Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 23 mars 2019

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" L’amour a besoin de toi. L’amour a besoin de chacun de nous et de tous, nous liant tous dans une solidarité humaine indéfectible. "


Après le désert du premier dimanche de carême et la montagne dimanche dernier, nous revoilà partis au désert. Cette fois avec Moïse, berger de troupeau. Mais ce désert est habité. Un buisson brûle sans se consumer. Haut point de la révélation de Dieu, qui appelle : « Me voici », répond Moïse, qui doit retirer ses sandales pour continuer d’avancer, car « le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et on ne piétine pas une terre sainte. On ne l’écrase pas du pied. On ne lui marche pas dessus.
Car la terre sainte n’est pas seulement le lopin de terre qui entoure un buisson ardent. La terre sainte, c’est ton humanité, c’est toi, c’est ton frère. Et on ne piétine pas l’humanité. On n’écrase pas du pied son frère. On ne marche pas sur l’autre. « J’ai vu la misère de mon peuple, dit le Seigneur, j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Je connais ses souffrances. » Le Seigneur voit ce que l’humanité inflige à l’humanité. Il voit la maltraitance. Il voit les abus dénoncés de tous côtés – et ceux qui restent encore dans le silence. Il voit l’indignité de ceux qui prennent le pouvoir sur d’autres. Il voit et il entend les victimes, tant et tant de victimes de toutes sortes partout dans le monde. Et il appelle l’humanité, il nous appelle, il t’appelle : « convertis-toi ! » Si tu ne te convertis pas, si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous, vous vous mènerez vous-mêmes à la mort. Vous perdrez toute espérance, toute patience, toute lumière, tout avenir, et tout amour. Vous perdrez la vie.
En ce temps de carême, nous voulons « retrouver la Vie ». Pour retrouver la vie, nous dit le Seigneur, il faut le retrouver, Lui. Lui, le Dieu de nos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Lui qui est le JE SUIS d’hier, aujourd’hui et demain. Lui, le Seigneur de toute éternité qui « fait œuvre de justice, défend le droit des opprimés, guérit de toute maladie, pardonne toutes tes offenses » (Ps). Lui qui vient à nous pour nous libérer de nos esclavages et de nos prisons, pour nous rendre à la Vie.
Ce retour au Seigneur passe par l’écoute de sa Parole bien sûr, mais aussi par l’engagement de chacun à devenir acteur de la vie de l’Église et du monde. « Nous sommes pleinement convaincus que les vrais protagonistes pour les changements et transformations que requièrent l’humanité et l’Eglise sont entre vos mains, dans vos compétences et vos visions d’un monde meilleur », disait l’archevêque de Panama aux jeunes lors de la messe d’ouverture des JMJ. « Chers jeunes, vous n’êtes pas l’avenir mais l’heure de Dieu. Il vous convoque et vous appelle dans vos communautés et vos villes à aller à la recherche de vos grands-parents, de vos aînés ; à vous lever et, à prendre la parole avec eux et à réaliser le rêve que le Seigneur a rêvé pour vous.
Pas demain, mais maintenant, parce que là où se trouve votre trésor sera aussi votre cœur (cf.Mt 6, 21) », renchérissait le Pape lors de la messe de clôture. Et ce qui a été dit aux jeunes lors de ce rassemblement doit être entendu et reçu par tous, quelque soit notre âge ! Le Seigneur compte sur chacun de nous. L’amour compte sur chacun de nous, pour grandir, se déployer, se communiquer, être partagé. Retrouver la vie ne peut pas être une expérience personnelle vécue uniquement chez soi. C’est une aventure qui vient transformer les cœurs et les existences, et donc bousculer les habitudes du monde. L’amour ne peut pas dire, en voyant une personne : « non, je ne veux pas passer par cette personne, je n’ai pas besoin d’elle. » L’amour a besoin de toi. L’amour a besoin de chacun de nous et de tous, nous liant tous dans une solidarité humaine indéfectible. « Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la mer ; tous ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ » (1 Co), dit saint Paul en parlant du peuple juif, image de l’humanité avec qui Dieu veut faire Alliance. Et le Christ a vécu pour tous, est mort pour tous, est ressuscité pour tous. « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous », crie l’évangile. Tous, dans un lien qui traverse l’espace et le temps, tous, dans un lien qui lie l’Homme et toute la création. Retrouver la Vie passe par là, par la proximité avec le Seigneur (« Tend l’oreille, écoute de tout ton cœur »), et par l’engagement à vivre concrètement l’amour avec tous nos frères et sœurs (« Va ! Je t’envoie ! Tu feras sortir d’Egypte mon peuple ! »).
Et si ton cœur vient à désespérer, si le spectacle du monde, de l’homme ou de l’Église te lasse ou te décourage, pense à ce vigneron de la parabole de l’évangile : « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier… peut être donnera-t-il du fruit à l’avenir. » Le vigneron prend patience avec son arbre. Il continue de le soigner quand bien même les fruits ne sont pas au rendez-vous. Il continue d’espérer contre tout signe d’espérance. Il continue de croire en la Vie possible, quand bien même la mort semble l’avoir emporté. Expérience, encore, d’amour à accueillir pour soi et pour toute réalité. Retrouver la Vie ne se fait pas en un clin d’oeil, pas même en 40 jours de carême. Il y faut le temps, le temps d’apprendre à aimer et à être aimé, le temps d’apprendre à devenir vivant… le temps de découvrir que cette Pâques est en nous et que nous sommes déjà libres.
La terre que foulent tes pieds est une terre sainte. Elle est la terre de notre humanité follement aimée de Dieu. Continuons, en ce carême, à nous laisser convertir par le Christ, lui qui est, pour toujours, la Vie !
Amen.
P. Benoît Lecomte

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Livre de l’Exode 3,1-8a.10.13-15.

En ces jours-là, Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Moïse répondit à Dieu : « J’irai donc trouver les fils d’Israël, et je leur dirai : “Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.” Ils vont me demander quel est son nom ; que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : “Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : JE-SUIS”. » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : “Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est LE SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob”. C’est là mon nom pour toujours, c’est par lui que vous ferez mémoire de moi, d’âge en d’âge. »
Psaume 103(102),1-2.3-4.6-7.8.11.

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur fait œuvre de justice,
il défend le droit des opprimés.
Il révèle ses desseins à Moïse,
aux enfants d’Israël ses hauts faits.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 10,1-6.10-12.

Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer que, lors de la sortie d’Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée, et que tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ. Cependant, la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. Ces événements devaient nous servir d’exemple, pour nous empêcher de désirer ce qui est mal comme l’ont fait ces gens-là. Cessez de récriminer comme l’ont fait certains d’entre eux : ils ont été exterminés. Ce qui leur est arrivé devait servir d’exemple, et l’Écriture l’a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps. Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 13,1-9.

Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même.
Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. »
Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?” Mais le vigneron lui répondit : “Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.” »

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