Diocèse d’Angoulême, Eglise catholique de Charente
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Samedi 22 juin 2019 : Fête du Saint Sacrement C

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Si l’eucharistie ne nous conduit pas au partage, à la fraternité, à la solidarité, à un changement permanent de vie, alors c’est qu’elle est passée dans la mémoire morte. L’eucharistie n’est pas un exercice de piété.


Après la Pentecôte et la solennité de la Sainte Trinité, l’Église nous propose aujourd’hui de fêter le Saint Sacrement, la fête du Corps et du Sang du Seigneur.
Il ne suffisait pas de nous envoyer l’Esprit Saint. Il ne suffisait pas de nous faire découvrir comment et à quel point Dieu voulait vivre en communion avec nous dans une circulation d’Amour incessante et infinie. Il fallait encore que nous ayons du concret à nous mettre sous la dent. Du pain et du vin. De la nourriture pour la route. Du solide, pour ne pas en rester à des pensées ou des prières évanescentes. « Des vivres », comme on dit dans l’évangile, pour ne pas dépérir. Et une nourriture joyeuse, s’il vous plaît. Pas de la malbouffe ou des aliments sans goût, non ! Du pain et du vin. Le vin de la fête. Le vin de la joie. Le vin du partage. Le vin du passage.
Vin de la Pâque, celle de Jésus au soir de la Cène. « Faites ceci en mémoire de moi ». Et nous, comme Paul le raconte dans sa lettre, de recevoir et de transmettre ces paroles et ces gestes, immuablement, depuis 2000 ans, partout où des chrétiens se réunissent et prient « pour faire mémoire ». Qu’est-ce que cela, « faire mémoire » ? En informatique, il y a deux types de mémoires. Il y a la mémoire morte et la mémoire vive. La mémoire morte, c’est la mémoire de stockage. C’est votre disque dur ou votre clef USB. On y stocke les données qu’on a besoin d’aller chercher plus tard. On y enregistre les documents que l’on voudra retrouver ou retravailler. La mémoire morte est une sorte de placard ou de bibliothèque. La mémoire vive, c’est la mémoire qui sert à l’ordinateur à calculer. C’est en quelque sorte une capacité d’exécution d’opération. C’est un dynamisme, ce qui fait que tout le reste fonctionne. Si vous voulez un ordinateur qui soit rapide et avec lequel vous pouvez ouvrir plusieurs logiciels, il vous faudra une grande mémoire vive.
« Faites cela en mémoire de moi », dit Jésus. Mais ne laissons pas l’eucharistie dans une mémoire morte. N’en faisons pas une donnée héritée du passé que nous ressortons aussi régulièrement et fidèlement que possible, la laissant à l’histoire, comme une photo que l’on ressortirait de temps en temps pour s’en rappeler. Si l’eucharistie est dans notre mémoire morte, au même titre que les contes de Perrault ou les fables de La Fontaine, si nous n’en avons fait qu’une donnée culturelle pour identifier le christianisme et nous reconnaître adhérents d’une même foi, alors nous avons perdu l’eucharistie. Non, l’eucharistie n’est pas une mémoire morte, mais une mémoire vive ! Elle est dynamisme de toute une vie ! Elle est joie qui met en mouvement, don qui ouvre à notre propre donation de nous-mêmes. Elle est acte d’amour qui nous emporte dans l’amour. Elle est force du Christ qui vient habiter nos vies pour les diviniser et pour qu’ainsi nos vies deviennent amour. Elle est cette puissance d’opération, parce que le pain nous rassasie de l’intérieur et que le vin nous met en joie. Multiplication des pains dans l’évangile, comme la multiplicité des logiciels en action dans notre image informatique. L’eucharistie est cette puissance de partage et de vie offerte à chacun pour que chacun vive. « Le pain de Vie », dira Jésus. « Faites ceci en mémoire de moi. » Moi en vous et vous en moi, pour que Lui demeure en nous et que nous demeurions en Lui. Et que nous soyons des vivants.
Des vivants en partage. Abram partage son pain et offre le dixième de ce qu’il a pris. Le même pain est partagé à l’infini dans l’évangile. Comme Jésus s’est offert lui-même, en partage pour la multitude. Si l’eucharistie ne nous conduit pas au partage, à la fraternité, à la solidarité, à un changement permanent de vie, alors c’est qu’elle est passée dans la mémoire morte. L’eucharistie n’est pas un exercice de piété. C’est un générateur de communion, d’attention, de délicatesse. Comme les disciples, qui s’inquiètent pour la foule : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Comme ce garçon, qui offrira ses quelques pains et ses deux poissons. Attitude eucharistique, parce que ouverte à l’humanité la plus affamée, dans une totale confiance en Dieu. Transformation de notre vie communautaire, afin qu’elle devienne signe d’un autre monde possible, ce monde attendu par le monde. Et après tout, y a-t-il un autre chemin que l’apprentissage et l’expérience du pardon, de la fraternité et de l’amour pour transformer le monde ? Y a-t-il, alors, autre nourriture véritablement efficace pour grandir jour après jour dans cette expérience, en étant sans cesse renouvelés ?
La fête de ce jour est l’occasion de réveiller en nous la conscience de ce que nous vivons à chaque eucharistie, non comme un dû ou comme une question d’horaire ou de lieux (en nous plaignant quand la messe est un peu trop loin de chez nous ou quand le programme change trop souvent), mais comme ce don immense qui nous est fait, don incroyable pour que l’Esprit de Pentecôte soit en nous vivifié, et pour que notre vie de communion avec le Dieu Trinité soit chaque jour renouvelé. Que l’action de grâce – puisque c’est la véritable traduction de « eucharistie » - monte de nos cœurs. Que la joie s’empare de nos visages et de nos cœurs, que l’élan de l’amour de Dieu viennent relancer notre marche, nous qui avons de quoi manger en boire en ce pain et ce vin, en ce Corps et ce Sang de Jésus, donné pour que nous ayons la vie.
Amen.

P. Benoît Lecomte

Livre de la Genèse 14,18-20.

En ces jours-là, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris.

Psaume 110(109),1.2.3.4.

Oracle du Seigneur à mon seigneur :
« Siège à ma droite,
et je ferai de tes ennemis
le marchepied de ton trône. »

De Sion, le Seigneur te présente
le sceptre de ta force :
« Domine jusqu’au cœur de l’ennemi. »

Le jour où paraît ta puissance,
tu es prince, éblouissant de sainteté :
« Comme la rosée qui naît de l’aurore,
je t’ai engendré. »

Le Seigneur l’a juré
dans un serment irrévocable :
« Tu es prêtre à jamais
selon l’ordre du roi Melkisédek. »

Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 11,23-26.

Frères, moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur, et je vous l’ai transmis : la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 9,11b-17.

En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. » Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

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