Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 17/02/2019 « Maintenant »

Evangile selon St Luc (Luc 6, 17 20-26)
6ème dimanche du temps ordinaire


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« Maintenant »

Luc est l’évangéliste qui s’adresse aux communautés chrétiennes grecques. Son œuvre est marquée par sa perspective d’universalité : la Révélation est pour tous, pas seulement pour Israël. Aussi utilise-t-il souvent le chiffre 4 qui symbolise l’universalité : les quatre points cardinaux, « les quatre coins du monde »,
les 40 ans qui représentent la durée de vie d’un homme à l’époque, en même temps que la durée de la traversée du désert, 4000 qui est le chiffre de la foule…

Celui qui rédige cette page d’évangile est le même que celui qui compose le célèbre « livre des actes des apôtres » et qui nous dépeint l’Église idéale comme la communauté où personne ne se disait propriétaire de ce qu’il possédait mais où on mettait tout en commun, si bien que personne n’était dans la misère. On redistribuait une part de ce qui était mis en commun à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins. Luc parlait-il de l’Église idéale ou de l’idéal de l’Église ? Prenons garde de ne pas idéaliser l’église des premiers temps.
Cette page d’évangile, dite « des Béatitudes », lève le voile sur la réalité des communautés chrétiennes auxquelles St Luc s’adresse ici, en rappelant l’enseignement du Christ sur le mont des Béatitudes. Recevons bien cet évangile d’abord comme une interpellation de Luc aux communautés chrétiennes de l’époque, pour qui le partage, hier comme aujourd’hui, n’allait pas du tout de soi. Dans les communautés chrétiennes, il y avait des riches et des pauvres, ceux qui avaient faim et ceux qui étaient repus, ceux qui savaient compatir avec ceux qui souffrent, et ceux que la souffrance des autres laissaient totalement indifférents. Le souci de Luc, c’est que la communauté qui proclame l’évangile vive en réalité elle-même ce qu’elle proclame. C’est trop facile de dénoncer les malfaçons des autres, quand on ne vit pas soi-même ce qu’on dénonce. L’évangile, avec son appel et ses rappels constants à la cohérence, fait peur à tous ceux qui sont pris dans la spirale du « chacun pour soi ». Et ceux qui essaient tant bien que mal de vivre l’évangile, finissent par devenir gênants. On les repousse, on les rejette, on les insulte, on pointe du doigt leur moindre faille pour en conclure que, même sous la bannière du Christ, ils ne sont pas meilleurs que les autres. L’appel de l’évangile à la cohérence dans la vie personnelle, dans les relations sociales et dans l’exercice de la vie professionnelle est mis à mal à notre époque autant, sinon plus, qu’à l’époque des premiers chrétiens. S’essayer à cette cohérence, c’est décider de ne pas baisser les bras devant la complexité d’un monde qui fait plus de malheureux que d’heureux et où se creuse toujours plus l’écart entre les riches et les pauvres. Regardons nos communautés chrétiennes : on y trouve peu de grands professionnels de la finance. Ce n’est pas forcément qu’ils n’ont pas la foi…mais l’évangile peut les gêner « aux entournures ». On y trouve peu d’hommes politiques, ces serviteurs du bien commun…l’évangile demande d’aimer ses ennemis de l’opposition. On y trouve peu d’intellectuels, de personnels de la santé, de représentants des forces de l’ordre…c’est que l’évangile donne à penser autrement, à soigner plus en profondeur, à respecter l’autre à tout instant et pas seulement pendant les 35 heures…Terrible évangile qui n’est pas un « opium » pour le peuple comme le disait Karl Marx, mais le guide exigent du vrai bonheur, un bonheur sans illusion, un bonheur sans complaisance, un bonheur sans artifice.
Un mot accompagne chaque énoncé des quatre béatitudes et des quatre malédictions, c’est le mot « maintenant  ». On sait bien qu’il ne faut pas renvoyer à plus tard ce qu’on doit faire le jour même. C’est maintenant que nous vivons ; le bonheur est pour aujourd’hui et aujourd’hui engage demain. Il y a comme une urgence, comme une décision à prendre sans tarder, un changement radical à opérer. Ne soyons pas de ceux qui pensent que l’avenir peut attendre ou que « l’avenir est arrivé demain » (titre d’un livre). Cet évangile dit que l’avenir est dans nos choix de maintenant ; il dit aussi que ce qui se fait ici a son écho ailleurs. « Le Royaume de Dieu est à vous », il s’écrit toujours au présent.

Père François Raballand

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