, on tue au nom de l’argent. Derrière l’argent se cachent nos désirs infantiles de toute puissance.

Sans même tomber dans ces excès, l’Evangile ne cesse de nous répéter à longueur de pages que nous ne pouvons servir Dieu et l’argent.

Servir l’argent nous rend esclave, loin du bonheur promis par le papier glacé des magazines. Servir l’argent nous empêche de voir avec le cœur. Nous devenons aveugles et sourds à tout ce qui n’est pas convertible en valeur monétaire, à tout ce qui est gratuité et don dans nos vies, à tout ce qui a du prix aux yeux de Dieu. Le seul prix qui compte n’est alors que le prix du marché. Ne croyons pas que cela ne concerne que ce qui ont. Sur les pauvres et sur les riches, l’argent exerce son pouvoir séducteur, grisant, fascinant…

Nous ne pouvons servir Dieu et l’argent. Servir Dieu c’est aimer. Pour aimer, il ne nous est pas demandé de renoncer à l’argent mais de le mettre au service de ce monde qui nous est confié. Non plus servir l’argent mais s’en servir.

L’argent peut être un moyen qui nous rapproche du Royaume de Dieu, un instrument de partage et d’amitié, au service de la relation. Il est un puissant levier pour nous engager dans les changements sociaux et environnementaux nécessaires qui sont devant nous. Mettre l’argent au service du bien commun et de la dignité de chacun pour construire une société plus solidaire où « tous nous sommes responsables de tous » selon les mots de Jean-Paul II (Sollicitudo Rei Socialis, § 38), voilà l’enjeu ! Cela nous invite à nous décentrer de nous-mêmes pour ne pas prendre en compte nos seuls intérêts. S’interroger sur la qualité et le sens de nos placements quand nous en avons, sur leur dimension éthique et solidaire, s’informer sur les pratiques de notre établissement financier, s’interroger sur notre rapport à l’impôt, se soucier de l’utilisation des fonds publics, découvrir de nouveaux moyens de partage ou de soutien de projets… voilà quelques-unes des pistes à explorer pour mettre l’amour au cœur de notre quotidien.

Ce dimanche, en écoutant le récit évangélique de la Samaritaine, la question trouvera peut-être un nouvel écho en nous : qu’avons-nous à offrir à Celui qui nous demande à boire sur la margelle de notre vie ?

Soeur Marie-Laure Denès, op
Directrice du Service national Famille et Société (SNFS)

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« Mieux consommer », thème de la deuxième méditation pour le Carême 2017, à partir de « Nouveaux modes de vie ? L’appel de Laudato Si’ ».

Il est important d’assimiler un vieil enseignement présent dans diverses traditions religieuses et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que « moins est plus ». En effet l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le coeur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. En revanche, le fait d’être sereinement présent à chaque réalité, aussi petite soit-elle, nous ouvre beaucoup plus de possibilités de compréhension et d’épanouissement personnel. La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété et une capacité de jouir avec peu. La sobriété qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. (Laudato Si’, § 222 et 223)

Acheter, consommer, jeter. Quoi de plus banal dans une société dite « de consommation » sensée répondre à tous nos besoins et nous les souffler à l’oreille si nous manquons d’idées ! Quand nous semblons faillir à notre mission de consommateur, la sphère politique et économique redouble d’inventivité pour nous stimuler à nouveau.

La montagne sur laquelle nous sommes tentés de planter nos tentes n’est pas celle de la Transfiguration où se révèle un Dieu de lumière comme nous le rappelle l’évangile de ce dimanche [Mt 17, 1-9, ndlr]. Nous nous contentons trop souvent d’être fascinés par ce qui brille sans éclairer, nos nouveaux veaux d’or.

Toujours plus, quand je veux : quelle liberté ! Et pourtant, qui n’a jamais eu l’impression, même de façon fugace, d’être prisonnier de ses biens, esclaves des injonctions à consommer, saturé jusqu’à n’avoir plus envie de rien ? Qui n’a jamais éprouvé le désir de s’alléger, de se désencombrer pour poursuivre la route ?

La conversion à laquelle nous appelle le pape François n’est pas un retour à l’âge de pierre ! Elle est une invitation à redonner du sens à nos actes de consommation, à redécouvrir la dimension de l’échange au cœur de notre consommation. Consommer, ce n’est pas qu’une affaire individuelle. Consommer me met en lien, en lien avec la nature dans laquelle nous puisons, en lien avec les autres qui ont produit ce que je consomme.

Redonner du sens à notre consommation, ce pourrait être alors, au-delà du bien ou du service que j’achète, prendre soin de ces liens pour renoncer à la culture du déchet qui blesse autant la nature que l’homme. Avoir le souci de favoriser les énergies renouvelables, de recycler pour transmettre une terre habitable à nos enfants, mutualiser, porter attention à ceux qui interviennent dans la chaîne de production et de distribution en privilégiant le commerce équitable et les circuits courts, participer aux systèmes d’échanges non monétaires, voilà quelques-unes des pistes qui nous sont proposées.

Soigner ces liens, c’est réintroduire la terre et autrui dans mes choix personnels pour sortir de mes enfermements. Faire le choix de la sobriété, non par esprit de sacrifice, mais pour ouvrir des espaces de rencontre, laisser place à l’autre et au Tout Autre…


Soeur Marie-Laure Denès, op
Directrice du Service national Famille et Société (SNFS)

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« Mieux vivre le temps », première méditation pour le Carême 2017

« L’accélération continuelle des changements de l’humanité et de la planète s’associe aujourd’hui à l’intensification des rythmes de vie et de travail, dans ce que certains appellent ‘rapidación’.
… les objectifs de ce changement rapide et constant ne sont pas nécessairement orientés vers le bien commun ni vers le développement humain, durable et intégral. » (Laudato Si’, §18)

Mieux vivre le temps. C’est sur ce thème que s’ouvre le texte du Conseil Famille et Société, résonnant comme une invitation en ce début de carême à profiter pleinement des 40 jours qui nous sont offerts. 40 jours, comme le temps de retrait et de jeûne de Jésus avant d’entamer son ministère public, pour se préparer à affronter les tentations du diable, comme nous le rappelle Marc l’évangéliste dans l’Évangile de ce dimanche. Et en miroir, les 40 ans du peuple hébreu traversant l’épreuve du désert avant d’atteindre la Terre promise.

À notre tour, nous sommes invités à prendre le temps. Oserons-nous commencer par alléger quelque peu notre agenda ? Nous aurons alors peut-être l’occasion de redécouvrir la joie de la rencontre imprévue, de goûter à nouveau la saveur des relations familiales et amicales prolongées, de découvrir ou redécouvrir la paix de la contemplation, celle de la création, celle du Créateur … Alors nous pourrons être disponibles à l’inattendu de l’Esprit …

40 jours pour entrer dans le mouvement de conversion écologique auquel nous appelle le Pape François et commencer à développer une écologie du temps.

40 jours pour résister aux tentations toujours renaissantes de céder à la pression de l’immédiateté et décider d’inscrire notre action et nos choix dans le temps long, pour travailler au bien commun de nos contemporains et des générations à venir.

40 jours pour ne pas céder aux sirènes « du temps c’est de l’argent » et retrouver le goût du don et de la gratuité.

40 jours pour cultiver l’équilibre toujours précaire entre les différentes facettes de nos vies, pour prendre le temps de repenser notre rapport au temps, temps personnel, temps collectif, et pour lui redonner toute sa valeur dans nos choix de société …

40 jours pour que dans 40 ans notre maison commune ne soit pas une terre désolée, mais ressemble encore à la Terre promise …

Il y a un temps pour tout dit le prophète. Celui de prendre le chemin de la conversion écologique s’ouvre devant nous …

Bon carême !

Sœur Marie-Laure Denès – Directrice du Service national Famille et Société (SNFS)

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