Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
http://angouleme.catholique.fr/Therese-educatrice-de-la-priere

Thérèse éducatrice de la prière

En la fête de Sainte Thérèse 1° octobre 2018


Nous désirons tous prier ou apprendre à prier.

Les disciples de Jésus, eux-mêmes ont demandé à Jésus de leur apprendre à prier : « Seigneur, apprends-nous à prier ».Et nous connaissons la suite... « quand vous priez dites : Notre Père… »
Paradoxalement, nous faisons l’expérience que la prière est souvent dans nos vies l’acte religieux auquel nous somme le moins fidèle. Que de fois j’ai entendu, en confession « mon Père je m’accuse d’oublier mes prières »…
Pourtant nous sentons bien que dans la prière nous pouvons rencontrer Dieu, soit en pleine lumière de la foi (ce qui est très rare) soit dans la nuit de la foi(ce qui est le plus souvent). Le plus souvent nous oublions ou nous disons que nous n’avons pas le temps, comme si une force incoercible nous poussait hors de cet espace d’intimité vers n’importe quoi qui nous fait échapper à ce cœur à cœur auquel Dieu nous invite avec Lui.
On pourrait donc croire qu’il nous est plus difficile de nous ouvrir à dieu qu’à nos amis.
En réalité, le silence de Dieu nous fait craindre que la prière ne soit que monologue ou bien évasion, sinon refuge ; tandis que notre peu de silence, notre bavardage risque bien de nous éloigner d’une véritable écoute de Dieu. Dieu ne se manifeste pas dans le bruit, mais dans le murmure d’une brise légère comme nous le dit la bible, dans le Livre des Rois , Rois 19,12. Pourtant Dieu habite notre demeure, mais il nous laisse la liberté de l’accueillir le refuser, ou l’ignorer. Par ailleurs notre civilisation ne nous aide pas toujours à donner gratuitement du temps pour une activité qui n’est pas apparemment rentable… La prière est un acte de foi en quelqu’un qui est là, qui nous précède, qui nous attend, qui nous reçoit à la table de son cœur, parce qu’Il nous aime et que nous sommes ses enfants…
Thérèse, dans un autre contexte que le nôtre, avec une éducation différente de la nôtre va tellement à la source de la vraie vie qu’est l’Évangile, qu’elle nous fait pressentir ce que pourrait être la prière à notre époque. Mais à regarder Thérèse prier, nous allons nous entendre prier avec elle ; nous allons découvrir que nous sommes, nous aussi capables de prier, que nous avons besoin et envie de prier comme elle, d’une prière qui nous tourne vers le Dieu notre Père sans pour autant nous détourner du respect de nos tâches quotidiennes et de la solidarité avec nos frères humains. La prière ne nous permet pas de nous évader du monde ; elle nous donne de vivre dans ce monde avec la force de l’amour de Dieu reçu, renouvelé, nourri du cœur à cœur avec Dieu…
La pédagogie de Thérèse sur le chemin de la prière est toute de simplicité.

Chez Thérèse, une prière simple.

« Je n’ai pas le courage de m’astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !...et puis, elles sont toutes plus belles les unes que les autres…Je ne saurais les réciter toutes, et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours, Il me comprend » (MsC,25r°. Avec ce témoignage, Thérèse nous apprend ou nous rappelle que pour elle, toute relation personnelle à Dieu est une prière, que ce soit dans la joie,ou dans les peines, que cette relation jaillisse d’un émerveillement ou de la souffrance.
Thérèse ne complique rien : ni les livres, ni les méthodes, ni les choses préparées ne peuvent remplacer la spontanéité de l’enfant qui ne craint pas de se jeter dans les bras de son Père du Ciel, celui qu’elle ose nommer « papa le bon Dieu ». La prière de Thérèse prend le langage du cœur : « pour moi, la prière c’est un élan du cœur, un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin c’est quelque chose de grand, de surnaturel qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus ».(Ms C25r°). Par sa prière, Thérèse exprime son amour à Dieu. Pour elle, l’important dans la prière ce n’est pas de prier, mais d’aimer, car, dit-elle « prier, c’est dire à Dieu je t’aime ». Pour ce faire, elle prend le chemin du cœur à cœur, avec la simplicité des enfants, afin d’aller directement au cœur de Dieu, en s’oubliant elle-même afin de laisser Jésus prier en elle. Cela me rappelle le conseil plein de Sagesse de Séraphin de Sarov, mystique russe qui dit "quand tu pries, lorsque l’Esprit Saint est en toi, arrête de prier et laisse l’Esprit prier en toi ". Je me souviens aussi de cet enfant qui me disait, il y a déjà 30 ans que pour lui, et je le cite : « prier c’est dire à Dieu des paroles de Dieu ».
Ainsi en prenant une parole de Dieu, un psaume et en nous livrant à cette parole, nous laissons l’Esprit Saint prier en nous, et c’est ce qui plaît à Dieu. Dans une lettre à sa sœur Céline (LT du 14 octobre 1890) en pèlerinage à Paray le Monial, Thérèse écrit : « tu sais, je pense que le Cœur de mon époux est à moi seule comme le mien est à Lui seul, et je Lui parle dans la solitude de ce délicieux cœur à cœur, en attendant de le contempler un jour face à face ».
Dans cette prière faite de simplicité, de quoi Thérèse s’entretenait-elle avec son divin époux ? Elle lui parle de ses besoins, de ses préoccupations, de ses souffrances, de ses aspirations du moment, car elle a une confiance sans limite en son « papa le Bon Dieu ». Et elle écrit dans son dernier Manuscrit : « Le Bon Dieu ne se fatigue pas de m’entendre lorsque je lui dis tout simplement mes peines et mes joies comme s’il ne les connaissait pas »(Ms C 32v°). Mais en même temps, Thérèse n’est pas ingrate puisqu’elle parle à Dieu de ceux qu’elle aime ou dont elle est chargée. Elle écrit à Céline dans la lettre 143 du 18 juillet 1893 : « Après avoir lu ta lettre, je suis allée à l’oraison. En prenant l’Évangile, j’ai demandé à Jésus de trouver un passage pour toi, et voici ce que j’ai tiré « considérez le figuier et les autres arbres lorsqu’ils commencent à avoir des feuilles tendres vous jugez que l’été est proche et même quand vous verrez arriver ces choses sachez que le royaume de Dieu est proche »…
Elle va encore plus loin dans sa prière simple, puisqu’elle entretient Jésus lui-même de sa Beauté, de son Amour, de ses épreuves à Lui et des intérêts de son Église et elle écrit dans le Manuscrit A (84r°) « Ô mon Dieu ! m’écriai-je au fond de mon cœur, n’y aura-t-il que votre Justice qui recevra des âmes s’immolant comme victimes ? Votre amour miséricordieux n’en a-t-il pas besoin lui aussi ? »
Ce qui est remarquable ici, c’est de constater combien Thérèse ne se renferme pas sur une prière individualiste, retournée sur elle-même, dans un égoïsme qui lui fermerait les yeux sur la vie des autres, à plus forte raison sur la vie de Dieu, de Jésus…

On peut dire que la prière simple de Thérèse prenait différentes formes

- dans la fidélité aux offices de la communauté, dont elle dit « j’aime beaucoup les prières faites en commun au chœur, car Jésus a promis de se trouver au milieu de ceux qui s’assemblent en son nom, je sens alors que la ferveur de mes sœurs supplée à la mienne, mais toute seule (j’ai honte de l’avouer) la récitation du chapelet me coûte plus que de mettre un instrument de pénitence… »
- dans l’attention à vivre des instants de prière au cours de ses activités quotidiennes, d’ailleurs, prière ici, où l’attention ne se laisse pas surprendre par le devoir d’état, puisque c’est l’application à ce devoir d’état qui devient prière : Thérèse vit ce que la Parole de Dieu nous dit « tout ce que vous faites, tout ce que vous dites, faites -le pour la gloire de Dieu ».
Ainsi Thérèse nous enseigne que si nous ne trouvons pas dans une journée du temps pour Dieu, c’est que nous considérons que nos occupations sont plus importantes que Dieu- ce qui est pratiquement une attitude d’athées-. D’autre part, comme nous venons à Dieu le cœur et la tête remplis de nous-mêmes, il nous faut forcément du temps pour nous ouvrir à Dieu et pour l’accueillir. Pour Thérèse il s’agit toujours d’un cœur à cœur avec Dieu. En effet la méditation au sens courant du terme et que beaucoup de chrétiens pratiquent ne lui est guère facile et elle écrit dans le Manuscrit C « j’ai beau m’efforcer de méditer les mystères du rosaire, je n’arrive pas à fixer mon esprit ».

C’est pourquoi Thérèse commence sa prière toujours par un acte de foi afin de se mettre en présence de Dieu. Puis elle accepte d’être faible et petite : reconnaissance de sa petitesse, tout en acceptant aussi tout ce qui lui arrive de bon comme de mauvais, sans tomber dans la tentation de se décourager ou de se lamenter, ou de se résigner : « je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m’abandonne dans les bras de Jésus ».(LT 143,18/7/1893)
Enfin, elle emploie ses propres misères- et c’est sa plus grande originalité-, ainsi que ses impuissances et ses difficultés de tout genre afin de « prendre Dieu par le cœur » selon son expression. Ce faisant, elle « fait plaisir à Jésus ». « Je sais toujours trouver le moyen d’être heureuse et de profiter de mes misères…sans doute cela ne déplaît pas à Jésus, car Il semble m’encourager dans ce chemin ».(Ms A ,80 r°. Je crois que l’on peut dire que cette attitude là conduit Thérèse « au repos en Dieu », car, dit-elle « je trouve ma part belle. Ce qui me plaît, c’est justement ce que Dieu veut de moi ».
Pour nous, nous faisons l’expérience d’arriver souvent à la prière avec le cœur dissipé, encombré de toutes sortes de choses, et nous passons notre temps à vouloir chasser tout çà. Ce n’est pas le bon chemin, ni la pédagogie de Thérèse. Ce que Thérèse nous enseigne, c’est donc d’entrer dans la prière avec ce que l’on est et ce que l’on porte, par un acte de foi filiale et confiant, puis de reconnaître notre petitesse et notre faiblesse ainsi que nos misères, afin de donner tout cela à Dieu, en nous entretenons avec Lui « en discours direct », et si nous n’avons rien à dire, alors écoutons-le, car Lui a quelque chose d’essentiel à nous dire, c’est qu’Il nous aime tels que nous sommes. Laissons-nous aimer par Lui, c’est l’alpha et l’oméga de toute attitude du priant…
Il serait inexact de s’en arrêter là en ce qui concerne la vie de prière de Thérèse et sa pédagogie, car on comprend peu à peu que c’est toute la vie de Thérèse qui devient progressivement prière c’est-à-dire attention et tension permanente à l’œuvre de Dieu en elle et dans les autres. Pour elle prier c’est rester dans la lumière de la présence de Dieu, bien au-delà des formules et des méthodes. C’est le vrai cœur à cœur.
A Céline qui lui demande si elle perdait quelquefois la présence de Dieu, Thérèse répond : « Oh ! non, je crois bien que je n’ai jamais été trois minutes sans penser au Bon Dieu… »« on pense naturellement à quelqu’un qu’on aime ».(Conseils et Souvenirs,p.77)
Thérèse aimait tellement le Bon Dieu que tous ses actes devenaient prière, et c’est même là que se vérifie la réalité de la prière. Habituellement Thérèse est dans la sécheresse à peu près absolue . on dirait qu’elle ne sentait rien. Mais c’est précisément à ce moment là que quelque chose d’essentiel se passe. Elle nous le confie dans le Manuscrit A,83v° : « Je comprends et je sais par expérience que le Royaume de Dieu est au-dedans de nous. Jésus n’a pas besoin de livres, ni de docteurs pour instruire les âmes…Jamais je ne l’ai entendu parler, mais je sens qu’Il est en moi, à chaque instant Il me guide et m’inspire ce que je dois dire et faire – je découvre juste au moment où j’en ai besoin des lumières que je n’avais pas encore vues, ce n’est pas le plus souvent dans mes oraisons qu’elles sont les plus abondantes, c’est plutôt au milieu de ma journée ».
On peut comprendre alors qu’il n’y a pas de rupture chez Thérèse entre la vie quotidienne et la prière.
L’oraison renvoie Thérèse à la vie, aux occupations de sa journée, et sa prière engage sa manière de vivre son travail, ses relations aux autres, ce qu’elle confirme lorsqu’elle dit qu’elle marche pour un missionnaire ou qu’elle ramasse une épingle pour un missionnaire . Son union à Dieu nourrit son union aux autres, sa communion à Dieu, dans la fidélité à l’écoute de sa Parole soutient sa communion à ses sœurs « plus je suis unie à Jésus, plus j’aime mes sœurs…oui je le sens, lorsque je suis charitable, c’est Jésus seul qui agit en moi ; plus je suis unie à Lui, plus aussi j’aime toutes mes sœurs. »

Chez Thérèse, une prière ouverte à Dieu et aux autres, par une mort à son moi égoïste…

Qu’il s’agisse de sa première communion, de son pèlerinage à Rome, de son attente d’entrer au Carmel, de son Acte d’Offrande, de sa nuit de la foi, Thérèse a toujours commencé sa prière à la manière du Christ dans le jardin de la nuit de son combat à Gethsémani « si c’est possible que ce calice s’éloigne de moi » et elle a toujours poursuivi sa prière à la manière du Chris aussi « non pas ma volonté, mais ta volonté ».
C’est donc une attitude pascale qui enveloppe Thérèse et la dynamise dans sa prière. La pédagogie spirituelle de Thérèse est totalement missionnaire  : en travaillant, en marchant pour un missionnaire, Thérèse ne pense pas à elle ; en priant, en offrant pour un missionnaire, Thérèse ne pense pas à elle. Sa prière l’associe au mystère pascal qui commence avec le jeudi saint, avec le tablier du serviteur, pour passer « par les ravins de la mort » selon le psaume afin de la conduire jusqu’au matin de la clarté de Pâques.
Peu à peu, alors qu’elle s’avance vers l’ultime rencontre avec Dieu par son Entrée dans la vie, Thérèse n’a plus besoin de rien, car rien ne la trouble, comme le dit sa Mère, Sainte Thérèse d’Avila ; Une nuit de 1897, où Thérèse très malade ne pouvait plus se reposer, sœur Geneviève vint la trouver, les mains jointes et les yeux levés au Ciel :’"que faites-vous ainsi, lui dit-elle, il faudrait essayer de dormir - Je ne puis pas, je souffre trop, alors je prie- Et que dites-vous à Jésus ?- Je ne lui dis rien, je l’aime »(Conseils et Souvenirs p,195-6)
C’est peut-être ici le premier et le dernier de toute prière « aimer Dieu ». Pour elle « l’amour est tout », « c’est l’amour seul qui compte ».

La fécondité de la prière

Thérèse comparait la prière à une Reine qui a accès à son Roi et qui peut tout obtenir de lui, car la prière est puissante sur le Cœur de Dieu. Par la prière Thérèse réalise ses grands désirs et s’unit à Jésus afin de sauver le monde, ce pour quoi elle est entrée au Carmel. Là, nous écoutons Thérèse dans son Manuscrit C 36v° :
« Donnez-moi un levier, un point d’appui, et je soulèverai le monde. » Ce qu’Archimède n’ a pu obtenir, parce que sa demande ne s’adressait point à Dieu et qu’elle n’était faite qu’au point de vue matériel, les Saints l’ont obtenu dans toute sa plénitude. Le Tout-Puissant leur a donné pour point d’appui : LUI-MÊME et LUI SEUL  ; pour levier : l’oraison, qui embrase d’un feu d’amour, et c’est ainsi qu’ils ont soulevé le monde ; c’est ainsi que les Saints encore militants le soulèvent et que, jusqu’à la fin du monde, les Saints à venir le soulèveront aussi. »

En ces jours où de très nombreux chrétiens vont prier Sainte Thérèse, patronne des missions et des missionnaires, nous unissons nos cœurs en rendant grâce à Dieu pour les Saints qu’Il met sur notre route. Et, avec Sainte Thérèse , nous osons dire "je ne vais faire qu’une seule chose, commencer à chanter ce que je dois redire éternellement, « les Miséricordes du Seigneur. »

Frère Henri, missionnaire de Sainte Thérèse

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

adresse Paroisse Segonzac
1 rue Jean d’Hermy
16130 Segonzac
+335 45 83 40 07
paroisse.segonzac chez orange.fr


Dans l'Eglise

Nouvelles du Vatican

Ecouter Radio RCF Charente

KTO

Eglise catholique en France

Agenda


Relais de la Paroisse


Equipe du deuil

Equipe EAP

Doyenné Ouest-Charente et ses 3 secteurs


-