Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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          Homélie pour la fête du Saint Sacrement : samedi 13 juin2020

Homélie pour la fête du Saint Sacrement : samedi 13 juin2020

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Nous ne communions pas pour nous, « pour avoir Jésus en nous », pour nous rassurer... Dieu comme un paratonnerre. Mais nous communions pour l’homme de la rue qui ne se sent pas concerné par ce que nous vivons. Pour faire Corps avec lui, en fraternité nouvelle et créatrice.


« Souviens-toi de la longue marche que tu as faite dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur. Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim. » Ces paroles du Deutéronome peuvent nous évoquer la situation de laquelle nous sortons progressivement et l’absence de rassemblement eucharistique auquel nous avons été contraint. Encore qu’il ne faut pas penser qu’il s’agisse, pour nous, d’une épreuve qui aurait été envoyée par Dieu même si elle a pu être ressentie, vécue ou faussement interprétée comme cela par certains. Pendant plus de deux mois, nous avons été privés de la communion, nous avons éprouvé la faim.
J’espère que nous pourrons prendre le temps, peut-être au cours de l’été, de partager ensemble sur cette expérience inattendue et sur ce que nous avons vécu profondément avec ce confinement et l’absence d’eucharistie, ainsi que ce que cette expérience nous révèle de notre rapport et de notre compréhension de l’eucharistie. Et de nous dire ce qui nous a manqué le plus.
Est-ce la manducation de l’hostie consacrée ? Au risque d’en faire une pitié personnelle entre « mon Jésus et moi ». Au risque aussi de chosifier l’eucharistie et de réduire la Présence Réelle à l’hostie. J’aime ces mots durs mais importants du théologien Maurice Zundel à ce sujet : « Ne peut-on pas penser, parfois, que, dans nos liturgies elles-mêmes, il s’agit de rendre hommage à un souverain, de processionner autour de son autel, de lui ériger un sanctuaire et, ceci accompli, on en est quitte avec Dieu ? […] Peut-on dès lors imaginer un seul instant que Notre Seigneur nous ait donné l’Eucharistie pour que nous refabriquions avec ce sacrement un culte idolâtrique, pour que nous puissions le posséder là, à portée de main, en l’enfermant dans une boite pour qu’il soit bien à nous ? […] Il est certain que les catholiques peuvent être enclins à la magie. Il est certain que notre conception du sacrement est souvent, pour une certaine part, une conception magique : le surnaturel, c’est pour nous quelque chose qu’on met sur la table et que l’on peut prendre à certains moments, et qui opère par sa propre vertu . »
Ce qui nous a manqué peut être aussi le rassemblement, le lien avec les autres, les retrouvailles du Peuple constitué en assemblée. Au risque alors, à l’inverse, de diminuer la force de ce pain partagé devenu Corps du Christ, de cette « chair à manger » comme dit Jésus dans l’Evangile. Et de n’en faire plus qu’une représentation, un symbole ou un prétexte. A en oublier qu’il s’agit là d’une « vraie nourriture », indispensable à la vie de l’Église parce que constitutive de la vie de l’Église, le Corps que nous mangeons nous constituant en Corps que nous devenons. « La multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons part à un seul pain », rappelle saint Paul.
Juin est le mois classique pour vivre les « premières communions ». Cette année, nous n’en vivrons pas avec les enfants, et pour cause. Alors je vous propose de vivre ensemble notre première communion. C’est-à-dire de faire comme si c’était la première fois que nous participions à l’eucharistie, comme si tout était nouveau, car cela l’est en réalité à chaque fois : totalement nouveau, tellement inouï.
Dieu se donne à nous, et il le fait en Jésus.
Il se donne à nous dans sa Parole, cette Parole proclamée, accueillie, Parole nourrissante, Présence réelle et donnée. « Louange à Toi, Seigneur Jésus », avons nous chanté à l’instant, le reconnaissant Lui, Jésus, Verbe vivant de Dieu, au milieu de nous, s’adressant à nous, c’est-à-dire se donnant Lui-même à nous en tant que Verbe. As-tu, avons-nous accueilli cette Parole pour ce qu’elle est réellement ? Non pas comme un préliminaire à l’acte de communion que nous vivrons tout à l’heure, mais comme déjà l’Eucharistie, l’Action de grâce pour la Présence agissante de Dieu en notre monde, Parole de réconfort et de réconciliation, Parole de paix et de communion, Parole révélant toute sa beauté à l’Homme défiguré par le non-amour et désormais pardonné, à nouveau transfiguré ?
Il se donne à nous dans sa chair et son sang, dans ce pain et ce vin partagés, nourriture tout à la fois physique et spirituelle, Dieu faisant sa demeure en chacun de nous (« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui »), se laissant assimiler par nous pour que nous vivions de Lui. Comme le disait Zundel, ne faisons pas de l’eucharistie une idolâtrie. Que l’acte de communion que nous sommes invités à partager soit ouverture du cœur, dilatation de notre existence, pèlerinage dans le Mystère qui nous dépasse, élargissement de notre conscience à toute la Création appelée à vivre en communion avec Dieu, entrant dans l’histoire de laquelle personne n’est absent, ni les morts ni les vivants, ni les anciens ni les modernes ni les futurs, dans un acte universel, infiniment humain, en communion avec toute l’humanité. Nous ne communion pas pour nous, « pour avoir Jésus en nous », pour nous rassurer... Dieu comme un paratonnerre. Mais nous communion pour l’homme de la rue qui ne se sent pas concerné par ce que nous vivons. Pour faire Corps avec lui, en fraternité nouvelle et créatrice.
Car Dieu se donne là aussi, en ce Corps d’humanité constitué, composé de notre assemblée, prêtres, diacre et laïcs, toute entière sacerdotale, prophétique et diaconale, et des présents et des absents. Eglise qui ne s’appartient pas à elle-même mais se reçoit de Dieu et est envoyée aux hommes. Présence réelle donnée, livrée pour notre monde. « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Là est le Mystère ultime de l’eucharistie, sa finalité, son but : l’Homme et le monde, cet Homme que Dieu aime et qu’il veut rejoindre par tous les moyens, ce monde porteur de tant d’espérances appelé à révéler toute sa beauté. « Pour que le monde ait la vie. » C’est le cris de joie que nous pouvons avoir lorsque, ce petit bout de pain blotti dans le creux de la main, et le portant à notre bouche, nous proclamons : « Amen ! »

P. Benoît Lecomte

Livre du Deutéronome 8,2-3.14b-16a.

Moïse disait au peuple d’Israël : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ; le Seigneur ton Dieu te l’a imposée pour te faire passer par la pauvreté ; il voulait t’éprouver et savoir ce que tu as dans le cœur : allais-tu garder ses commandements, oui ou non ? Il t’a fait passer par la pauvreté, il t’a fait sentir la faim, et il t’a donné à manger la manne – cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue – pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la maison d’esclavage. C’est lui qui t’a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant, pays des serpents brûlants et des scorpions, pays de la sécheresse et de la soif. C’est lui qui, pour toi, a fait jaillir l’eau de la roche la plus dure. C’est lui qui, dans le désert, t’a donné la manne – cette nourriture inconnue de tes pères. »

Psaume 147,12-13.14-15.19-20.

Glorifie le Seigneur, Jérusalem !
Célèbre ton Dieu, ô Sion !
Il a consolidé les barres de tes portes,
dans tes murs il a béni tes enfants.

Il fait régner la paix à tes frontières,
et d’un pain de froment te rassasie.
Il envoie sa parole sur la terre :
rapide, son verbe la parcourt.

Il révèle sa parole à Jacob,
ses volontés et ses lois à Israël.
Pas un peuple qu’il ait ainsi traité ;
nul autre n’a connu ses volontés.

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 10,16-17.

Frères, la coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 6,51-58.

En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » Les Juifs se querellaient entre eux : « Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi. Tel est le pain qui est descendu du ciel : il n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

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