Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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          "T’es où ?" : les mots de la foi des adolescents

"T’es où ?" : les mots de la foi des adolescents

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Agnès Charlemagne, graphiste et théologienne, a inventé une méthode pour accompagner les adolescents dans leurs questions spirituelles.


Dieu est, Dieu est mort. Vous croyez ? Près d’un millier d’adolescents, toutes confessions confondues, croyants et non-croyants, parlent de Dieu et de l’absent, à voix haute et par écrit, dans un collège à Marseille. Pendant sept ans, Agnès Charlemagne leur a donné la parole, sur ce thème à la fois éternel et terriblement d’actualité. Le résultat est décapant, perturbant, hilarant. En cette période troublée, apprendre à se soucier de l’autre et des convictions qui l’habitent est un défi brûlant. Alors que les adultes sont prisonniers du langage, les adolescents le réinventent et parlent de « leur » Dieu en osant tout remettre en cause. Leur honnêteté et l’acuité de leur pensée font émerger des questions que nous devrions tous nous poser, sans tabou, en toute liberté, sans vouloir forcément y apporter de réponse. Un texte révélateur de la société à laquelle les jeunes sont confrontés et qui dérange les poncifs de la métaphysique et du spirituel. Une lecture urgente et enthousiasmante !

« Les panneaux qui nous cachent de la lumière de Dieu, c’est des parties de nous-mêmes. On ne dit pas “faire du mal” mais “se” faire du mal car on ne peut pas faire souffrir sans souffrir en soi » : Duncan, sixième. « Je pense que Jésus parle bizarrement, avec des paraboles, car si on le comprend, on le suit » : Arthur, sixième.

De ses échanges pendant sept ans avec les élèves – parfois musulmans ou juifs, rarement catholiques et plus souvent athées ou agnostiques – d’un collège privé de Marseille, Agnès Charlemagne a retenu une foule de petites phrases sur des questions existentielles : le mal, la tentation ou Jésus.
Entre perplexité et compréhension

Elle les a réunies dans un ouvrage qui se veut une méthode – mais non un manuel – pour la pastorale des adolescents. Certaines de ces phrases traduisent la perplexité des collégiens devant des affirmations de la foi chrétienne. D’autres, au contraire, expriment la compréhension profonde qu’ils en ont, en même temps que la liberté qu’ils s’accordent pour les reformuler.

C’est ce déclic né de l’expérience personnelle de la foi que guette cette graphiste de formation, reconvertie dans la pastorale des jeunes. Loin des parcours établis, la méthode qu’elle a mise sur pied se nourrit de ses diverses influences : pédagogie Montessori, relecture de vie selon saint Ignace…

À l’image de son parcours à elle, pour le moins éclectique et qui l’a menée du Berry aux Pays-Bas – son mari est hollandais, non-croyant –, où elle a passé quinze ans à exercer une « lucrative » activité de publicitaire, puis à Marseille, où elle s’est installée il y a une dizaine d’années avec mari et enfants, pour leur faire découvrir « la culture française ».

Un mur entre deux mondes

Entourée de non-croyants, elle est plus que d’autres sensibilisée à ce « mur » qui sépare ces deux mondes. « On rabâche des trucs que le commun des mortels ne peut entendre, comme le péché ou l’Esprit Saint. Même la miséricorde, il faut deux ans de discours du pape pour commencer à comprendre », soupire-t-elle, attristée aussi bien par la couche de « poussière » qui recouvre ces mots de la tradition chrétienne que par « les préjugés des non-croyants ».

Ce fossé, Agnès Charlemagne ne cesse de vouloir le combler, l’enjamber à sa manière, s’appuyant fermement sur l’Évangile et respectant la liberté de ses jeunes interlocuteurs.

À la directrice de l’école primaire qui cherche des « mamans caté », cette graphiste de formation devenue enseignante en illustration à l’École de communication visuelle d’Aix-en-Provence se propose comme « maman philo ».

La richesse d’une parole libre

S’aidant des premiers numéros de Pomme d’Api Soleil, édité par Bayard, elle traite du silence, de la jalousie ou du pardon, toujours en partant des questions des enfants. L’expérience dure dix ans et lui donne envie de poursuivre avec des plus grands, pour leur faire découvrir à leur tour la richesse d’une parole libre.

La méthode qu’elle a inventée – « T’es où ? », message SMS le plus fréquemment échangé par les adolescents, mais aussi question posée par Dieu à Adam après qu’il a transgressé l’interdit (1) – est le fruit de ces échanges à bâtons rompus avec les collégiens, ponctués par une minute de silence et le recueil par écrit des questions ou des convictions des uns et des autres, afin qu’elles « rebondissent la fois suivante ».

« Un enfant, si on lui laisse le temps, trouve son chemin. Ma méthode ne repose sur aucun contrôle des connaissances, juste sur le désir », explique-t-elle. « On part des histoires de la Bible, en expliquant que ce sont des mythes. Puis, ensemble, on cherche des correspondances avec la vie de tous les jours… Lorsque l’enfant comprend cela, alors il se met à avoir envie de jouer. »
Des échanges avec les élèves musulmans

Depuis quelque temps, l’idée lui trottait dans la tête d’un échange sur le même mode avec des élèves – très majoritairement musulmans – d’un collège catholique des quartiers Nord. Pour cela, cette théologienne, qui se forme depuis onze ans à l’Institut de sciences et de théologie des religions de Marseille, a choisi d’approfondir sa connaissance de l’islam.

Les attentats de novembre à Paris l’ont poussée à passer à l’action, sans attendre davantage : « Je n’en sais toujours pas plus sur leur foi mais j’y vais. Je leur donne la parole. »

Peut-être la méthode la conduira-t-elle ailleurs ? L’essentiel, à travers ces séances, est de « découvrir qui l’on est, d’argumenter, et de découvrir aussi que d’autres peuvent penser Dieu autrement que moi ».


Son inspiration. « Rechoisir sa foi »

Élevée dans une famille « catho » entourée d’artistes, Agnès Charlemagne a voulu « se débarrasser de la foi comme d’un sparadrap, à 25 ans ». Sans succès. Au contraire, la retraite qu’elle choisit de faire dans un Foyer de charité pour « renoncer de manière consistante » lui fait redécouvrir à quel point la foi « qu’elle pouvait re-choisir » était différente de celle qu’elle avait en tête.« Il était question de chercher, pas de trouver un truc tout fait ». Sa vie aux Pays-Bas l’a aussi beaucoup aidée : « Là-bas, tout le monde est athée ! Non par refus mais par recherche. Du coup, on parle spiritualité. »
Anne-Bénédicte Hoffner

(1) T’es où ? Des ados parlent de Dieu, préface de Christian Salenson, éd. Salvator, avril 2015, 23 €.

En savoir plus

Source : La Croix
d’après l’article de Valentine Vermeil pour La Croix

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