Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 24 décembre 2018

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L’Enfant est là. Dans la crèche, en toi, en nous. Et nous sommes Lui… et en Lui, est la Vie !


Un enfant est né ! Joie de la naissance. Joie d’une naissance au milieu d’un monde marqué par tant de violences et de peurs, par tant d’incertitudes et de méfiances. Au milieu de ce monde, des artifices de la consommation, du bruit et des buzz, des fragilités et des brouhaha de toutes sortes, une naissance. Joie. Douceur du nouveau né. Espérance de celui qui a la vie devant soit – même si on ne sait encore quelle sera cette vie. Mystère d’un nouvel être qui, dans sa fragilité, rassure sur le devenir de l’humanité, comme à chaque naissance, comme à chaque arrivée d’un nouveau né, partout dans le monde. Symbole d’une vie qui se transmet, coûte que coûte, d’une vie déjouant les misères et les pauvretés des hommes, d’une vie qui fraye son chemin pour continuer de vivre, et d’aimer. Joie de la naissance, et avec elle, surcroît d’amour pour celui qui vient, comme dans les meilleurs des cas dans toute famille.
Naissance. Comme une « lumière au pays de l’ombre », prophétisait Isaïe. Comme « le Prince de la paix » au pays des tyrans. Comme « l’amour jaloux » chassant les « bottes qui frappaient le sol ». Comme une « bienheureuse espérance » purifiant nos obscurités (Tite).
Cette vie est là. Toute petite. Toute fragile. Elle tient dans un berceau – dans une mangeoire, dans quelques brins de paille. Petit homme, petit d’homme. Miracle d’une vie qui ne demande qu’à désormais se déployer, totalement. Tout est là, déjà, et tout est en puissance, tout est en devenir. Tout doit grandir, et le corps, et l’esprit, et la conscience, et la force, et la parole. Pour Jésus comme pour tout bébé d’homme. L’image qui peut nous venir en tête est celle de la plante. D’un bulbe. Regardez ce bulbe de fleur. Rien ne ressemble moins à une fleur que ce bulbe. Pourtant, toute la vie de la fleur est là, encore enfermée et pourtant déjà pressante. Ses couleurs, sa forme, ses odeurs, tout ne demande qu’à se déployer et se déployer encore pour atteindre sa pleine stature de fleur au milieu de toutes les autres fleurs du jardin.
Puissance de vie.
Noël serait cette naissance de Dieu au milieu des hommes, qu’elle en serait déjà une fête inouï, inimaginable. Comment Dieu, l’Eternel, le Tout-Puissant, le Tout-Autre, l’Infini pourrait ainsi prendre chair de notre chair et se donner à rencontrer en un homme avec ses finitudes et ses limites ? Comment Dieu ne retiendrait pas logiquement son rang divin et s’abaisserait ainsi à devenir l’un de nous simplement pour nous rencontrer et échanger avec nous ? Comment Dieu le Créateur se risquerait ainsi à devenir ce bébé fragile et dépendant des hommes, des bras de Marie et de l’attention de Joseph d’abord ? Si Noël n’était que cela, Noël serait déjà folie de Dieu pour nous, renversant les logiques de séparation de l’humain et du divin. Alors nous pourrions nous contenter de contempler l’Enfant dans la crèche et nous émerveiller, et ce serait déjà si beau ! Mais Noël ne serait encore qu’une fête extérieure à nous-mêmes, à tout ce tissage d’humanité depuis que l’homme est homme et jusqu’à la fin des temps. Nous ne serions encore que spectateur d’un événement nouveau et inattendu, mais spectateurs.
Or Noël est bien sûr cette naissance de l’enfant que nous avons apporté dans la crèche. Mais Dieu prenant chair humaine, il nous est révélé que toute humanité, tout homme est né de Dieu. C’est la révélation qu’en l’Homme, Dieu fait sa demeure. Toi, nous, humanité, nous devenons le berceau de Dieu. Plus encore que le berceau, notre humanité est élevée à la dignité divine. « Puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité », dit la liturgie au moment où nous présentons nos offrandes et nos vies sur l’autel. Ce que nous dit Noël, c’est que notre vie d’Homme naît à la vie divine. Nous ne sommes pas de simples bouts d’hommes dispersés et errants au gré des événements de la vie, tentant d’échapper au pire de la façon la moins mauvaise, non, nous sommes de Dieu, nés de Dieu. Nous sommes d’Amour, nés d’amour. Nous sommes de vie, nés de la Vie. Et ce que nous sommes, nous le sommes grâce à la vie vulnérable qui nous traverse. Une vie vulnérable – comme cet enfant de la crèche – mais une vie d’une telle puissance ! Puissance divine.
Voilà le véritable inouï de Noël. Dieu vient camper parmi nous, et nous découvrons alors qu’en nous, il y a déjà cette Présence réelle, en laquelle il nous faut camper. En « nous », et pas seulement en toi ou en moi, car Dieu vient nous rencontrer et nous sauver « en peuple », en humanité, au creux de toutes nos relations et nos solidarités – et nous avons vu ces dernières semaines combien ces solidarités avaient pu être oubliées et étaient pourtant si importantes pour nous tous -, au creux aussi de tous nos manques de regards, d’écoute et d’accueil… Dieu vient là pour que nous devenions Un avec Lui.
Mais, direz-vous, comment voir Dieu en l’Homme d’aujourd’hui ? Comment voir en l’Homme l’amour et la vie, quand on voit les détresses humaines, les exclusions et les rejets, les haines grandir ? Que faisons-nous de cette Vie en nous ? Que faisons-nous de notre propre Vie ? Si ces questions t’inquiètent, rappelle-toi le bulbe. On ne voit encore rien, on peut à peine deviner ce qui vient, mais tout est là, toute la vie est en lui, et elle presse d’éclore et de grandir jusqu’à sa maturité et sa pleine beauté. Si ces questions t’inquiètent, regarde l’Enfant de la crèche. Tout est là, vulnérable et pourtant, en Lui, la vie est déjà plus forte que la mort, plus forte que tout. Si Dieu prend notre vie, c’est pour que nous puissions prendre la sienne et grandir jusqu’à maturité, jusqu’à la pleine beauté de notre humanité.
L’Enfant est là. Dans la crèche, en toi, en nous. Et nous sommes Lui… et en Lui, est la Vie !
Amen.
P. Benoît Lecomte

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