Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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      Le circuit des remparts

Le circuit des remparts

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Albéric regardait sa mère avec insistance. Cela faisait trois fois qu’il lui demandait s’il pouvait sortir pour aller retrouver Godefroy sur la place de l’église. Hildegarde finit par céder et lui fit signe de la tête.
Il faut dire que la cérémonie était particulièrement longue en ce dimanche des Rameaux où tout ce que l’Angoumois comptait de braves gens était venu pour la messe inaugurale de la cathédrale. Vingt-cinq ans avaient été nécessaires en cette fin du IV° siècle pour édifier une demeure à la hauteur de ce Dieu que l’empereur Constantin avait enfin permis d’adorer au grand jour. L’Édit de Milan en 313 avait tout changé et, après trois siècles de persécutions, le peuple était autorisé à pratiquer le culte de son choix.
Quand la cité d’Iculisma avait été promue civitas, chef-lieu de cité, la doter de remparts était devenu incontournable pour lui faire jouer son rôle de site défensif. La construction des murailles, débutée à la fin du III° siècle, avait mis plus de temps que prévu car il fallait acheminer les pierres taillées des carrières de Sireuil sur des chars que les bœufs avaient bien du mal à hisser sur le plateau de la bourgade. Dès les remparts achevés, on commença à édifier la première église. La pierre utilisée pour protéger la ville des brigands allait désormais servir à protéger les habitants du diable. Aujourd’hui, en l’an 434, avec remparts et cathédrale, la bourgade avait désormais fière allure sur son promontoire. Et le bon peuple aimait venir festoyer chaque dimanche dans cette cité qui procurait sécurité pour les corps avec ses remparts et désormais salut pour les âmes avec sa cathédrale.
Albéric se faufila dans la foule rassemblée et rejoignit Godefroy qui l’attendait sur le parvis.
- Tu les as apportés ?
- Oui, bien sûr, ils ont bien mangé hier soir. Tu vas voir ils sont en plein forme.
Godefroy sorti de sa bourse deux beaux escargots qui bavaient d’impatience et ils se dirigèrent vers le rempart tout proche. Ils tracèrent à la craie deux grandes lignes sur la pierre plate qui chapeautait la muraille pour délimiter le circuit et installèrent les gastéropodes sur la ligne de départ.
Ils s’amusèrent tellement qu’ils prirent l’habitude chaque dimanche de faire courir leurs cagouilles sur le rempart, profitant de la mansuétude de leurs mères qui les dispensaient de messe.
Leur manège ne passa pas inaperçu et très vite d’autres enfants les imitèrent. Il faut dire que le rempart faisait près de deux mille mètres de pourtour et la vitesse limitée des cagouilles permettait, sans difficulté, à plusieurs compétitions de se tenir en même temps. Ces courses d’enfants intriguèrent les adultes qui, moqueurs au début, devinrent vite des amateurs de ce nouveau sport.
Après avoir déjeuné sur l’herbe devant la cathédrale, le public se massait au bord des remparts pour assister aux courses d’escargots. Le chef de la cité ayant autorisé exceptionnellement les jeux d’argent, les braves gens n’hésitaient plus à risquer quelques piécettes sur la cagouille qui leur paraissait la plus véloce.
Ce qui n’était au début qu’un jeu d’enfant devint, au fil du temps, une véritable activité qui occupait tout le dimanche. Les femmes allaient à la messe pendant que les hommes allaient aux courses.
La réputation d’Angoulême fut de plus en plus grande et on parlait du circuit des remparts dans tout l’empire romain.
A tel point qu’une fois par an, à l’occasion des moissons de septembre, la cité organisait une compétition très officielle ouverte à tous les Gaulois. Certains compétiteurs venaient de Lutèce avec des escargots spécialement entraînés pour le circuit des remparts d’Angoulême. La première apparition de la cagouille bleue à bandes blanches coachée par un dénommé Gordini avait beaucoup impressionné. La course fut ouverte aux escargots étrangers. La mini Austin des grands bretons, avec sa coquille minuscule, était très à l’aise sur le circuit étroit. Elle fut toutefois souvent battue par la puissance du redoutable escargot germain, entraîné par un certain Porche. Mais rapidement c’est la coquille rouge de la cagouille italienne qui capta tous les regards. A tel point que le peuple d’Angoulême fut soulagé lorsque la chute de l’empire romain mit fin à l’outrageuse domination de l’écurie des gastéropodes Ferrari.
Hélas la conquête de la ville par Clovis en 508 marqua l’arrêt des compétitions avec la destruction des remparts.
Ce n’est que quatorze siècles plus tard, que les Angoumoisins, se souvenant de cette légende qui avait fait leur renommée au IV° siècle, recréèrent le circuit des remparts en mettant à profit les nouvelles technologies motorisées.

Jean Paul Tourvieille
http://www.tourvieilleauteur.fr/

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