Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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      La druidesse aux souliers d’argent

La druidesse aux souliers d’argent

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Quand le soleil se lève et couvre de ses rayons la Charente encore endormie, la brume se met à danser sur l’eau pour célébrer le début de la journée.
Le fleuve prend ses aises dans un grand méandre à Angoulême, entre la passerelle de Bourgine et le musée du papier. Quand je passe sur le boulevard Besson Bey où je découvre régulièrement ce spectacle magnifique, je sais, moi le Charentais, qu’il ne s’agit ni de brume ni de soleil mais bien de la druidesse aux souliers d’argent.
Qui s’en souvient ? Car « O ya bin longtemps, vraiment bin longtemps, o lée du temps des fées et des druides ».
Nayéana, la druidesse aux souliers d’argent, coupait du gui avec sa faucille d’or. Tous les soirs, elle traversait le fleuve sur son bateau, un joli bateau creusé dans un gros chêne avec une tête de mort à chaque extrémité. Elle accostait en face du souterrain creusé au pied de la ville et allait retrouver son vieux père, le druide Jérucha. Il était toujours assis devant une table de marbre sur laquelle trônait un veau d’or.
Il passait sa journée à le garder sans bouger et cela faisait si longtemps qu’il n’avait pas changé de position que sa barbe tombait sous la table, jusqu’à ses pieds.
Pour rentrer dans la grande salle du souterrain et venir adorer le veau d’or, il fallait passer devant deux dragons qui en gardaient la porte et crachaient du feu en alternance. Ils ne laissaient passer personne d’autre que la druidesse et les jeunes gens qui venaient faire leur apprentissage pour devenir druide.
L’un d’entre eux s’appelait Justinien. Il était beau comme un Cupidon et regardait la druidesse avec des yeux pleins d’amour. Il faut dire qu’elle était jolie fille la druidesse. Mais, selon la volonté de Jérucha, elle avait dû se marier avec le veau d’or, comme on se marie avec le bon Dieu.
Pourtant Nayéana ne résista pas aux assauts du beau Justinien car il n’arrêtait pas de lui chuchoter des mots d’amour. Un soir, elle alla le rejoindre dans un coin sombre du souterrain et passa la nuit dans ses bras. Elle savait bien qu’elle serait punie si on l’apprenait mais l’élan de son cœur était plus fort que la peur.
Ils goûtèrent aux délices de l’amour et se donnèrent de multiples rendez-vous, profitant des nombreuses galeries du souterrain pour semer les indiscrets.
Une nuit le vieux Jérucha se réveilla et appela sa fille qui ne répondit pas. Il constata qu’elle n’était pas couchée près du veau d’or comme d’habitude. Le lendemain il lui demanda où elle pouvait bien être cette nuit. Nayéana, après quelques résistances, dut lui avouer sa faute. Le vieil homme aurait bien voulu pardonner à sa fille mais il se devait de respecter la règle des druides. Il réunit donc le conseil des druides du fleuve Charente qui décida que la jeune femme serait enfermée pour toujours, avec son amant, dans l’une des galeries sans issue du souterrain. On entendit longtemps leurs cris derrière le mur que les maçons avaient construit. Au bout de quelques semaines les bruits faiblirent et on oublia les amoureux.
Pourtant il se dit que les jeunes gens avaient fini par creuser avec leurs ongles une petite ouverture dans la galerie rejoignant l’un des boyaux du souterrain et qu’ils en sortent chaque nuit pour se nourrir.
Et certains affirment même que ce n’est pas de la brume légère que l’on voit tôt le matin s’élever doucement au-dessus de la Charente. C’est bien Nayéana qui, après une nuit gorgée d’amour avec son Justinien, vient danser sur les nénuphars encore endormis, drapée dans de grands voiles blancs et tendre ses bras vers le soleil dont elle fait provision avant de retourner se cacher dans le souterrain.
Quand je passe tôt le matin sur ce boulevard, je ne peux m’empêcher de regarder le fleuve et sa brume légère dont je sais bien qu’elle n’est autre que Nayéana la druidesse aux souliers d’argent.

Jean Paul Tourvieille
http://www.tourvieilleauteur.fr/

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