Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 07/04/2019
« Celui d’entre-vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à jeter une pierre »

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Évangile selon St Jean (Jn 8, 1-11)
5ème dimanche de Carême


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Une société pour exister doit se donner des règles et les moyens de les appliquer. Le trouble social désigné ici est l’adultère. On trouve dans le livre biblique intitulé « Le Lévitique » l’énoncé des règles inspirées de la Loi de Moïse en matière de morale sexuelle. Il est du devoir des scribes et des pharisiens, seuls interprètes légitimes des textes, de veiller à l’application des lois. Dans la scène décrite ici, on les retrouve dans l’exercice de leur fonction, énonçant publiquement la faute : « cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère » ; la sentence prévue dans ce cas est également rappelée : « Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là ! »

En fait, ce n’est pas une femme que les scribes et les pharisiens amènent à Jésus ; c’est un dossier de justice. Il s’agit de juger un cas. De cette femme on ne sait rien, ni son nom, ni son âge, ni sa situation. On parle d’elle sans elle. Elle n’a pas droit à la parole. Il n’y a pas d’avocat pour défendre sa cause. Elle est réduite à n’être que la spectatrice de son propre jugement et les juges sont là qui font leur travail, au nom de la loi. Personne ne leur fait remarquer que, dans ce cas-là, une femme n’est jamais seule en cause. Il y a toujours un homme pas loin impliqué dans l’affaire et aussi coupable qu’elle. On peut légitimement s’étonner que la sanction ne se décline qu’au féminin ! Mais on comprend vite que le cas à juger n’est qu’un prétexte, qu’il n’est qu’une manœuvre pour piéger celui qu’on aimerait bien condamner, jésus lui-même. Voilà que le bon Droit va servir de piège contre Jésus le « Juste », car on cherche contre lui aussi un motif de condamnation. Malgré elle, cette femme est utilisée pour parvenir à mettre Jésus en état d’arrestation. Quel est donc le piège ici tendu ?

Pour bien comprendre, il faut se rappeler qu’à l’époque, seul l’occupant romain avait droit de vie et de mort sur quelqu’un en état d’arrestation. La Loi de Moïse n’en est pas pour autant abolie, et le Sanhédrin prononce toujours les jugements mais doit laisser au gouverneur romain l’exécution de la sentence. C’est à partir de ces données sociologiques qu’on peut percevoir la perversité du piège :

  • si Jésus se montre bienveillant envers cette femme, malgré la gravité de la faute, il se montre négligeant à l’encontre des prescriptions de la Loi de Moïse sur lequel pourtant il fait souvent reposer son propre enseignement.
  • Si Jésus s’associe à la condamnation réclamée par la Loi de Moïse en l’exécutant sur le champ, il entre en rébellion contre le pouvoir romain qui seul est habilité à exécuter les sentences de mort. Par ailleurs, son enseignement sur le pardon et la miséricorde est, du coup, contredit.

Jésus est piégé, il est dans l’impasse. Le Droit qui, normalement, protège les personnes peut devenir l’instrument même qui les confond et les condamne. « Et toi, qu’en dis-tu ? » La question persistante réclame impérativement une réponse immédiate, et pourtant Jésus se tait ; plus encore, accroupi, il dessine avec son doigt sur le sol, comme le font les enfants qui s’ennuient à l’école ou font semblant de ne pas écouter ! Trompeuse apparence ! Jésus soudain se redresse et lâche le mot juste qui assainit la situation, le mot qui le rend inattaquable, qui renvoie les accusateurs à leur propre conscience et libère du même coup l’accusée : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre ! »

Cette parole qui a fait mouche à l’époque a toujours son effet aujourd’hui dès que nous osons la redire à celui ou celle qui joue de sa langue de vipère pour régler des comptes personnels ou pour parvenir à ses fins en écartant tous ceux qui gênent. Cette parole de Jésus, en parfaite conformité avec la Loi de Moïse neutralise doublement les accusateurs qui ne peuvent exécuter leur sentence et qui les renvoie à un véritable examen de conscience sur leur propre vie sexuelle. L’effet est immédiat : les plus âgés partent les premiers dans un silence de mort ! Jésus est enfin le premier à parler à cette femme et à la regarder vraiment. C’est le face à face d’un homme qui n’est pas condamnable et d’une femme qui n’est pas condamnée. La Parole de Dieu nous interdit d’enfermer quelqu’un dans sa faute et de le réduire à ce qu’il a fait. La Parole de Dieu n’empêche pas l’exercice de la justice et l’application du Droit ; mais elle veille au bon usage du Droit pour que nos relations soient humaines.

En se baissant et se redressant par deux fois, Jésus mime avec son corps l’abaissement et le redressement, c’est-à-dire « la mort et la résurrection », la sienne d’abord et celle de tout être humain que cette femme ici représente.

Père François Raballand

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