Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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        Message de Mgr Hervé Gosselin pour la cérémonie des voeux 2018

Message de Mgr Hervé Gosselin pour la cérémonie des voeux 2018

Retrouvez l’allocution intégrale de Mgr Hervé Gosselin prononcée à l’occasion de la cérémonie des voeux depuis la Chambre d’agriculture de Charente le 13 janvier 2018


VŒUX DE MGR GOSSELIN, à la Chambre d’Agriculture de la Charente, le samedi 13 janvier 2018

Merci à Monsieur Desouche pour son exposé riche et synthétique et de nous avoir accueillis, à notre demande, à la Chambre d’agriculture.

En présentant ces vœux, l’Église veut donner un signe au monde rural : des vœux en Église et des vœux de l’Église. Quand je suis arrivé, voici deux ans, on m’avait présenté la Charente comme un diocèse rural et pour moi, c’était une attirance particulière parce que j’aime la campagne et en tant qu’ancien médecin, la santé m’intéresse. Les remèdes sont dans la nature, à nous de les trouver.

Le pape nous invite à « aller aux périphéries » et aujourd’hui, nous sommes sortis pour donner un signal au monde rural. Nous voulons relancer une mission rurale, à savoir être présence d’Église dans ce monde rural mais aussi rappeler et confier une mission au monde rural, qui a une parole à donner à notre monde. Ce serait une folie de s’en passer.
Je souhaite bien sûr une bonne année à tous ceux qui vivent dans notre département, avec sa diversité, entre le cognac et les vaches limousines. Cette diversité est très importante. Dans le monde rural, vivent des agriculteurs, des éleveurs, des viticulteurs, des commerçants, des personnes qui exercent des professions libérales, des fonctionnaires, ceux qui choisissent d’aller habiter à la campagne ou qui y viennent en vacances. C’est donc un lieu de mixité sociale et il nous faut favoriser cette vie ensemble.

Vous qui vivez à la campagne et qui avez les pieds sur terre, qui avez le bon sens paysan, vous pouvez nous aider à garder l’espérance dont le monde a besoin aujourd’hui. Nous sommes ici pour donner une parole mais aussi l’entendre. Dérangez-nous ! Dérangez le monde car il n’est pas question de se satisfaire d’injustices. Il n’est pas normal de ne pas vivre de son travail, de quémander des subventions quand vous travaillez comme vous faites. C’est une question vitale pour nous tous.

UN MONDE EN MUTATION

En 1931, Huxley, auteur du livre Le meilleur des mondes, chef-d’œuvre de la littérature d’anticipation, écrivait vingt ans après la parution de son livre : « Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur s’abatte sur nous dans le délai d’un siècle. » Ce qu’il a décrit, qui semblait imaginaire et fantastique, est en train de se réaliser sous nos yeux. Il faut en prendre conscience pour accueillir ce qui est un véritable progrès et éviter les déviations qui peuvent nous emmener peut-être trop loin. « Le fait nouveau, disait Ricœur, est que l’homme est devenu dangereux pour lui-même, en mettant en péril, la vie qui le porte et la nature à l’abri de laquelle il découpait jadis l’enclos de ses villes. »
Ce constat nous conduit à repérer la révolution dans laquelle nous sommes : une révolution économique, numérique, génétique. Allons-nous être téméraires et agir avec frénésie, faire tout ce qu’il est possible de faire ou allons-nous agir avec sagesse et discernement, pour donner de l’avenir à nos enfants et que nous puissions agir ensemble [référence au slogan de la Chambre d’agriculture affiché dans la salle : « Ensemble agissons »] pour que ce monde devienne meilleur et non pas « le meilleur des mondes », comme le craignait Aldous Huxley ?
Cela ne me ferait pas rêver d’avoir une clé USB comme implant. Que transmettons-nous à nos enfants face à la vitesse du progrès ?

La planète tousse !

Elle tousse parce qu’elle est intoxiquée, peut-être par des produits utilisés à la campagne mais aussi par ce qui est déversé par les villes. Nous sommes tous responsables de cette intoxication.
La planète tousse aussi parce qu’il peut manquer un bout de poumon. Si le poumon de la campagne n’est pas en état, même sans parler d’intoxication, nous ne pouvons pas respirer librement.
Il y a un enjeu très important de se tourner vers le monde rural. L’espérance est en vous ! Le monde a besoin du message que vous voulez lui transmettre pour être courageux dans ce monde et accepter de discerner, pour ne pas se laisser emporter avec frénésie, dans les propositions que nous font les scientifiques ou les intérêts économiques. Il faut que la science, le droit et la politique travaillent ensemble afin que de bonnes décisions soient prises.

LA VIE S’EST MANIFESTÉE

C’est beau un homme en bonne santé ! Le monde rural a cette mission d’assurer la santé de tous. La vie s’est manifestée parmi nous. Pierre Rabhi, philosophe paysan, nous disait : « Nos connaissances ont pu nous expliquer comment une humble graine germe et perpétue la vie, mais elles n’ont jamais élucidé le pourquoi de la vie »
Tous les paysans sont un peu philosophes. Il y a ce bon sens qui permet de réfléchir sur le sens même donné à la nature et à l’action pour exploiter la terre, pour élever les animaux, pour tenir compte des éléments : « L’alternance heureuse des saisons, les bienfaits des vents et des pluies. »

Savoir prendre le temps. Notre pape nous dit que le temps est supérieur à l’espace. On sait bien qu’on ne fait pas pousser une salade en tirant dessus. Qui fait pousser ? Pourquoi ? Quand j’étais jeune, je m’interrogeais : pourquoi les jonquilles sortent-elles toutes en même temps ? Je ne sais pas comment les rouges-gorges se reconnaissent. La Terre est juste à la bonne distance du soleil pour permettre l’émergence de la vie : normal ? Non, c’est naturel et la nature est bien faite. L’émerveillement doit avoir un écho en nous et il nous est transmis par ceux qui vivent à la campagne.
Nous ne pouvons pas vivre sans racine. Cela ne me fait pas rêver qu’on puisse concevoir des enfants « hors sol », hors génération. Avons-nous la préoccupation des hommes ? Pierre Rabhi disait encore : « Il ne suffit pas de se demander :″Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?" ; il faut également se poser la question :" Quels enfants laisserons-nous à notre planète ?" » Qu’en est-il de la protection de l’homme ? Nous approchons de la révision des lois de bioéthique. Le législateur, dans sa sagesse, a décidé de faire le point cinq ans après. Nous ne pouvons pas laisser les scientifiques ou les législateurs décider pour nous. Cela nous concerne tous ! Ces débats vont être déterminants pour savoir ce que nous voulons vivre. Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, disait : « Il est urgent que l’homme définisse et protège le sanctuaire de son identité afin de transmettre aux générations futures la chance de naître du corps d’une femme. »

UNE ÉCOLOGIE INTÉGRALE

Nous appartenons à la famille humaine issue de la nature et qui se reçoit de générations en générations. Protéger la nature et l’homme : c’est le même combat ! C’est ce que nous dit notre pape François dans Laudato si’ : l’écologie ne peut se concevoir que selon une « écologie intégrale », qui intègre l’homme !
Nous avons la responsabilité de défendre la nature, nous ne pouvons pas en faire n’importe quoi, l’exploiter et la maltraiter Le pape écrivait dans sa lettre : « J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. »
Si je m’adresse au monde rural ici à la Chambre d’agriculture, c’est par amitié mais aussi par intérêt, parce que nous avons besoin de vous. Alors même qu’à raison, vous êtes préoccupés par la rentabilité, et la revendication de revenus qui soient justes, donner du sens à votre activité est déterminant pour vous et vital pour l’ensemble de l’humanité.
Il vous faut nous réveiller ! Mettons-nous en dialogue ! Les difficultés vécues dans le monde rural nous concernent tous. Des sociologues parlent de « cité rurale ». Ils disent que parfois, à la campagne, la proportion du monde ouvrier est plus importante que celle des agriculteurs. C’est un lieu de grande mixité. Alors, chers frères, vivons dans le monde rural, accueillez ceux qui veulent y vivre et qu’il y ait de la place pour tous !
Le pape nous dit également : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. » Le bon sens veut que quand on a tout ce qu’il faut pour vivre, il ne nous manque rien. Maurice Béjard, le danseur, disait : « Le danseur idéal, ce serait un être libéré. Je crois que le drame de l’époque consiste à faire croire aux gens qu’en multipliant leurs besoins, on augmente leurs joies. En réalité, on augmente leurs souffrances, on augmente leurs attaches. La seule issue pour le monde actuel c’est, non pas la privation, je n’aime pas ce mot-là, mais c’est la joie dans le dépouillement. »
Nous perdons le sens de la vie lorsque nous vivons uniquement dans du béton.
Ce sont des défis que nous avons à relever ensemble. Les agriculteurs ont à nous communiquer leur sagesse. Lorsque nous avons les pieds sur terre, que l’on vit en synergie avec les éléments de la nature reconnue et respectée, alors tout est possible.

NOTRE CHARENTE

C’est pour cela que nous voulons relancer dans notre diocèse la mission rurale qui historiquement, a été très importante pour le développement de la société. Une nouvelle équipe va être mise en place. Elle aura le souci d’entendre la parole de ceux qui vivent dans le monde rural, qui ont peut-être des difficultés mais aussi des messages d’espérance à donner au monde.
Un groupe d’évêques ira en février au Salon de l’agriculture. Je vous annonce un Congrès national pour le monde rural en 2019. Dans notre diocèse, il faut que vous puissiez faire remonter ce que vous attendez de nous. Je pense qu’il est très important, en tant que croyant et chrétien, de pouvoir bénir les champs, au moment des Rogations. J’irai au moins à Charmant mais cette bénédiction peut avoir lieu dans différents lieux du diocèse.
Avoir la capacité de nous émerveiller est capital. « Il faut que la préoccupation pour l’environnement, unie à l’amour sincère envers les êtres humains et un engagement constant pour les problèmes de la société. » (Pape François) Être en collaboration, en unité, en communion, pas seulement par intérêt. C’est une question de justice et de bien-être.
Une consultation est en cours pour voir ce qu’attendent les chrétiens. Cela aboutira à des orientations précises. Nous sommes comme les autres, repérant aussi cet exode rural : parfois les commerçants, le curé s’en vont. S’il y a des communautés de communes, il y a des rassemblements de paroisses inévitables même si on préfèrerait qu’il y ait un curé sous chaque clocher avec des chrétiens qui l’aident. Toutefois, nous gardons le souci de la proximité : nous rejoignons ainsi la préoccupation de l’administration, des politiques, des maires. Cela passe par la communication pour se déplacer, pour être en lien les uns avec les autres, ce qui est un côté bénéfique du progrès. « L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. » (Pape François) Ensemble, nous avons l’idée de collaborer pour le bien de notre maison commune.

En ce début d’année, je transmets tous mes vœux, premièrement au monde rural, tout particulièrement aux agriculteurs, aux éleveurs, aux maraîchers, tous ceux qui travaillent pour le bien des hommes, et à tout le département.

Je remercie Monsieur Desouche pour son accueil et vous tous qui êtes venus, particulièrement, vous Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, Monsieur le Député et vous tous, maires et adjoints, les élus, les autorités civiles et militaires, les frères d’autres confessions car c’est un défi que nous voulons relever ensemble.

Si vous voulez bien, je fais mien ce slogan qui est affiché dans cette Chambre d’Agriculture : « Ensemble agissons ».

Merci à tous d’être venus et bonne et sainte année !

Site : www.rural.catholique.fr

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