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        Témoignage d’un Malgache en Charente

Témoignage d’un Malgache en Charente

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Comme tous les ans au moment du carême, le CCFD Charente invite un partenaire étranger. Herimena Ratsimbarison, ingénieur agronome, de l’association Hardi, raconte les projets d’accès à la terre et de développement de l’agriculture familiale.


L’accaparement des terres

A Madagascar le riz constitue la base de la nourriture. Un malgache en consomme environ 120 kg par an soit à peu près 300g par jour. Une famille avec 5 enfants cultive en moyenne 2ha de terre, ce qui est insuffisant pour faire face totalement à l’ensemble des besoins alimentaires. Les petits agriculteurs refusent d’utiliser les engrais pour améliorer les rendements. La dépense pour acheter les engrais nécessaires l’équivalent de 3kg de riz, soit 15 jours de nourriture assurés…alors que les engrais çà ne se mange pas disent certains, et on n’est pas sur du résultat.

Madagascar, appelée aussi la grande ile, (sa superficie d’une peu plus de 592 000 km2 équivalent à la France et au Luxembourg réunis), abrite un peu plus de 21 millions d’habitant, dont 45 % ont moins de 15ans, donc une population très jeune, composée à 75 % d’agriculteurs ruraux. Cette population vie en dessous du seuil de pauvreté avec 1 dollar par jour.

A Madagacar, comme dans beaucoup de pays du Sud, le foncier n’est pas répertorié dans un cadastre. Les agriculteurs cultivent donc sur les terres de leurs ancêtres mais « sans titres » de propriété. Seulement 10% des terres arables sont cultivées, dont 7% sont « titrées, c’est-à-dire que les agriculteurs qui les exploitent disposent d’un acte de propriété en bonne et due forme.

Il est facile de constater que les possibilités de développement des cultures sont très importants permettant ainsi de faire face aux besoins alimentaires de toute la population… En théorie seulement, car les agriculteurs ne sont pas encouragés à mettre en valeur de nouvelles terres, qu’ils devront cultiver entre 10 et 30ans avant de pouvoir entreprendre auprès des pouvoirs publics une procédure de reconnaissance de leur droit de propriété. Et si entre temps ces terres qui relèvent du domaine privé de l’état, sont attribuées par ce dernier à des grands groupes, très souvent étrangers, tout l’investissement réalisé par les petits agriculteurs locaux est réduit à néant.

Entre 2008 et 2009, le très puissant groupe agro industriel coréen Daewoo avait le projet de se voir attribuer par le pouvoir en place, sous forme d’un bail de 99 ans renouvelable, plus 1 millions d’ha de terres. Les réactions des membres de la société civile et des ONG firent échec à ce projet, conduisant à la chute du gouvernement d’alors. C’est ce qu’on appelle l’accaparement des terres, qui vaut aussi pour l’exploitation minière. Daevoo aurait alors cultivé ces terres, avec beaucoup d’intrants, en ayant recours à une mécanisation puissante et moderne, et à peu de main d’œuvre locale, pour produire du riz, de l’huile de palme…. et des agro-carburants. Ces produits auraient été exportés en Corée puis une partie réimportée à Madagascar pour les besoins de la population locale au détriment des petits agriculteurs locaux.

Un agriculteur qui veut faire reconnaitre son droit de propriété auprès de l’administration doit s’armer de patience (au moins 6 mois), être prêt à faire de nombreux kilomètres dans des conditions très difficiles (les pistes sont difficiles à entretenir très ravinées après la saison des pluies), et disposer de l’argent suffisant pour faire face à une procédure en 24 étapes et sans compter la corruption….

C’est tout ce qu’est venu nous expliquer, mercredi soir 13 mars à Sainte Bernadette, Herimena RATSIMBARISON, chargé du programme Entreprenariat au service de l’Agriculture familiale au sein de l’ONG HARDI partenaire du CCFD Terre Solidaire.

Cette ONG intervient principalement dans trois domaines :
- la sécurisation foncière  : une organisation a été mise en place pour permettre aux agriculteurs de faire reconnaitre plus facilement, rapidement et surement leur droit de propriété : en 8 ans 70 000 certificats de propriété ont pu ainsi être délivrés, le rythme a été multiplié par deux grâce à l’action de Hardi, mais il reste encore beaucoup de travail à faire.
- la promotion de entrepreneuriat au service de l’agriculture familiale : il s’agit de permettre aux petits agriculteurs de s’organiser pour la mise en marché à partir de circuits courts élimant ainsi les intermédiaires et faire que la valeur ajoutée revienne aux agriculteurs. Il semble que c’est ce que nous essayons de remettre en place à travers la vente directe ou les AMAP.
- l’éducation des enfants en situations difficiles :la moitié des enfants des familles défavorisés n’ont pas accès à l’école publique. Hardi les accompagne pour leur permettre d’accéder à une éducation de base et leur permettre ensuite, éventuellement de regagner le système classique.

Jeudi 14 et vendredi 15 mars, Herimena RATSIMBARISON est également intervenu auprès des jeunes des établissements scolaires de l’enseignement catholique mais aussi du secteur public pour leur faire découvrir par un contact direct les réalités de son pays.

Herimena fait partie des 48 partenaires du CCFD Terre Solidaire qui sont venus témoigner de la manière dont ils se prennent en charge pour avancer, développer leur projet en vue de construire un monde ou la dignité de l’homme soit reconnue.

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