Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Le chemin de Croix en 7 jours

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Méditation du Père Marc Prunier Semaine Sainte 2020


PÂQUES : VICTOIRE DE LA CROIX
8° Station : APPELÉS À RESSUSCITER AVEC LE CHRIST.

La Croix, nue, se dresse vers le ciel, tandis que Jésus est déposé au pays de la mort, aux enfers.
"Tout est accompli." Passez, il n’y a plus rien à voir... Sauf si vous avez des yeux pour voir !
Sauf si votre regard aura perçu ce que Marie a vu, cette image à jamais gravée dans son coeur :
La Blessure ouverte du Coeur de Jésus... La Blessure ouverte du Coeur de l’Agneau...
Le Coeur de Dieu est ouvert... Le Sang de son Amour et l’Eau de sa Vie jaillissent...
Cette Source va inonder le monde, immerger toute l’humanité, les vivants comme les morts.
La Source de l’Amour est offerte. Elle va irriguer jusqu’aux profondeurs ultimes des enfers, pour que nul enfant de Dieu ne soit privé de la Vie ! L’Amour a vaincu la mort !
Pour Marie on pressent que ce sont "trois jours d’angoisse et de mort." Lc 2/46
avec la joie indicible de la victoire..., joie tenue secrète entre le Ressuscité et sa Mère...
Marie-Madeleine est la première au Tombeau, elle, la pécheresse !... Mystère de miséricorde !
(Jésus avait bien annoncé que les prostituées seraient les premières au Royaume des Cieux !)
Elle est encore dans ses larmes lorsque le Ressuscité vient à Elle :
tout simplement, tout humainement, comme un jardinier, avec son tablier de Serviteur, Il est toute compassion : "Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?" Jn 20/15.
Deux disciples, en fuite, perdus sur un chemin sans issu, seront rattrapés par le Ressuscité :
"Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées dans votre cœur ?" Lc 24/38.
Ils vont tous être ainsi rejoints, et nous aussi maintenant, par le Vivant, par l’Amour.
Ils reviennent de loin ! Ils reviennent pour ainsi dire d’au-delà de la mort !
Car tous, présents ou non à la Croix, ont vécu une véritable expérience de mort.
Avec la Mort de Jésus ils ont tout perdu. "Ils ont traversé la mort avec le Christ." Rm 6/8.
Ils sont "comme des vivants revenus de la mort." Rm 6/13. Une vie nouvelle commence.
Ils sont appelés à se "laisser saisir par le Christ." Phil 3/11, "saisir par l’Esprit." Ga 5/16.
Pour certains disciples le chemin sera plus long et difficile pour retrouver la Paix.
Jésus devra vaincre les doutes et la peur de Thomas en lui présentant ses Plaies de Crucifié.
"Avance ta main et enfonce la dans mon côté !" Jn 20/27.
Ce que St Jean Paul II traduit : "La Demeure du croyant est dans les Plaies de l’Agneau."
Les retrouvailles de Pierre avec le Ressuscité ne pourront se vivre que dans la larmes, tant sont profondes les blessures, le remord de Pierre qui a renié trois fois,
et les plaies de Jésus qui demeurent ouvertes aux Mains, aux Pieds, au Coeur.
Au bord du lac, le Ressuscité et Pierre sont deux coeurs blessés qui se cherchent. Jn 21/15-17.
L’heure n’est pas aux explications, mais à la joie retrouvée, à la vie transmise, offerte.
Deux mots pour une greffe : "Pierre, M’aimes-tu ?" - "Tu sais bien que je T’aime..."
Pierre pourra désormais vivre pleinement, jusqu’au martyre, la joie et l’offrande du disciple :
“ Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi !” Ga 2/20.
“Je sais en qui j’ai mis ma foi !” 2 Tim 1/12.
“ Ma vie c’est le Christ...” Phil 1/21.
Ce que St Paul résumera en un mot : "Vous êtes ressuscités avec le Christ !" Col 3/1.

Samedi Saint. 7° Station : L’ESPÉRANCE DE MARIE.

Interminable Samedi de silence et d’absence... Qui ressemble tant à notre quotidien...
Le confinement nous plonge encore davantage dans le Silence de Dieu… Nuit de la foi !

Marie est debout au pied de la Croix : Jn 19/25-27.
Elle demeure “les yeux fixés sur Celui qu’ils ont transpercé”. Jn 19/37.
Marie n’est pas un témoin extérieur de la Passion et de la Mort de Jésus.
Marie vit elle-même la Pâque, de l’intérieur, comme une mère vit la souffrance de son enfant.
Marie est bien plus que témoin. Elle est elle-même victime, blessée des blessures de son Fils.
Marie vit elle-même le mystère du dépouillement, de la “kenose” où son Fils agonise.
Elle ressent en elle-même la violence, la haine, les coups, les moqueries, les sarcasmes...
Elle tressaille lorsque la lance du centurion blesse le coeur du Crucifié. Le coup de Grâce !
Jésus est déjà mort. C’est le coeur de sa Mère, Marie, qui est transpercé !
Elle "achève en son corps ce qui manque aux souffrances du Christ." Col 1/24.
Au pied de la Croix, Marie est vraiment “dans le sein de Jésus”,
plus profondément encore que le disciple lors du repas de la Cène : Jn 13:23. Cf : 1/18.
Ainsi s’accomplit l’annonce de Syméon : “Et toi un glaive te transpercera le coeur”. Lc 2/35.
Pour la Mère comme pour le Fils tout est consommé, tout est accompli, tout est offert...

En Marie est toute la blessure, toute la souffrance de Dieu,
en Elle aussi est toute la blessure, toute la souffrance de l’homme.
Marie est au Coeur de Dieu dont Elle partage la douleur...
Elle est au coeur de l’homme, de toute l’humanité, dont Elle devient à cette heure la Mère.
Marie à la Croix est tout contre Dieu, brûlante de cet Amour qui jaillit comme une Source,
et tout contre l’homme en l’instant de son salut, tout contre l’humanité enfin offerte à l’Amour...

Le moment est venu, très émouvant, de la descente de sa Croix et de la mise au tombeau.
Marie, au paroxysme de la douleur, reçoit le Corps mort de son Fils.
Une même souffrance, une même offrande, un même amour les unit parfaitement.
Les gens s’en vont, piteux, se frappant la poitrine. Les femmes restent. Et quelques hommes :
Voici Joseph d’Arimathie, disciple mais en cachète, qui offre son tombeau... Jn 19/38…
Nicodème, avec ses peurs et ses questions, arrive avec sa brouette d’aromates ( 33 kg ! )…
Simon de Cyrène, bouleversé de son corps à corps vécu avec Jésus, est sûrement encore là.
Ces hommes, avec Jean, emportent le Corps et le déposent au Tombeau de Joseph.
Marie regarde, avec une tendresse immense et déjà toute maternelle, ces hommes de foi.
Ils sont en train de naître à vraie Vie. Ils sont les premiers à naître dans la Pâque du Christ.

On ne peut s’empêcher de s’interroger : mais où donc sont passés les autres ?...
Pierre , André, Thomas, Philippe, et les autres ? Les fidèles, les choisis, les intimes ?...
Il est bien vraisemblable qu’ils vont être d’abord recherchés, rassemblés, par Marie, la Mère.
Elle sait, Marie, que son Fils est vivant, dans son coeur, et dans le Coeur du Père !
“Ne cherchez pas parmi les morts Celui qui est vivant !”... Lc 24/5.
Ils seront rejoints un à un, sur leurs chemin de galère, de fuite, de déprime, par le Ressuscité.
Car le propre de l’Amour c’est d’aller toujours, et sans relâche, chercher ce qui est perdu...
Marie demeure "cachée avec le Christ en Dieu". Col 3/3. Notre Dame de l’Espérance…


Vendredi Saint. 6° Station : L’AMOUR CRUCIFIÉ.

"Ils regarderont Celui qu’ils ont transpercés." Za 12/10.
"Le peuple restait là à regarder." Lc 23/35... Etonnant "spectacle" de la Miséricorde. Lc 23/48.
Et nous sommes là, nous aussi, les yeux fixés sur le Christ,
à l’écoute du Coeur de Dieu qui nous dit en son Fils son Amour extrême,
à l’écoute aussi du coeur souffrant de l’Humanité dont il est venu assumer toute la détresse.
“La Croix, disait Jean-Paul II, est le Toucher le plus profond de l’Eternel Amour
sur les plaies les plus douloureuses de l’humanité.”
Mystère de faiblesse de Jésus, Lui qui est "atteint de tous côtés par la faiblesse." He 5/2.
Jésus fait l’objet de la dérision des hommes : “Qu’il se sauve lui-même !” Lc 23/35, 37, 39.
Il s’en remet "dans un grand cri et des larmes à Celui qui pouvait Le sauver de la mort". He 5/7.
“En tes Mains, Père, Je remets mon esprit”. Lc 23/46.
Marie est là, et Marie-Madeleine. Etonnante communion entre l’Immaculée et la pècheresse...
Toutes deux saisies dans la même douleur, dans le même amour, dans la même offrande.
Marie est debout. Dans un parfait consentement, un oui total, un pur acte d’offrande.
Marie est vraiment fille d’Abraham... obéissant à Dieu jusqu’à l’impossible...
Elle se donne dans un pur acte de foi et reçoit dans son coeur la promesse de Dieu à Abraham :
“Puisque tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique,
Je te donnerai une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel”... Gen 22/17.
Et Marie au Calvaire devient Mère comme Abraham au Mont Morrya devient Père...
La douleur de Marie au Calvaire est une douleur d’enfantement.
Elle devient plus mère que jamais, plus mère qu’à Bethléem, plus mère qu’à Nazareth...
Tout à l’écoute du Crucifié, elle reçoit le disciple dans son coeur : “Voici ton fils”...
Elle devient véritablement Mère de l’humanité nouvelle en l’instant secret de sa naissance...
L’heure est venue pour Jésus du passage de ce monde au Père, de la mort à la vie.
Qui peut dire, sur l’autre face, la merveilleuse étreinte d’amour du Fils dans les Bras du Père ?
"Mon Fils !... Mon Fils !... " dit le père au fils prodigue. Te voilà !... Et dans quel état !...
Mais dans ce passage le Fils n’est pas seul : Il arrive chez le Père avec, attaché à ses basques,
un brigand crucifié avec Lui. Jésus est venu partager sa mort ignominieuse de condamné.
Cet individu représente toute l’humanité, pécheresse, invitée gratuitement à la fête de l’Amour !
Jésus avait bien prévenu : "Je suis venu chercher ce qui est perdu !" Et bien Il l’a trouvé !
“Aujourd’hui tu es avec Moi dans le paradis”. Lc 23/42-43. Spectacle de la Miséricorde !
Et le Père tressaille... pour l’un et pour l’autre ! Pour son Fils Jésus et pour l’homme sauvé !
Et Marie est là. Elle communie pleinement à cette tendresse de Dieu pour le pécheur.
Le choix de Dieu c’est l’homme perdu. La joie de Dieu c’est l’homme retrouvé.
Un seul, au pied de la Croix, le centurion romain, le chef du peloton d’exécution, va oser
prononcer l’acte de foi du disciple : “Vraiment cet homme était le Fils de Dieu”. Mc 15/39.
Cet homme, un étranger, naît à la foi de l’Eglise. "Il est né de Dieu !" 1 Jn 5/1.
Pour cet homme aussi, Marie sent monter en elle une tendresse maternelle...

P. Marc Prunier


Jeudi Saint. 5° Station : JÉSUS SERVITEUR

Jésus entre dans sa Pâque par le Porche Royal du Lavement des pieds et de l’Eucharistie.
"Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir et donner ma vie…" Mt 20/28.
Voici venue pour Lui l’heure d’aller jusqu’au bout de l’Amour, jusqu’au bout du don de sa vie.
"Jésus dépose son vêtement et prend un linge dont Il se ceint." Jn 13/4
Ce geste de Jésus est incompréhensible et inacceptable pour les disciples, pour nous…
Jésus y voit l’essentiel de sa mission : "Je suis au milieu de vous Celui qui sert". Lc 22/27.

En déposant son vêtement Jésus anticipe le grand dépouillement du Calvaire.
Jésus s’abaisse, Il s’agenouille devant ses disciples. L’amour se dit d’en bas, pas d’en haut...
L’Amour en Dieu se dit à genoux… avant de se dire à nu en croix, dans le sang…
C’est à genoux devant ses disciples, nu et défiguré au Golgotha,
que Jésus révèle le vrai Visage de Dieu : le Visage désarmé de la Tendresse infinie.
Dieu plus humble que l’homme. Dieu plus humble en pardonnant que le pécheur pardonné…
Jésus Lui-même atteste qu’il s’agit d’une théophanie : "Qui me voit voit le Père !" Jn 14/8.

Et voici la 10° station : ’Jésus est dépouillé de ses vêtements’. C’est trop peu dire…
C’est "Lui qui, de condition divine, s’est dépouillé Lui-même,
prenant la condition de Serviteur…" Phil 2/6
Ce dépouillement de l’Incarnation s’exprime dans le Lavement des pieds et à la Crucifixion.
Jésus, sans défense, dans un don total de Lui-même, se laisse mettre nu au Calvaire.
Le Corps de Jésus est nu, défiguré, exposé sans beauté, sans éclat. C’est un naufrage !
Cette nudité de Jésus dans son ultime dépouillement est pour nous un choc, un scandale :
"Le scandale de la Croix, la Folie de l’Amour… " 1 Co 1/23.

Marie tressaille. Dans sa sensibilité de mère c’est une immense blessure, c’est un viol...
Mais du plus profond de sa foi elle communie à cet acte d’offrande, Parfait Sacrifice…
Elle sait qu’il lui faudra boire à la coupe du Sacrifice, jusqu’au bout…

Jésus nu sur la Croix nous révèle toute la force des Paroles de la dernière Cène :
"Voici mon Corps livré pour vous. Voici mon Sang versé pour vous !" Lc 22/19.
L’Amour est exposé, affiché à la face du monde… Dieu se donne en "spectacle" ! Lc 23/48.
Le Corps de Jésus est déchiré comme un pain rompu. "Prenez, mangez. Prenez, buvez !"
Dieu n’est qu’Amour, totalement livré entre nos mains, en pure perte de soi…
Ce jour là au Calvaire l’Amour est méconnu. Le Corps de Jésus est objet de dérision.
Aujourd’hui, saurons-nous reconnaître l’Amour dans le Pain Rompu déposé dans nos mains ?

"Faîtes ceci en Mémoire de Moi !"
Cet Amour à genoux de Dieu nous appelle à aimer, à servir, comme Lui.
Ce Corps nu du Crucifié a goût de Pain, le bon goût du Pain Offert, du Pain Rompu, Partagé.
Cette Vie livrée a goût de Vin, le bon goût du Vin de la Fête et de la Noce !

De l’Eucharistie à la Croix, tout est lié en Jésus le Serviteur.
Célébrons par nos vies, le Jeudi Saint. Ne séparons pas ce que Dieu a uni :
Le Lavement des pieds, la Fraction du Pain, le Commandement de l’Amour...

P. Marc Prunier

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