Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Homélie du jeudi saint - 18 avril 2019

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Le Maître se fait serviteur


Jésus fait ce qu’il demande de faire. Il ne donne pas seulement des ordres, des conseils ou des bonnes paroles, il fait. Plus encore, il incarne ce qu’il dit. Il donne sa vie, jusqu’au bout. Il est serviteur, jusqu’au bout. Jusqu’à prendre la place du dernier, du rejeté, de l’esclave. De celui qui lave les pieds. Lorsqu’il nous demande de refaire ce geste, dans le lavement des pieds et dans le service des hommes jusqu’au bout, sa parole a autorité parce que nous reconnaissons qu’il fait ce qu’il nous a dit de faire.
Recevoir ce geste de Jésus est une invitation qui nous est faite. Pierre refuse, mais Jésus insiste : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi ». Tu n’auras pas en toi la vie que je veux te donner, la vie du Père. Si tu veux retrouver la vie, oublie ton orgueil, ta fierté, ta posture, tes raideurs. Accepte d’être aimé dans tes faiblesses, dans tes failles, dans tes fragilités, dans ta crasse, dans ton péché. Accepte de te montrer nu, tel que tu es, sans apparat. Si tu veux retrouver la vie, accepte d’être aimé. Regarde comment moi, dit Jésus, Maître et Seigneur, je ne me place pas au-dessus mais au dessous de toi. Si moi je ne reste pas dans des images de hauteurs divines, pourquoi toi resterais-tu dans des images de hauteurs hautaines ? Recevoir le geste de Jésus n’est peut-être pas si simple pour nous. Pour chacun de nous. Accepter d’être aimés jusque là, jusqu’au bout, jusque là où ne nous aimons pas nous-mêmes. Et se laisser prendre, saisir, laver par l’amour du Christ pour nous.
Le Maître se fait serviteur.
Chemin à suivre, chemin à prendre, personnellement, parce que nous avons été plongés dans le baptême du Christ et que nous ne sommes pas au-dessus de lui. Parce que vivants de la vie de Dieu nous sommes invités à participer par toute notre existence à cette dynamique de service.
Chemin à prendre en Eglise. L’Église, « Mater et Magistra », Mère et Maîtresse. Ensemble, en Eglise, en communauté paroissiale, en diocèse, en Eglise universelle, retrouver ce chemin de service d’humanité pour retrouver la Vie. Retrouver ce chemin du service de l’homme qui fera grandir et l’Homme, et l’Église. N’est-ce pas là que l’Église s’est fourvoyée ? Quand, se sachant « Maîtresse », elle a oubliée qu’elle était d’abord servante ? Combien nous faudra-t-il de temps et de conversions pour abandonner nos hauteurs, nos apparences et nos positions dominantes, et nous mettre à genoux et servir, servir, et encore servir à l’image de Celui qui est Serviteur ? Combien de temps et de conversions nous faudra-t-il pour qu’au sein même de notre Eglise et de nos organisations, nous sachions quitter nos postures hiérarchiques pour nous reconnaître tous frères et sœurs, riches d’une diversité de dons à mettre au service les uns des autres ?
Le lavement des pieds n’est pas un gadget au milieu de la célébration du jeudi saint. Il est l’appel de Jésus à trouver notre juste place, de justes relations, et à, dans ce service, retrouver la Vraie Vie.
Mais ce geste du lavement des pieds trouve sa place en ce dernier repas, en cette Cène, prémisse de nos eucharisties. Retrouver la vie aussi là, en l’eucharistie. Eucharistie comprise non comme exercice de piété personnel ou communautaire, non comme pièce de musée à sauvegarder dans la poussière liturgique, non comme sommet indépassable à mettre à toutes les sauces, mais comme service d’humanité. Eucharistie comme don de Dieu pour le service du monde, comme don de Dieu au service des hommes. L’eucharistie pour se mettre, tel le Maître, à genoux devant l’humanité. Et la servir, et l’aimer, et la prendre, à notre tour, comme maîtresse. En l’Eucharistie, laver les pieds de notre humanité et écouter en elle battre le cœur du Christ. La servir et reconnaître en elle la présence de Dieu au milieu de nous. L’eucharistie ne nous fait pas posséder le Corps du Christ. Nous ne le possédons pas, il n’est pas à nous, il n’est pas enfermé là, dans un bout de pain. En l’eucharistie, Dieu s’offre pour le monde. Pour les hommes. Pour les pauvres. Pour ceux qui ont besoin de présence et de chaleur, de la présence d’un corps, et d’un corps aimant et tendre. Dans l’Evangile, ils sont Douze autour de la table avec Jésus. Douze, comme l’universel. Douze comme la totalité des hommes de tous les lieux et de tous les temps. Douze comme l’ensemble de toutes les cultures, de toutes les histoires, de toutes les pensées, de toutes les religions, même ! Dieu s’offre à tous et ne s’enferme nul part. Et le voilà reconnaissable partout, en chacun, dans tous ces « autres » que nous prenons alors pour maîtres.
Célébrer l’eucharistie, comme nous le faisons ce soir et chaque dimanche, n’est pas un privilège donné à quelques croyants qui seraient meilleurs que les autres – nous ne le savons que trop. C’est un cadeau qui nous est offert à nous, hommes et femmes partageant le quotidien de tous les hommes et toutes les femmes, pour que par nous le Don de Dieu atteigne tous les hommes. Et que nous sachions reconnaître, en eux tous, la présence de Jésus qui vient à nous, et sa Parole qui se dit dans les joies et les espoirs comme dans les détresses et les pauvretés. Là, peut-être, est un lieu où retrouver la Vie. Là, sûrement, est la véritable et belle vocation de l’Église.
Ce jeudi saint est la fête des prêtres. Que les ministres ordonnés ne confisquent pas trop vite cette fête pour eux-mêmes : tous les baptisés sont prêtres, et à ce titre, aussi, serviteurs, dans l’unique Sacerdoce et Service du Christ. Frères et sœurs, que notre joie soit grande d’être ainsi aimés de Dieu et de pouvoir servir l’humanité en le célébrant, Lui, notre Maître et Seigneur.
Amen.
P. Benoît Lecomte

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