Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 17 février 2019

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La faim ouvre à la rencontre et provoque le partage et la solidarité, tissant de nouveaux liens d’humanité entre ceux qui deviennent ainsi frères et sœurs.


Samedi 16 et dimanche 17février 2019
6ème dimanche TO C
Saint Jean-Baptiste – Ma Campagne

Étrange manière que celle de Jésus pour annoncer une bonne nouvelle. « Heureux vous les pauvres, heureux vous qui avez faim, heureux vous qui pleurez… et malheureux vous les riches, vous qui êtes repus, vous qui riez... » Ces interpellations ne sortent pas d’un texte tout fait et bien travaillé dans un bureau capitonné : elles sont des adresses que Jésus lance à une « grande multitude de gens » massée autour de lui. Elles sont des paroles qui viennent rejoindre immédiatement celles et ceux qui peuvent se sentir concernés, soit parce qu’ils sont pauvres, ont faim, pleurent, soit parce qu’ils sont riches, rassasiés et rient… En lançant ces paroles, Jésus s’expose au retour de tous ces gens qui peuvent à leur tour l’interpeller. Mais surtout, il provoque à une prise de conscience.
Cette prise de conscience, cette invitation à ouvrir les yeux sur nos réalités et la façon avec laquelle nous les vivons, nous rejoint immédiatement. Jésus touche le cœur de nos vies. Il vient questionner nos modes de fonctionnement individuels et collectifs. En reversant les évidences, et en nous ouvrant les yeux.
Ceux qui voyagent un peu dans des pays plus pauvres que le notre, ceux qui se rendent proches des personnes plus faibles et plus vulnérables, peut-être moins « gâtées » par les événements de la vie, rapportent souvent le même constat, à savoir que des gens très pauvres peuvent sembler très heureux, alors que des personnes riches sont tristes et fermées. Que des malades peuvent être plus avenant et rayonnant que des biens-portants. Que la richesse et le bonheur ne semblent pas d’abord être proportionnel au capital du compte en banque ou à la chance d’être épargné par les épreuves, mais liés à l’ouverture du cœur et à la capacité d’être en relation et en ouverture avec les autres. C’est peut-être l’une des choses qui a le plus frappé les jeunes qui étaient au Panama pour les JMJ : la capacité incroyable d’accueil par des familles parfois très pauvres, la simplicité, la chaleur et la grandeur de leur partage alors même qu’elles avaient « moins » que nous… mais cela était vrai aussi des familles plus riches que nous !
Il ne s’agirait donc pas d’entendre les paroles de Jésus comme exclusivement liées aux capacités financières des uns et des autres. Des pauvres peuvent être heureux comme malheureux, des riches financièrement parlant, peuvent être heureux ou malheureux. Ce bonheur et ce malheur ne dépendent pas de ce que nous avons ou de ce qui nous arrive, mais de la façon avec laquelle nous vivons.
Ou pour le dire avec les mots de la Parole de Dieu : notre bonheur dépend de notre confiance.
« Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur », prophétisait Jérémie, continuant ainsi : « Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit. » Saint Paul allait encore plus loin, nous rappelant qu’il ne encore suffit pas mettre notre foi dans le Seigneur, il faut aussi mettre notre foi dans ce qui est le plus inouï, le plus incroyable, le fait qu’il soit ressuscité d’entre les morts. « Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité d’entre les morts ! » Et cela ouvre notre cœur à la paix, à la douceur et à la confiance. Cela ouvre notre cœur à tous les autres, car nous n’avons rien à craindre de quiconque. Cela chasse de nos cœurs les peurs, les inquiétudes et les enfermements de toutes sortes que nous pouvons connaître. Le cœur du pauvre peut être fermé, et le malheur l’atteindre. Le cœur du riche peut être ouvert, et il peut être joyeux de partager avec tous ceux qu’il croise et qui sont dans le besoin. Le risque de celui qui est rassasié est de penser qu’il n’a besoin de personne pour vivre, et de s’enfermer sur lui-même jusqu’à avoir peur des autres. Mais la faim ouvre à la rencontre et provoque le partage et la solidarité, tissant de nouveaux liens d’humanité entre ceux qui deviennent ainsi frères et sœurs.
Aucun d’entre nous ne cherche le malheur. Tous, nous désirons d’un grand désir le bonheur en nos vies et pour ceux que nous connaissons. L’interpellation de Jésus vient faire l’effet d’un scanner sur nos façons de vivre, pour scruter les lieux – et chacun reconnaîtra les siens – où nous vivons des repliements sur nous-mêmes, et les lieux où la confiance mène nos cœurs à la paix et nos lèvres au sourire. La Parole de Jésus vient nous désinstaller là où nous sommes trop confortablement habitués. Les crises que nous connaissons, climatique, sociétale, dans l’Église aussi, à tous les niveaux, peuvent être de ce point de vue considérées comme une vraie chance pour revisiter nos organisations trop fermées sur elles-mêmes, trop égoïstes à certains égards, et les transformer en organisations plus attentives aux autres, aux petits, à la Création, à l’écoute de monde, à la simplicité.
Nous mesurons la richesse de nos pays par le PIB, le Produit Intérieur Brut. Et l’on nous fait croire que de lui dépend le bonheur de ses habitants. Le Bouthan, petit pays d’Asie, a mis en place depuis 2008 un nouvel indice, le BNB, Bonheur National Brut, prenant en compte : un développement économique et social, durable et équitable ; la préservation et la promotion des traditions culturelles bhoutanaises ; la sauvegarde de l’environnement ; et une bonne gouvernance. Et si nous revisitions toute notre vie et toutes nos organisations à la lumière de ces indicateurs ? Et si nous enracinions nos vies dans la confiance au Dieu de Jésus Christ, au Dieu de vie et de résurrection, au Dieu d’Amour qui veut nous entraîner dans l’assurance de sa Présence en nous et avec nous, pour que notre joie soit en lui et que notre joie soit parfaite ?
Amen.
P. Benoît Lecomte

En savoir plus

Lectures de la messe

Lecture du livre du prophète Jérémie

Ainsi parle le Seigneur :

Maudit soit l’homme
qui met sa foi dans un mortel,
qui s’appuie sur un être de chair,
tandis que son cœur se détourne du Seigneur.
Il sera comme un buisson sur une terre désolée,
il ne verra pas venir le bonheur.
Il aura pour demeure les lieux arides du désert,
une terre salée, inhabitable.

Béni soit l’homme
qui met sa foi dans le Seigneur,
dont le Seigneur est la confiance.
Il sera comme un arbre, planté près des eaux,
qui pousse, vers le courant, ses racines.
Il ne craint pas quand vient la chaleur :
son feuillage reste vert.
L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude :
il ne manque pas de porter du fruit.

Psaume
(Ps 1, 1-2, 3, 4.6)

Heureux est l’homme
qui n’entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs,
ne siège pas avec ceux qui ricanent,
mais se plaît dans la loi du Seigneur
et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre
planté près d’un ruisseau,
qui donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt ;
tout ce qu’il entreprend réussira.
Tel n’est pas le sort des méchants.

Mais ils sont comme la paille
balayée par le vent.
Le Seigneur connaît le chemin des justes,
mais le chemin des méchants se perdra.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ;
alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer
qu’il n’y a pas de résurrection des morts ?
Car si les morts ne ressuscitent pas,
le Christ non plus n’est pas ressuscité.
Et si le Christ n’est pas ressuscité,
votre foi est sans valeur,
vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ;
et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus.
Si nous avons mis notre espoir dans le Christ
pour cette vie seulement,
nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts,
lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
Jésus descendit de la montagne avec les Douze
et s’arrêta sur un terrain plat.
Il y avait là un grand nombre de ses disciples,
et une grande multitude de gens
venus de toute la Judée, de Jérusalem,
et du littoral de Tyr et de Sidon.

Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara :
« Heureux, vous les pauvres,
car le royaume de Dieu est à vous.
Heureux, vous qui avez faim maintenant,
car vous serez rassasiés.
Heureux, vous qui pleurez maintenant,
car vous rirez.
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent
et vous excluent,
quand ils insultent
et rejettent votre nom comme méprisable,
à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie,
car alors votre récompense est grande dans le ciel ;
c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais quel malheur pour vous, les riches,
car vous avez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant,
car vous aurez faim !
Quel malheur pour vous qui riez maintenant,
car vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous !
C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes. »

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2, bld Jean Moulin
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