Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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        Témoignage de Nicole de retour du pèlerinage en Corée

Témoignage de Nicole de retour du pèlerinage en Corée

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Nous sommes revenus du pèlerinage en Corée (pays du matin calme) après 11 jours sur les pas de St Pierre Aumaître, et l’atterrissage n’en finit pas….

Notre saint Charentais nous a conduits sur l’histoire de ce pays, leur mentalité, la foi des chrétiens catholiques qui représentent environ 10% de la population. Bien que ce chiffre pourrait sembler peu, cette Église est très active : 35 évêques, 5000 prêtres dont 1800 sont en mission à l’étranger dont en France. Les séminaires sont pleins et chaque année 100 000 adultes demandent le baptême. C’est un pays très tolérant vis-à-vis de la religion, notre guide était bouddhiste, sa fille aînée (28 ans) catholique depuis quelques années, et son fils (24 ans) prépare son baptême – 16 % de la population est protestante ou évangélique, une partie de la population pratique le chamanisme (vénération des éléments de la nature) et il y a aussi beaucoup d’athéisme.

Les dates de ce pèlerinage avaient été choisies pour fêter, avec nos frères Coréens, le 150ème anniversaire du martyr de nos saints (St P Aumaître et St H Dorie de la Vendée) et de la consécration de l’Église du sanctuaire de Sonkol (sud de Séoul). C’est un lieu reculé, où les missionnaires ont étudié la langue et les coutumes et d’où ils sont partis en mission, c’est aussi le lieu où Henri Dorie a été arrêté.

En arrivant à l’aéroport, quelle ne fut pas notre stupéfaction d’être accueilli par une délégation de chrétiens portant une immense banderole de bienvenue. Notre étonnement allait être croissant au fil des jours et de nos rencontres, comme celle avec le Cardinal l’Archevêque de Séoul Andrea Young, et les arrivées aux cérémonies. Celle du 150 ème anniversaire fut mémorable, il pleuvait, la messe était en plein air, les pieds dans la boue. Ce qui aurait pu ressembler à un cauchemar s’est transformé en une fête joyeuse et lumineuse. Les coréens sont très accueillants et bien organisés, nous sommes applaudis à notre arrivée, des femmes en tenues traditionnelles nous offrent des orchidées, des bouteilles d’eau, de grands imperméables, nous signons un livre d’or et nous sommes conduits à nos places pour la messe.

L’assemblée déjà en place nous applaudit et l’Evêque vient nous saluer en français (beaucoup de prêtres parlent français, ils sont nombreux à avoir fait des études en France). De notre place d’honneur, nous retrouvons d’autres français : une famille descendante d’un autre missionnaire martyr saint qui en a profité pour faire baptiser une petite Chloé, des prêtres dont le responsable des Missions Étrangères de Paris. Le tout couronné de journalistes de radios et télévisions (passage sur une chaine nationale coréenne, à voir sur You Tube)
.
On sentait que nos hôtes étaient reconnaissants et fiers de notre délégation française. Nous étions 19 charentais, 5 vendéens (un prêtre, 2 femmes descendantes de la famille Dorie et leurs époux) et un représentant d’une association d’Aix-en-Provence des martyrs de Corée.
La veille du départ le 31 avril, un certain nombre d’entre nous avions célébré Saint Pierre Aumaître à Aizecq où notre Evêque, le Père Gosselin nous avaient bénis, envoyés et confiés les chrétiens du diocèse.

En 1861, on comptait environ 20 000 baptisés. L’histoire de la chrétienté en Corée est unique, contrairement aux autres pays évangélisés par l’initiative de l’Église, en Corée ce sont les 1ers chrétiens qui demandent des prêtres.

À la fin des années 1700, des lettrés coréens élevés dans le confucianisme cherchent des solutions pour sortir le pays de la misère suite aux invasions chinoises et japonaises de la fin du 16ème siècle et du concept confucéen selon lequel la vengeance faisait partie de la piété filiale.
Ces lettrés, en étudiant les écrits de Jésuites, sont touchés par deux éléments qui leur semblent fondateurs : l’unique paternité de Dieu, et le pardon.

Un 1er missionnaire vient de Chine puis le Pape envoie les premiers missionnaires de la Mission Étrangère de Paris qui arrivent en 1835.
Le pouvoir en place a peur des étrangers et de leurs préceptes, il y a des vagues de persécution du clergé et des chrétiens pour éradiquer la religion chrétienne.

En nous accueillant, un Evêque Coréen nous a rappelé que "nous étions le fruit de la mission".

Notre pèlerinage nous a conduits sur de nombreux sites sanctuarisés sur les pas de St Pierre Aumaître et St Henri Dorie ; inscrit dans le paysage local nous avons découvert en même temps la culture, l’histoire et la vie très moderne de la Corée.

Il se trouve que les Coréens bouddhistes préparaient l’anniversaire de Bouddha, aussi il y avait beaucoup de décoration autour des temples, beaucoup d’intention de prières accrochée à des ballons de papier de toutes les couleurs, et avons vu des bonzes et des personnes en prière. Visite du temple Bouddhiste de Jeondeugsa, d’un autre à Séoul, visite de palais royaux… ils ressemblent beaucoup à ceux de Chine.
Nous avons vécu aussi la journée de la fête des enfants. Les enfants et les jeunes qui portaient la tenue traditionnelle ne payaient pas l’entrée des musées, des palais royaux de Séoul (il y en a 4, un à chaque point cardinal de la ville, et des villages reconstitués. En effet les villes ont été bâties verticalement (immeubles modernes de 25/30 étages), Séoul est habité par 25 millions de personnes, pour la traverser il faut parcourir 50km. C’est une ville branchée, la pub trône sur des écrans géants Samsung.

Un petit mot sur les habitudes alimentaires, la plupart des Coréens sont sveltes, les repas ne sont ni gras, ni sucrés. Ils accompagnent le bol de riz ou de pâtes avec des légumes al dente et leur plat national, le Kimchi, choux fermenté extrêmement épicé nous a contraints à la prudence.

Nous avons sillonné une partie Ouest de la Corée du Sud :
- P. Aumaître, comme la plupart des autres missionnaires, sont arrivés par le Nord de la Corée du Sud, par la Mer Jaune où se jettent deux fleuves, le Han qui passe par Séoul et le Imjiu qui vient de la Corée du Nord. À cet endroit aujourd’hui se trouve donc la frontière. C’est un endroit très militarisé ainsi que le long du Han qui traverse Séoul, et qui a servi, quelques fois, à des terroristes du Nord à commettre des attentats à Seoul. Juste à côté, sur l’île de Ganghwa, très agricole, vivent une douzaine de religieuses avec des compétences sanitaires et sociales (infirmières, etc) qui prient pour la réunification du pays et se préparent à entrer en Corée du Nord sitôt que ce sera possible. Cette division qui dure depuis 70 ans est une grande souffrance pour ce peuple coréen.
- Qui dit missionnaire, dit déplacement à Mirinai, Saemkol, etc pour l’évangélisation et pour se protéger des persécutions. Autant de lieux chargés d’histoire.
Les sanctuaires et les églises sont construits sur les lieux de torture, d’exécution, de persécution. Les fidèles coréens avaient le culte des défunts et ils s’organisaient pour suivre discrètement les opérations qui consistaient, après la prison et les tortures, à exécuter les religieux et les laïcs par décapitation puis à les ensevelir rapidement sur place, avec interdiction de faire une célébration ou une sépulture afin d’éradiquer cette religion.
Quand les chrétiens étaient exécutés, et en particulier les prêtres et les évêques qui se livraient pour protéger les chrétiens, les fidèles s’organisaient pour retrouver les corps et les inhumer après une célébration. Notre St P. Aumaître a changé de sépulture 5 fois, autant de lieux de recueillement pour les chrétiens (Saemamto, etc) et Kalmaemot au bord d’une plage où a été exécuté le saint. C’est un bel endroit, marqué par deux stèles, une marquant la béatification, l’autre pour la canonisation, en 1984, où Monseigneur Rol a planté un magnifique cerisier fleurs.
- Au temps des persécutions, les autorités laissaient la vie sauve aux chrétiens lorsque les religieux se livraient mais il y a eu des régions dont les responsables avaient carte blanche comme sur le site d’Haemi et de Jeoldussan, les chrétiens étaient arrêtés, torturés et exécutés.
Face à ces récits terribles de répression et les gravures des différentes tortures, nous étions dans l’émotionnel, comme chacun peut le comprendre.
Le père Manguy nous a invités à dépasser cet aspect doloriste par la prière, la messe quotidienne et les enseignements : "Le mal existe, il fait partie de notre existence, aujourd’hui encore il est présent dans le monde. Combattre le mal fait partie de notre vie chrétienne, c’est important de prier, de se porter les uns les autres et de faire confiance en Dieu. Si Pierre Aumaître et les autres missionnaires avaient su ce qui les attendait, auraient-ils pu supporter l’angoisse, mais l’Esprit Saint les a conduits parce qu’ils ont fait confiance.
Une théocratie chrétienne ne changerait rien, bien au contraire, c’est une tentation de prendre la place de Dieu, pour imposer ses valeurs. La pauvreté de l’Eglise d’aujourd’hui est une puissance qui la rend plus forte, nous en avons des exemples, le Pape François ouvre de nouvelles perspectives, de nouvelles dimensions à l’homme, et l’Eucharistie qui nous dépasse est prometteuse.

Nous avons été touchés par l’accueil, la gentillesse, la tolérance et la piété des coréens.
Pour conclure, nous vous partageons ce que nous a dit Monseigneur Matthias Ri dans son homélie : " Nous demandons l’intercession de la Vierge Marie pour que Sonkol devienne un sanctuaire qui puisse rétablir une force spirituelle des fidèles et leur redonner une vitalité dans leur vie de foi."

Voilà un petit résumé de notre voyage, depuis nous avons appris que les "hommes d’affaires" n’aiment pas la Corée, les Coréens sont durs en affaires !!!...

Nicole

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