Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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          Père Fau : " La Miséricorde"

Père Fau : " La Miséricorde"

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Le Père Fau nous propose de nous mettre à l’école de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et découvrir la richesse du thème de la Miséricorde divine au travers son regard et sa vie


LA MISÉRICORDE

« Notre pape François vient de lancer une année jubilaire de la Miséricorde. Nous y entrons avec joie. Je pense que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus peut être une bonne guide sur ce chemin. Le Père François de Sainte-Marie (OCD), à qui nous devons la publication du texte authentique des Manuscrits autobiographiques, ose dire : « Le thème de la Miséricorde divine est la clef d’or qui nous ouvre l’œuvre de Thérèse » (Introduction Tome 1, p.62). En commençant l’histoire de son âme, elle écrit : « C’est avec bonheur que je viens chanter… les miséricordes du Seigneur » (A 3v°, OC, p.73)
.
Mettons-nous donc à l’école de Thérèse pour découvrir la richesse de ce thème de la Miséricorde divine, pour découvrir le visage de notre Dieu, plein de tendresse et de miséricorde. Il est bien vrai que « l’Acte d’offrande de moi-même à l’Amour miséricordieux » composé par Thérèse le 9 juin 1895 est bien l’un des sommets de son message, l’un des textes les plus importants de la spiritualité de celle que le pape saint Jean-Paul II a déclarée Docteur de l’Église, en octobre 1997. Il proposait à l’Église un maître spirituel de l’Amour miséricordieux.
Je voudrais essayer de retracer ce cheminement et d’en accueillir le message pour nous aujourd’hui.

1 – Prélude

La maman de Thérèse, Zélie Guérin, avait reçu une éducation pieuse mais sévère : elle avait souffert de l’absence d’affection de la part de sa mère, qui préférait de beaucoup son jeune frère Isidore.
Devenue mère de famille, Zélie s’efforçait d’apporter à ses enfants une affection pleine de tendresse et de miséricorde. Il suffit de lire au début de l’Histoire d’une âme, les extraits de ses lettres que cite Thérèse, pour se rendre compte de l’ambiance tendre et affectueuse qui a entouré sa petite enfance. « Voilà le petit bébé qui vient me passer sa petite main sur la figure et m’embrasser. Cette pauvre petite ne veut point me quitter, elle est continuellement avec moi… » (A 5r°, OC, p.76).

2 – L’expérience négative de Thérèse par la « maladie des scrupules » (1885-1886)

L’année après sa première communion, au cours d’une retraite de préparation à la « seconde communion », le prédicateur, l’abbé Domin, aumônier à l’abbaye où Thérèse était en pension, avait beaucoup insisté sur le péché mortel, la communion sacrilège, qui méritait l’enfer, thème usuel à cette époque marquée par le jansénisme. Thérèse, déjà très sensible, reçoit cet enseignement comme un avertissement et voit le danger du péché dans sa propre vie. Tout lui paraît péché et elle se confie à sa sœur aînée Marie, qui l’écoute avec patience. « Ce fut pendant ma retraite de seconde Communion que je me vis assaillie par la terrible maladie des scrupules… Il faut avoir passé par ce martyre pour le bien comprendre : dire ce que j’ai souffert pendant un an et demi, me serait impossible… Toutes mes pensées et mes actions les plus simples devenaient pour moi un sujet de trouble ; je n’avais de repos qu’en les disant à Marie » (A 39v°, OC, p.132)
On comprend qu’une âme aussi sensible que Thérèse souffre de cette image qu’on lui présentait d’un Dieu vengeur, toujours prêt à punir la moindre incartade. Elle écrira plus tard : « Je suis d’une nature telle que la crainte me fait reculer ; avec l’amour non seulement j’avance mais je vole. » (A 80v°, OC, p.206) De fait, c’est en faisant l’expérience qu’elle est aimée au ciel, en invoquant ses quatre petits frères et sœurs partis avant elle, qu’elle retrouve la paix. « Ce fut aux quatre petits anges qui m’avaient précédée là-haut que je m’adressai, car je pensais que ces âmes innocentes n’ayant jamais connu les troubles ni la crainte devaient avoir pitié de leur pauvre petite sœur qui souffrait sur la terre… La réponse ne se fit pas attendre, bientôt la paix vint inonder mon âme de ses flots délicieux et je compris que si j’étais aimée sur la terre, je l’étais aussi dans le Ciel… » (A 44r°, OC, p.140).

3 – La grâce de Noël

La grâce de Noël 1886 qui la fait sortir des langes de l’enfance et la revêt de la force d’en haut lui fait découvrir la Miséricorde du Seigneur. Par cette grâce de Noël, et celle d’un dimanche de juillet 1887, elle est remplie du désir de sauver les âmes. « Plus miséricordieux encore pour moi qu’Il ne le fut pour ses disciples, Jésus prit lui-même le filet, le jeta et le retira rempli de poissons. Il fit de moi un pêcheur d’âmes » (A 45v°, OC, p.142-143). Elle nous dit : « Je me sentais moi-même dévorée de la soif des âmes. Ce n’était pas encore les âmes de prêtres qui m’attiraient, mais celles des grands pécheurs, je brûlais du désir de les arracher aux flammes éternelles. » (A 45v°, OC, p.143)
Ce zèle apostolique va trouver une application immédiate avec le criminel Pranzini, qui vient d’être condamné à mort. Confiante dans la miséricorde de Dieu, elle veut empêcher Pranzini d’aller en enfer et pour cela, elle emploie tous les moyens spirituels en sa possession : les prières, les sacrifices, les mérites des saints ; elle demande même qu’une messe soit dite à ses intentions. Et le résultat dépassa ses attentes. « Pranzini ne s’était pas confessé, il était monté sur l’échafaud et s’apprêtait à passer la tête dans le lugubre trou, quand tout à coup, saisi d’une inspiration subite, il se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et baise par trois fois ses plaies sacrées !… Puis son âme alla recevoir la sentence miséricordieuse de Celui qui déclare qu’au Ciel il y aura plus de joie pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de pénitence !… » (A 46r°, OC, p.144) On peut dire que cet épisode de la « conversion » de Pranzini confirme sa conviction que Dieu est d’abord « miséricorde ».

4 – L’entrée au Carmel (9 avril 1888)

Après avoir surmonté tous les obstacles qui s’accumulaient pour retarder son entrée au Carmel, Thérèse en franchit donc la porte le 9 avril 1888. « Je suis ici pour toujours. » Il faut reconnaître que comme elle le dit elle-même, les premières années ont rencontré plus d’épines que de roses (cf. A 69v°, OC, p.187).
Et parmi les épines, il faut mentionner la mentalité courante de l’époque, héritage du jansénisme, qui insistait beaucoup sur la justice sévère de Dieu. Les carmélites doivent réparer et s’offrir à la vengeance de Dieu à la place des pécheurs. Certes, toutes les religieuses de son Carmel ne sont pas imprégnées par cette image de la sévérité d’un Dieu qui doit punir les coupables, les carmélites s’offrant comme victimes expiatoires, mais c’était pourtant la mentalité de la majorité des sœurs. En parlant de la grâce reçue en la fête de la Trinité 1895, elle évoque les âmes qui s’offrent à la justice de Dieu : « Je pensais aux âmes qui s’offrent comme victimes à la Justice de Dieu afin de détourner et d’attirer sur elles les châtiments réservés aux coupables, cette offrande me semblait grande et généreuse, mais j’étais loin de me sentir portée à la faire. » (A 84r°, OC, p.212). Thérèse garde pour elle ces sentiments de la miséricorde de Dieu.
Une autre épine va lui faire sentir que Dieu lui envoie une épreuve très douloureuse sans pour autant l’abandonner : il s’agit de la maladie mentale de son père. « Je ne savais pas que le 12 février, un mois après ma prise d’habit, notre Père chéri boirait à la plus amère, à la plus humiliante de toutes les coupes… Ah ! ce jour-là je n’ai pas dit pouvoir souffrir encore davantage !!!... Les trois années du martyre de Papa me paraissent les plus aimables, les plus fructueuses de toute notre vie… » (A 73r°, OC, p.193).
En énumérant les jours de grâces de sa vie, Thérèse écrit : « 12 février 1889 ; notre grande richesse » (OC, p.215)

5 – Deux prêtres la réconfortent

Deux prêtres vont l’aider à sentir qu’elle est sur la bonne voie et à garder confiance en la miséricorde de Dieu.
Le Père Pichon, SJ, l’a libérée définitivement de la maladie des scrupules. Il l’ancre profondément dans cette certitude : c’est la miséricorde de Dieu qui l’a préservée du péché mortel. « Mon entrevue avec le bon Père fut pour moi une consolation bien grande, mais voilée de larmes à cause de la difficulté que j’éprouvais à ouvrir mon âme. Je fis cependant une confession générale, comme jamais je n’en avais faite ; à la fin le Père me dit ces paroles, les plus consolantes qui soient venues retentir à l’oreille de mon âme : « En présence du Bon Dieu, de la Sainte Vierge et de tous les Saints, je déclare que jamais vous n’avez commis un seul péché mortel. » Puis il ajouta : remerciez le Bon Dieu de ce qu’il fait pour vous, car s’il vous abandonnait, au lieu d’être un petit ange, vous deviendriez un petit démon. » (A 69v°, OC, p.187-188)
Quelques années plus tard, en octobre 1891, c’est le Père Alexis Prou, franciscain récollet de Caen, qui va la lancer à pleines voiles sur les flots de la confiance et de l’amour. Thérèse nous dit bien qu’elle était la seule à avoir apprécié ce prédicateur de la retraite. « Le Bon Dieu voulant me montrer que c’était Lui seul le directeur de mon âme se servit justement de ce Père qui ne fut apprécié que de moi… J’avais alors de grandes épreuves intérieures de toutes sortes (jusqu’à me demander parfois s’il y avait un Ciel.) Je me sentais disposée à ne rien dire de mes dispositions intimes, ne sachant comment les exprimer, mais à peine entrée dans le confessionnal je sentis mon âme se dilater. Après avoir dit peu de mots, je fus comprise d’une façon merveilleuse et même devinée… mon âme était comme un livre dans lequel le Père lisait mieux que moi-même… Il me lança à pleines voiles sur les flots de la confiance et de l’amour qui m’attiraient si fort mais sur lesquels je n’osais avancer… Il me dit que mes fautes ne faisaient pas de peine au Bon Dieu, que tenant sa place, il me disait de sa part qu’Il était très content de moi… » (A 80v°, OC, p.205-206)
Voilà donc le comble de la miséricorde : les fautes ne font pas de peine au Bon Dieu. Mais Thérèse devra garder pour elle cette certitude de la miséricorde de Dieu. Il faudra attendre l’élection de Sœur Agnès comme prieure, en février 1893, pour que s’amorce un changement d’ambiance au Carmel.

6 – Le 9 juin 1895, Fête de la Trinité : l’Acte d’offrande

Effectivement, un événement important se passe pour Thérèse en ce jour de la Trinité : « Cette année le 9 juin fête de la Sainte Trinité, j’ai reçu la grâce de comprendre plus que jamais combien Jésus désire être aimé. » (A 84r°, OC, p.212). Cette grâce va se traduire dans sa vie par l’offrande d’elle-même à l’amour miséricordieux. Saint François, après sa conversion, criait dans les rues d’Assise : « Dieu n’est pas aimé ». Thérèse, elle aussi, reçoit la grâce de comprendre que Dieu n’est pas assez aimé : « De toutes parts il est méconnu, rejeté ; les cœurs auxquels vous désirez le prodiguer se tournent vers les créatures leur demandant le bonheur avec leur misérable affection, au lieu de se jeter dans vos bras et d’accepter votre Amour infini… O mon Dieu ! votre Amour méprisé va-t-il rester en votre Cœur ? » (A 84r°, OC, p.212) Et donc elle décide de s’offrir à cet Amour miséricordieux pour qu’il puisse, par elle, se répandre dans le monde.
J’ai envie de dire que cette reconnaissance de l’Amour miséricordieux n’est pas une découverte. Nous avons vu que depuis longtemps, la voie de Thérèse n’est pas la crainte mais l’Amour. Mais cette grâce reçue le 9 juin 1895 lui donne la certitude que Dieu est un Dieu de miséricorde qu’il faut aimer par-dessus tout.
Lorsque dans le Manuscrit B, écrit en septembre 1896, elle reçoit dans un rêve la confirmation de la bouche de Sœur Anne de Jésus que Dieu est très content d’elle, lorsque la méditation de la lettre de Paul aux Corinthiens (I Co 13) lui fait découvrir que sa vocation, c’est l’Amour, elle ne fera que mettre en forme ce qui était présent en elle et qui deviendra, pourrait-on dire, sa mission : faire connaître l’Amour miséricordieux du Bon Dieu et le faire aimer. Quand saint Jean-Paul II, en octobre 1997, proclame Thérèse, Docteur de l’Église, il ne fera que mettre en lumière pour l’Église entière, cette foi en l’Amour miséricordieux.

7 – Présentation de la prévenante miséricorde

Pour exprimer sa pensée sur ce qu’elle appelle la « prévenante miséricorde de Dieu », Thérèse invente une petite parabole : le fils d’un habile docteur qui est guéri par son père. « Que je voudrais pouvoir expliquer ce que je sens !… Voici un exemple qui traduira un peu ma pensée. Je suppose que le fils d’un habile docteur rencontre sur son chemin une pierre qui le fasse tomber et que dans cette chute il se casse un membre ; aussitôt son père vient à lui, le relève avec amour, soigne ses blessures, employant à cela toutes les ressources de son art et bientôt son fils complètement guéri lui témoigne sa reconnaissance. Sans doute cet enfant a bien raison d’aimer son père ! Mais je vais encore faire une autre supposition. Le père ayant su que sur la route de son fils se trouvait une pierre, s’empresse d’aller devant lui et la retire, sans être vu de personne. Certainement, ce fils objet de sa prévoyante tendresse, ne sachant pas le malheur dont il est délivré par son père ne lui témoignera pas sa reconnaissance et l’aimera moins que s’il eût été guéri par lui… mais s’il vient à connaître le danger auquel il vient d’échapper, ne l’aimera-t-il pas davantage ? Eh bien, c’est moi qui suis cette enfant, objet de l’amour prévoyant d’un Père qui n’a pas envoyé son Verbe pour racheter les justes mais les pécheurs." Mt 9,13 Il veut que je l’aime parce qu’il m’a remis, non pas beaucoup, mais tout. » (A 38v°-39r°, OC, p.131-132) La leçon la plus importante est bien de savoir que Dieu pardonne d’avance : la miséricorde se déploie non pas seulement en pardonnant les fautes plus ou moins graves commises, mais aussi en préservant d’avance des péchés qu’on pourrait commettre par faiblesse.
Cette notion de la prévenante miséricorde est encore mise en lumière lorsqu’elle se compare à Marie-Madeleine. On a parfois l’impression que Thérèse est jalouse de Marie-Madeleine qui aimerait Dieu davantage qu’elle, parce qu’elle a eu beaucoup de péchés à se faire pardonner : « J’ai entendu dire qu’il ne s’était pas rencontré une âme pure aimant davantage qu’une âme repentante » (A 38v°, OC, p.131). Dans l’Évangile de Luc, elle a lu : « Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Luc 7,47).
Thérèse réagit : « Ah, que je voudrais faire mentir cette parole » (A 38v°, OC, p.131). Elle dit que Dieu lui a pardonné davantage : « Il m’a plus remis puisqu’il m’a remis d’avance, m’empêchant de tomber. » (A 38v°, OC, p.131). On comprend son insistance pour faire découvrir la profondeur de l’Amour miséricordieux qui se manifeste en chaque âme, soit en pardonnant, soit plus encore en préservant du péché par sa prévenante miséricorde.

Conclusion

Pour vivre dans le parfait amour, Thérèse compose l’Acte d’offrande à l’Amour miséricordieux qui est le cœur de son message.
Dans sa recherche de l’union à Dieu, ce qui la guide, ce n’est ni la crainte, ni le désir de récompense, mais c’est l’Amour. En découvrant toute la profondeur de l’Amour qui s’exprime dans la miséricorde, elle nous montre que Dieu n’est qu’ « Amour miséricordieux ». Puisse Thérèse nous aider à découvrir la profondeur de l’Amour que Dieu porte à chacun par la Miséricorde.
Je sais bien que cet amour n’est pas toujours senti mais dans la foi, nous pouvons savoir que nous sommes aimés de Dieu (même et surtout ?) quand nous sommes assaillis par les épreuves de la vie.
La dernière phrase du Manuscrit C, écrite trois mois avant sa mort au crayon parce qu’elle ne peut plus tenir la plume, ne peut pas nous laisser indifférents. « Oui, je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais le cœur brisé de repentir me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui. Ce n’est pas parce que le bon Dieu, dans sa prévenante miséricorde a préservé mon âme du péché mortel que je m’élève à Lui par la confiance et l’amour. » (C 37r°, OC, p.285) »

Père Jacques FAU
3 juillet 2015

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