Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 17 juin 2018

Célestin, Paul, Sarah et Antoine ont célébré ce dimanche leur profession de foi.


Célestin, Paul, Sarah, Antoine, il y a quelques années, vos parents ont demandé pour vous le baptême. Vous avez été plongés dans l’eau, vous avez été marqué de l’huile sainte, vous avez revêtu le vêtement blanc et la Lumière du Christ vous a été confiée. Une petite graine était semée. Cette petite graine a grandi, s’est déployée… elle n’est pas encore devenue un grand arbre dans lequel tous les oiseaux viennent faire leur nid car elle a encore besoin de grandir et de s’affermir, mais elle a déjà bien poussé, sereinement, secrètement, invisiblement. Cette graine, c’était celle de la foi. La foi en Jésus le Christ, la foi qui est confiance en Dieu, non pas assurance et évidence comme nous le disions hier soir au cours de la veillée de prière, mais confiance en Celui qui prend l’initiative de nous faire vivre et grandir et nous épanouir. L’arbre réalisé avec les enfants du caté il y a quelques jours illustre d’une belle manière cette croissance : le tronc représente le baptême, et par la prière, les sacrements, la vie de l’Église, toutes nos rencontres, tous nos engagements, tous les rendez-vous avec les autres et avec Dieu, notre foi grandit. Et ainsi grandit le Règne de Dieu.
Les paraboles que nous racontent les récits aujourd’hui nous racontent d’une si belle manière l’aventure de cette foi en nous parlant du Règne de Dieu ! Elles nous font ouvrir les yeux et sortir dehors. Non seulement parce que les paraboles sont champêtres et printanières, mais aussi parce qu’on aurait parfois tendance à opposer le Règne de Dieu et l’Église.
L’Église, que l’on peut comprendre une organisation ou un groupe humain, risque toujours, à quelque niveau que ce soit, de devenir un système fermé. Elle risque toujours de s’enfermer dans son langage, dans ses codes, dans ses rites, dans ses habitudes. Elle risque toujours, comme toute organisation, de se penser pour elle-même, d’être nourrie de ses propres peurs, de se comparer aux autres organisations, de se regarder elle-même. Nous courrons le risque de participer à ce cercle fermé sur lui-même quand nous séparons notre vie d’Eglise ou notre vie en Eglise ou la vie de l’Église d’avec le reste de ce qui fait notre vie.
Le Règne de Dieu échapperait alors à l’Église. Lui est grand air, arbres et oiseaux, graines et semences. Il grandit en dehors de tout calcul et de toute action humaine, « nul ne sait comment. » Comme la foi en nos cœurs. C’est Dieu qui est à l’initiative, comme nous le raconte le livre d’Ezéchiel, un Dieu qui n’a pas peur de choisir ce qui est le plus petit pour le faire devenir ce qui est le plus grand. Un Dieu qui n’a pas peur de renverser les logiques du monde, « renversant l’arbre élevé et relevant l’arbre renversé, faisant sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. » « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles », chantera Marie dans son Cantique. Le Règne de Dieu nous oblige à sortir de nos cercles d’Eglise plus ou moins confortables mais répondant à nos repères, pour ouvrir les yeux et regarder dehors, dans le monde. Dans nos familles, dans nos relations, dans nos cours d’écoles, dans tout ce qui nous entoure, dans notre société, dans les affaires les plus complexes, pour y repérer, y discerner, y voir l’action de Dieu s’effectuer en dehors de toutes nos stratégies humaines et ecclésiales.
Faut-il alors appuyer cette distinction entre Eglise et Règne de Dieu, jusqu’à opposer l’une et l’autre ? Ou bien retrouver le sens de l’Église pour ce qu’elle est réellement : à la foi le lieu de la réalisation et le lieu du témoignage du Règne de Dieu déjà là et en cours de réalisation.
L’Église est appelée à être d’abord ce lieu où le Règne de Dieu se donne à vivre ! En ce lieu de relations interpersonnelles des disciples qui se réclament du Christ, en ce lieu d’hommes et de femmes partageant la même foi, la même confiance, celle que vous faites votre aujourd’hui, Célestin, Sarah, Paul et Antoine, celle que nous partageons ensemble en Eglise, nous voilà invités à revisiter nos attitudes, nos pensées, nos regards les uns sur les autres. Invités à revivifier la communion de l’Esprit Saint qui nous unit comme des frères et des sœurs, à inventer de nouvelles solidarités. Invités à nous ouvrir toujours davantage les uns aux autres dans une communion qui dépasse nos cercles visibles : en paroisse, dans notre nouveau doyenné, en diocèse, avec tous les diocèses du monde… C’est à toutes ces échelles que le Christ nous invite à vivre déjà du Règne de Dieu. Pour que nous n’en fassions pas seulement une prédication, mais une mise en œuvre reçue du Christ et accueillie par nous-mêmes dans le quotidien de notre existence. Comment nous accueillons-nous les uns les autres, comment accueillons-nous telle initiative, telle nouvelle idée, telle nouvelle présence, telle question, telle demande, telle solidarité ? Le Règne de Dieu se joue déjà là, dans ces milliers de petites graines que nous pouvons enfouir et faire mourir avant qu’elle n’éclose pour ne pas bousculer nos repères et nos codes, ou faire grandir pour qu’elles deviennent de belles plantes vivifiantes et rafraîchissantes au soleil de Dieu et de l’humanité.
L’Église comme lieu de réalisation possible du Règne de Dieu, et l’Église comme prophétesse, indiquant, montrant, annonçant que ce Règne de Dieu est déjà vivant en dehors d’elle-même, dans les multiples activités humaines. Non pas en condamnant ou en jugeant, ce qu’elle a bien souvent su faire – et peut-être encore en bien des circonstances –, mais en encourageant, en désignant les beautés de ce monde et des hommes d’aujourd’hui, en indiquant les moissons à faire. En montrant que l’histoire n’est pas absurde, que la vie de l’Homme a un sens, que l’humanité est tant capable de beautés. En prêchant non pas elle-même, mais l’action de Dieu dans les cœurs des hommes et des femmes de ce temps.
« Nous cheminons dans la foi, dit Paul, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance ». Cette phrase, nous pouvons tous la reprendre ici. Et cette confiance est déjà signe et réalisation du Règne de Dieu en nous et autour de nous.
Que notre cœur, notre bouche, nos yeux, et nos oreilles soient capables, sous l’action de l’Esprit Saint, de vivre, repérer et annoncer les merveilles que Dieu fait aujourd’hui et chaque jour du temps. Et que grandisse, encore et encore, le Règne de Dieu jusqu’à devenir cet arbre immense où chaque homme pourra se reposer en paix, dans l’assurance de l’amour reçu et partagé.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Onzième dimanche du temps ordinaire

Livre d’Ézéchiel 17,22-24.
Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée.
Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront.
Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

Psaume 92(91),2-3.13-14.15-16.
Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 5,6-10.
Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ;
en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision.
Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur.
Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur.
Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 4,26-34.
En ce temps-là, Jésus disait aux foules : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence :
nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment.
D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.
Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »
Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?
Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences.
Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.
Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.

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