Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du 3 février 2019

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"Nos présentations et nos regards sur nous-mêmes et sur les autres sont à des années-lumières de la profondeur, de la complexité et de la beauté dont nous sommes porteurs."


On pourrait faire un petit exercice : celui de nous présenter les uns les autres. On verrait vite qu’il y a mille façons de parler de soi aux autres. Certains diront leur prénom et leur nom, d’autres diront aussi leur âge. Et selon les situations et les personnes, on pourra évoquer le lieu d’habitation, son travail, ses activités, ses engagements, le nombre d’enfants ou de petites enfants. La semaine dernière, aux JMJ à Panama, les présentations commençaient toujours par : « Comment t’appelles-tu et de quel pays viens-tu ? » Pour certains, dans certaines circonstances, on se présentera à partir de ses diplômes, de ses expériences professionnelles, pourquoi pas de ses ressources financières, de son capital – alors que pour d’autres, cela n’aura aucune importance. Lorsqu’on présente un bébé à sa naissance, on dit souvent son poids et sa taille : il fait 51 cm et 3k250… détails qui prennent moins d’importance par la suite ! En tout cas je ne me suis jamais présenté en disant : « Bonjour, Benoît, 1m74, 73 kg. » Dans la Bible, rien que le prénom est déjà une présentation de tout un programme de vie, quand Abram devient Abraham, Simon devient Pierre, Saul devient Paul.
Et de même pour parler des autres. On utilisera facilement des catégories : le sportif, le grand, le gros, le blagueur, celui qui est de droite, ou de gauche, le catho, le jeune, le vieux, le blond, l’étranger, le pauvre, le riche, le baratineur, le scientifique, et mille autres qualificatifs.
Bref, pour parler de nous comme pour parler des autres, on ne prend en compte qu’un infime partie de ce qui nous est propre. Car quoi que l’on dise, on est toujours loin, bien loin du Mystère que nous sommes les uns pour les autres, et déjà à nous-mêmes. Nos présentations et nos regards sur nous-mêmes et sur les autres sont à des années-lumières de la profondeur, de la complexité et de la beauté dont nous sommes porteurs. L’homme est un mystère à lui-même, insaisissable. Et rien, aucun mot, aucune image, aucune expression, aucune équation ne peut le réduire. Il dépassera toujours ce qu’on dira de lui, ce qu’on verra de lui, ce qu’on peut dire de soi-même.
C’est sûrement ce qui arrive aux habitants de Nazareth. Ils croient connaître Jésus – et ils le connaissent : il est le fils du charpentier, celui qui a grandit au village, qui a joué avec les gamins du pays, celui à propos duquel on est capable de raconter telle ou telle anecdote. Mais leurs yeux sont incapables de rencontrer Jésus dans son Mystère, dans sa personne, dans sa profondeur. Comment leur regard pourrait-il voir, en cet homme qu’ils pensent si bien connaître, Celui qui est le Messie, le Fils de Dieu, la Vérité, le Chemin et la Vie ? Seuls des regards étrangers, non façonnés, non habitués seront capables de le reconnaître.
Peut-être ressemblons-nous à ces habitants de Nazareth, quand nous regardons Jésus, quand nous parlons à Dieu, quand nous parlons de Dieu. Nos mots sont si petits, si fragiles, si ridicules pour dire qui est Dieu ! Comment le réduire à quelques images et expressions trop humaines ? Comment le contraindre dans quelques imaginaires qui nous arrangent bien ? Nos prières et nos expressions ne sont-elles pas empruntes d’idées inconscientes qui font de Dieu un grand sorcier, un magicien tout-puissant, un épicier, un espèce de « fait-tout » sur lequel on se décharge de nos responsabilités ?
Seuls un regard étranger, un cœur neuf, une oreille attentive, peuvent découvrir qui est vraiment Dieu : « l’au-delà de tout, celui que nul ne peut saisir. » Celui qui, précisément, dans l’évangile, n’est pas saisi par les gens de la ville parce que rien ni personne ne peuvent aller contre sa liberté : « Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. »
En revanche, Dieu, lui, nous connaît mieux que nous-mêmes. Il me connaît, il te connaît. « Toi, mon soutien dès avant ma naissance, tu m’a choisi dès le ventre de ma mère », chantait le psaume. « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré », proclamait la parole du Seigneur au prophète Jérémie. Et ce qui est vrai pour Jérémie l’est pour chacun de nous. Il est Celui qui habite nos cœurs, non pas comme un voleur, un squatteur ou un voyeur, mais comme un ami, un confident, un amant… comme l’Amour même. Comme cet Amour dont parle Saint Paul avec tant d’élan et de grandeur. Cet Amour qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, cet amour qui ne passe pas parce qu’il est plus fort et plus doux que tout. Cet amour sans lequel tout disparaît, plus rien n’existe, et nous non plus.
Lui nous connaît, non pas avec quelques étiquettes et par quelques réductions, mais avec le cœur et dans l’Amour. Il nous connaît et il nous aime, infiniment. Par cet amour, il nous fait grandir et en nous, « aujourd’hui s’accomplit la Parole », faisant de nous tous des diffuseurs d’amour qui, à leur tour, ne se laissant pas aller aux réductions et aux raccourcis trop faciles, se mettent à vivre en communion avec leurs frères et sœurs en humanité, en étant à l’écoute de la profondeur de l’Homme et de la grandeur de son Mystère.
« Notre connaissance est partielle, disait le magnifique poème de Saint Paul. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. Nous voyons actuellement de manière confuse, ce jour-là nous verrons face à face, nous connaîtrons parfaitement comme nous avons été connu. Et de la charité, et l’amour demeurera pour toujours. » Que ce jour advienne déjà aujourd’hui dans nos cœurs et nos vies, pour que se réalisent la Parole et l’advenue de chacun à la plénitude de son existence dans la communion de toutes nos différences.
Amen.
P. Benoît Lecomte

En savoir plus

Lectures de la messe
Lecture du livre du prophète Jérémie

Au temps de Josias,
la parole du Seigneur me fut adressée :
« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère,
je te connaissais ;
avant que tu viennes au jour,
je t’ai consacré ;
je fais de toi un prophète pour les nations.
Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi,
tu diras contre eux tout ce que je t’ordonnerai.
Ne tremble pas devant eux,
sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux.
Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée,
une colonne de fer, un rempart de bronze,
pour faire face à tout le pays,
aux rois de Juda et à ses princes,
à ses prêtres et à tout le peuple du pays.
Ils te combattront,
mais ils ne pourront rien contre toi,
car je suis avec toi pour te délivrer
– oracle du Seigneur. »

Psaume

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge :
garde-moi d’être humilié pour toujours.
Dans ta justice, défends-moi, libère-moi,
tends l’oreille vers moi, et sauve-moi.

Sois le rocher qui m’accueille,
toujours accessible ;
tu as résolu de me sauver :
ma forteresse et mon roc, c’est toi !

Seigneur mon Dieu, tu es mon espérance,
mon appui dès ma jeunesse.
Toi, mon soutien dès avant ma naissance,
tu m’as choisi dès le ventre de ma mère.

Ma bouche annonce tout le jour
tes actes de justice et de salut.
Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse,
jusqu’à présent, j’ai proclamé tes merveilles.

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
recherchez avec ardeur les dons les plus grands.
Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.

J’aurais beau parler toutes les langues
des hommes et des anges,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour,
je ne suis qu’un cuivre qui résonne,
une cymbale retentissante.
J’aurais beau être prophète,
avoir toute la science des mystères
et toute la connaissance de Dieu,
j’aurais beau avoir toute la foi
jusqu’à transporter les montagnes,
s’il me manque l’amour,
je ne suis rien.
J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés,
j’aurais beau me faire brûler vif,
s’il me manque l’amour,
cela ne me sert à rien.

L’amour prend patience ;
l’amour rend service ;
l’amour ne jalouse pas ;
il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
il ne fait rien d’inconvenant ;
il ne cherche pas son intérêt ;
il ne s’emporte pas ;
il n’entretient pas de rancune ;
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste,
mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
il supporte tout, il fait confiance en tout,
il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais.

Les prophéties seront dépassées,
le don des langues cessera,
la connaissance actuelle sera dépassée.
En effet, notre connaissance est partielle,
nos prophéties sont partielles.
Quand viendra l’achèvement,
ce qui est partiel sera dépassé.
Quand j’étais petit enfant,
je parlais comme un enfant,
je pensais comme un enfant,
je raisonnais comme un enfant.
Maintenant que je suis un homme,
j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.

Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ;
ce jour-là, nous verrons face à face.
Actuellement, ma connaissance est partielle ;
ce jour-là, je connaîtrai parfaitement,
comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui,
c’est la foi, l’espérance et la charité ;
mais la plus grande des trois,
c’est la charité.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
dans la synagogue de Nazareth,
après la lecture du livre d’Isaïe,
Jésus déclara :
« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture
que vous venez d’entendre »
Tous lui rendaient témoignage
et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.
Ils se disaient :
« N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit :
« Sûrement vous allez me citer le dicton :
‘Médecin, guéris-toi toi-même’,
et me dire :
‘Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm :
fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !’ »
Puis il ajouta :
« Amen, je vous le dis :
aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays..
En vérité, je vous le dis :
Au temps du prophète Élie,
lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie,
et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre,
il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles,
mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon,
chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée,
il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
et aucun d’eux n’a été purifié,
mais bien Naaman le Syrien. »

À ces mots, dans la synagogue,
tous devinrent furieux.
Ils se levèrent,
poussèrent Jésus hors de la ville,
et le menèrent jusqu’à un escarpement
de la colline où leur ville est construite,
pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux,
allait son chemin.

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